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Refonder l’Europe : ça commence aujourd’hui

L’objectif des communistes pour l’Europe est ambitieux et à la hauteur des exigences posées par la situation : l’Europe doit être refondée avec la perspective de parvenir à une union des peuples souverains et solidaires.

 

Loin d’être utopique, cette perspective permet de sortir par le haut du dilemme dans lesquelles les classes dirigeantes européennes cherchent à enfermer les peuples : soit vous vous soumettez à l’austérité sans fin, soit les nationalismes et les solutions xénophobes vont l’emporter. Aujourd’hui, un bloc droitier émerge en Europe, alliant peu ou prou autoritarisme monétariste, fiscal et budgétaire d’une part, et repli sur les questions identitaires sur la base du néoconservatisme d’autre part. Les risques de dislocation et de débâcle sont patents, alors que la poussée de l’extrême-droite et des replis xénophobes partout en Europe dessine l’horizon d’une possible catastrophe pour les peuples.

Election de gouvernements anti austérité

Pour s’y opposer, la gauche n’est pas démunie. Les évolutions ont été importantes et inattendues ces derniers temps. Le gouvernement de Syriza et d’Alexis Tsipras demeure un important point d’appui. La bataille de solidarité avec le gouvernement et le peuple grecs n’est pas terminée. La présence au Portugal d’un gouvernement socialiste soutenu par le PCP et le Bloc de gauche en est un autre. Pour la première fois en Europe, deux gouvernements ont été portés au pouvoir pour sortir leur peuple de l’ornière de la dictature de la dette. La victoire de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste rebat les cartes dans l’espace de la social-démocratie. La poussée de la gauche en Irlande et en Espagne est également un point d’appui. Tout cela montre que la résignation voire les solutions xénophobes ne l’ont pas encore définitivement emportées dans les peuples. Ainsi, pour rompre avec le cadre existant de l’Union européenne et refonder l’Europe, la première bataille à mener se situe dans chacun des pays. Le diktat imposé par les classes conservatrices, en particulier allemandes, au gouvernement Tsipras démontre qu’un pays isolé se trouve soumis à un chantage odieux. Pour changer les rapports de force en Europe, il faut changer les rapports de force dans son propre pays. En particulier en France, 3e puissance européenne, qui a en Europe des responsabilités particulières. Cela passe par la construction d’un front commun de la gauche pour retrouver le chemin du peuple, bâti sur la nécessité de rompre avec les politiques actuellement menées. Nos maîtres-mots doivent être l’unité et le rassemblement. Toute bataille d’unité se mène sur un contenu. Les bases existent aujourd’hui pour des batailles autour desquelles la gauche peut très largement se rassembler et ouvrir des brèches contre la doxa monétariste qui gouverne l’UE.

Quelques exemples de batailles communes

La lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux est une tâche majeure. L’actualité nous le rappelle tous les jours. Le Parlement européen a estimé en 2013 le coût de l'évasion fiscale en Europe à plus de 1 000 milliards d'euros par an, soit 20 % du budget européen. Le démantèlement des paradis fiscaux et de l’évasion fiscale est un enjeu majeur pour l’Europe. Il s’agit d’un chantier et d'une lutte structurants pour les prochaines années, afin de bâtir un système fiscal qui serve les intérêts du plus grand nombre et qui soit au service du bien commun. Les intérêts des peuples doivent reprendre le pas sur les intérêts protégés des multinationales. Les mouvements de capitaux doivent être contrôlés et les opérations à visée uniquement spéculative prohibées. Une taxe sur les transactions financières et un impôt européen sur le capital pourraient financer un fonds européen de développement social et écologique.

