Accueil
 
 
 
 

Pour la paix et la sécurité dans le monde, la France doit sortir de l’Otan (Tribune dans l'Humanité)

L’organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) a été mise en place en 1949 et regroupait alors 12 pays: les États-Unis, le Canada et 10 pays d’Europe de l’Ouest et du Nord. Elle a été souvent présentée comme une alliance défensive destinée à faire face à la menace militaire du bloc soviétique. Pourtant, en 1949, les États-Unis étaient les seuls à posséder la bombe atomique et le pacte de Varsovie n’a vu le jour qu’en 1955 en raison essentiellement de l’intégration de l’Allemagne de l’Ouest (RFA) à l’Otan.

L’Otan est avant tout une organisation militaire, mais, dès l’origine, elle s’est définie comme un outil au service d’une idéologie et un outil pour des intérêts économiques et géostratégiques. Ainsi l’article 2 de la convention constitutive en date du 4 avril 1949 stipule que les parties «s’efforceront d’éliminer toute opposition dans leurs politiques économiques internationales». Dans la réalité d’une Europe post-guerre détruite et très affaiblie, l’Otan a été totalement dominée par les États-Unis. Pour ne pas dépendre de cette domination, la France, sans quitter l’Otan, s’est retirée de 1966 à 1995 du commandement militaire intégré de l’Alliance à l’initiative du général de Gaulle. Elle réintègre le commandement militaire intégré en avril 2009 à l’initiative de Nicolas Sarkozy et, au sommet de Chicago en 2010, le président Hollande accepte les missions nucléaires de l’Otan et le bouclier antimissiles. En fait, avec la fin de la guerre froide marquée en 1991 par la désintégration du pacte de Varsovie, le caractère militaire et offensif de l’Otan se confirmait en contradiction avec la charte des Nations unies et le droit international, d’autant que la possibilité existait d’un nouveau système de sécurité européen dans lequel l’Organisation pour la sécurité commune en Europe (OSCE), qui avait le statut d’organisation de sécurité régionale tel que défini dans la charte des Nations unies, aurait pu constituer un outil approprié pour la sécurité en Europe.

Mais l’Otan sous le leadership des États-Unis au lieu de revaloriser le rôle des Nations unies a profité de cette situation pour étendre son influence, en élargissant ses compétences à travers un nouveau concept stratégique du National Security Council (NSC) adopté au sommet de Rome les 7 et 8 novembre 1991, complété au sommet de Washington en avril 1999 par la décision de l’Otan de s’autoriser à agir sans le consentement des Nations unies, ce qui fut le cas en Afghanistan mais aussi dans le cadre de l’invasion anglo-américaine de l’Irak en 2003, après le Kosovo en mars 1999.

Au sommet de Lisbonne en novembre 2010, l’Otan s’autorise à intervenir militairement hors du territoire des pays membres, confirmant sa totale illégalité par rapport au droit international et à la charte des Nations unies. Avec l’intégration de la plupart des États issus de l’ex-Union soviétique au nom du partenariat pour la paix et avec, en plus, son extension à l’espace méditerranéen, c’est une véritable hydre militaire qui s’est implantée au cœur du monde. Quand on sait que l’Otan estime, via le NSC, que son intervention peut se justifier en cas de menace sur les approvisionnements énergétiques, on mesure le degré de danger et d’illégalité de l’Otan. Dans cette logique guerrière et expansionniste, l’Otan estime devoir disposer de moyens militaires nouveaux et prévoit sinon exige que ses membres s’engagent à maintenir ou augmenter leurs dépenses militaires.

Cette extension des compétences et des terrains d’action de l’Otan inclut les armes nucléaires et explique que des armes nucléaires américaines sont toujours implantées sur le territoire européen.

Ces quelques éléments sont autant d’illustrations du danger que constitue l’Otan mais aussi de son incapacité totale à résoudre les problèmes, comme l’atteste la situation en Afghanistan et en Irak par exemple. De plus, la volonté de l’Otan à travers « le partenariat pour la paix » d’encercler systématiquement la Russie de pays intégrés à l’Otan est créatrice de tensions et contribue là aussi à l’augmentation des dépenses d’armement et à une militarisation des relations internationales dangereuse pour la paix. C’est pourquoi la France doit se retirer de cette organisation militariste et agir pour sa dissolution. En effet, la mise en œuvre d’une conception de la sécurité commune et de la paix basée sur la promotion de tous les droits humains, le respect du droit international, la justice, passe par un développement du multilatéralisme sans domination impliquant la dissolution de l’Otan. Une telle conception implique une action propre en France, en Europe (en réactivant les principes initiaux de l’OSCE) et au plan mondial à travers les Nations unies, pour le développement d’une sécurité humaine et d’une culture de la paix visant la prévention et la résolution politique des conflits.

Une telle ambition nécessite la réduction des inégalités de développement à travers des plans ou programmes solidaires de développement humain, social et écologique permettant par exemple la réalisation des 17 objectifs du développement durable (ODD) adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies, mais aussi une diminution des budgets consacrés aux dépenses militaires tout à fait compatible avec le maintien d’une défense crédible.

C’est cette conception, qui inclut notre exigence d’un monde débarrassé des armes nucléaires, qu’avec les autres peuples nous entendons promouvoir, en apportant notre soutien au contre-sommet de l’Otan les 8 et 9 juillet à Varsovie et en contribuant au succès des marches pour la paix qui auront lieu en France dans 11 grandes villes le samedi 24 septembre à l’initiative du Mouvement de la paix.

Tribune de Lydia Samarbakhsh et Joseph Marie
Responsables du secteur international du PCF
l'Humanité , vendredi 8 juillet 2016

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.