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L'actualité de l'Europe de la défense: l'enfermement dans une stratégie atlantiste et belliciste

Le 11 juillet 2013, Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, donnait le ton de la doctrine diplomatique et militaire française: «nous sommes dans l’obligation de mutualiser, de partager, de trouver des points de cohérence si nous voulons conserver notre crédibilité, éviter un déclassement stratégique et rester capables d’assurer la sécurité de notre continent et de nos ressortissants»1. Trois ans plus tard la presse hexagonale confirme la volonté de sceller cette perspective: «Europe: coup d’envoi à davantage de défense commune»2 titrait Les Échos, «un sommet dans l’ombre du Kremlin»3, lui répondait le Figaro. Les derniers sommets de Bratislava en septembre 2016 et de Malte en janvier 2017 confirment un peu plus le renforcement d’une politique extérieure européenne – qui intègre les questions de défense – renforçant le caractère belliciste de l’UE et s’éloignant toujours un peu plus d’une action continentale en faveur d’une paix juste et durable à l’échelle du globe.

La politique européenne de sécurité et de défense a été lancée lors du Traité de Maastricht. Bénéficiant d’un budget de près de 334 millions d’euros elle tend à accréditer l’idée de la construction d’un bloc de coopération occidental avec l’OTAN comme en témoigne l’article 42 du TUE. À l’heure actuelle, elle agit en complément des actions militaires des États-membres, en mobilisant ses outils là où ces derniers ont mené préalablement des inventions. Elle participe aussi d’un regain des tensions face à la Russie avec ses missions en Ukraine et en Moldavie, et renforce les logiques de domination impérialiste de ses États-membres, notamment en Afrique.

Les développements récents, issus des conclusions des Conseils des ministres européens des 25 et 26 juin 2015, du 14 novembre 2016, du 15 décembre 2016, de la déclaration commune de Bratislava du 16 septembre 2016 et la déclaration commune UE/OTAN du 6 décembre 2016, participent d’une réactivation de lignes stratégiques affirmées et d’un effort de mobilisation supplémentaire.

Les Conseils du 14 novembre et du 15 décembre ont réaffirmé le besoin de coopération approfondie entre l’Union européenne et l’OTAN, en lien avec la déclaration commune signée à Varsovie qui inclue tant la mobilisation de forces face à la Russie que la gestion des flux migratoires en mer Égée. Le 6 décembre 2016, le Conseil a annoncé des mesures destinées à mettre en application la déclaration commune, en faisant de sa réalisation une «priorité politique fondamentale»4. Un passage de ce document est très inquiétant, puisque le Conseil indique que «les États-membres disposent d’un «réservoir unique de forces» qu’il peuvent utiliser dans différents cadres. Le développement cohérent des capacités des États membres au travers des processus respectifs de l’UE et de l’OTAN contribuera donc aussi à renforcer les capacités potentiellement disponibles pour les deux organisations, tout en tenant compte de leur nature et de leur responsabilité propres. À cet égard, le Conseil se félicite de la poursuite d’une coopération étroite et synergique avec l’OTAN dans des domaines d’intérêt commun, à la fois sur le plan stratégique et sur le plan opérationnel, en matière de gestion de crise à l’appui de la paix et de la sécurité internationales, ainsi qu’en ce qui concerne le développement des capacités de défense, lorsque les besoins se recoupent» 5, illustrant la volonté toujours accrue d’une gestion commune, militarisée et expansive des problématiques globales.

Plus concrètement, la déclaration commune indique que quarante propositions seront formulées d’actions et de politiques conjointes dans sept domaines:

  • Les menaces «hybrides» Les coopérations opérationnelles (y compris les actions maritimes)
  • La cyber-sécurité
  • Les capacités de défense
  • L’industrie et la recherche
  • Les exercices militaires
  • Le développement de nouvelles infrastructures militaires

Lors du Conseil européen du 15 décembre 2016 les chefs d’État européens ont exprimé leur volonté:

  • D’encourager la solidarité financière et le partage des coûts entre États-membres
  • De pérenniser l’abondement du fonds ATHENA afin de faciliter la mise en place de groupes européens de combats
  • Ils ont enfin souligné l’importance de la clause d’assistance mutuelle au titre de l’article 42.7 mais également au titre de l’article 222 qui vise tant les catastrophes naturelles que les conséquences du terrorisme
  • La création, à l’horizon juin 2017 d’un fonds européen de la défense. Jean-Claude Junker a, quant à lui, souligné la nécessité de renforcer l’efficience des dépenses européennes pouvant atteindre 200 milliards d’euros – en comptant les dépenses de tous les États-membres.

Cette stratégie est dangereuse pour l’avenir des peuples d’Europe, mais également pour l’ensemble de la planète. Il est temps de sortir de ce modèle, de faire de l’Europe un continent qui s’engage résolument pour la paix.

Alexis Coskun
membre de la commission des relations internationales du PCF

Notes:
1. Discours de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères «Comment relancer l’Europe de la défense?» - Conférence parlementaire – Assemblée nationale (11 juillet 2013).
2. Anne Baueur, Les Echos, 16 décembre 2016.
3. Jean-Jacques Mével, Le Figaro, 16 décembre 2016.
4. Coopération UE-OTAN Le Conseil adopte des conclusions en vue de la mise en oeuvre de la déclaration commune, paragraphe 4.
5. Coopération UE-OTAN Le Conseil adopte des conclusions en vue de la mise en oeuvre de la déclaration commune, paragraphe 8.

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