Porter l’exigence de l’emploi implique de poser la question d’un plan de développement européen axé sur des investissements publics et des créations d’emplois conditionnés à des critères sociaux et écologiques. L'argent que la BCE injecte pour les intérêts des banques et des multinationales doit être réorienté au service d'une politique de relance audacieuse, socialement utile et écologiquement soutenable, de la relocalisation industrielle qui s'impose et de la création d'emplois stables. L’argent existe : la BCE injecte 80 milliards d’euros par mois pour maintenir les taux d’intérêts à un niveau bas, voire négatif. L’usage de l’argent doit être réorienté. Des propositions existent, telles celles de la Confédération européenne des syndicats. De plus, la réduction des inégalités salariales et la défense de l'emploi en Europe pose la question de la manière dont l'UE s'inscrit dans le commerce international. La rupture avec le TTIP, TISA et les autres traités intercontinentaux de libre-échange doit être immédiatement opérée. Des exemples existent : le ministre-président wallon vient de refuser de donner les pleins pouvoirs au Parlement fédéral belge pour signer l’accord CETA de libre-échange avec le Canada. Nous entendons pour y parvenir renforcer et élargir les cadres unitaires de campagne pour la fin des négociations sur le TTIP et TISA. L'Europe doit opposer au système de libre-échange et de baisse des normes sociales et environnementales des règles de protection mutuelle rendant les échanges avantageux pour l’ensemble des acteurs.

Cela implique de refonder non seulement l’architecture institutionnelle mais les principes qui la gouvernent, explicités dans les traités. Le traité de Lisbonne, et par conséquent les autres traités qui y sont contenus, ne peuvent pas constituer la base d'une renégociation. Nous ne souhaitons pas aménager le cadre existant mais refonder l'Europe. Aucune politique de transformation sociale n'est possible sans rompre avec des traités fondés sur le dogme de la concurrence libre et non faussée et sur la remise en cause du droit des peuples et des nations à se gouverner démocratiquement. Le dogme des 3% de déficit budgétaire est une absurdité. Même des économistes libéraux le reconnaissent. Il s’agit bien d’un outil politique d’oppression des peuples. D’ailleurs, un Parlement aussi peu à gauche que le Parlement italien a cette année voté un budget qui s’écarte délibérément de ce dogme. La question de la renégociation de la dette demeure centrale, non seulement pour des pays particulièrement concernés tels que la Grèce et le Portugal, mais pour l’ensemble de l’Europe. Cela demeure l’objectif du gouvernement d’Alexis Tsipras. Une conférence européenne sur la dette qui soit l’occasion de mettre cette question sur la table est une condition première pour sortir la Grèce, et à travers elle l’Europe, de la crise.

Souveraineté populaire de chaque Etat

La place et le rôle des peuples en Europe subsument l’ensemble de notre projet européen. Cela implique de respecter les cadres de l’exercice de la souveraineté populaire et de repenser l’articulation avec les nations. L’Europe n’est pas un substitut aux nations mais doit favoriser la coopération sur des projets communs et les défis mondiaux. Nous défendons une refondation de l'Europe en application des principes de justice, de progrès social et de démocratie en respectant les droits démocratiques des nations membres de l'Union européenne, y compris par le recours au référendum sur les évolutions nécessaires de la construction européenne et les politiques qu'elle mène. La souveraineté de chaque Etat doit être respectée.

Les règles de la construction européenne ne peuvent annuler la légitimité démocratique de chaque pays.
Toutes ces batailles ouvrent des brèches dans la construction libérale de l’Union européenne et sont autant d’éléments de rupture pour l’ensemble du continent. Nous ne sommes pas seuls pour les mener. La construction de larges fronts politiques et sociaux est possible en Europe : les forces du PGE, les forces de la GUE-NGL, les forces portant une politique de rupture avec l’austérité, les sociaux-démocrates qui ne renoncent pas aux valeurs de la gauche, les écologistes qui ne se résignent pas au « capitalisme vert », les forces des mouvements sociaux et les énergies citoyennes qui émergent en Europe. Certaines de ces forces sont au pouvoir ou soutiennent des politiques gouvernementales de gauche. Refonder l’Europe implique la construction de majorités politiques populaires aptes à poser la question du pouvoir dans le maximum de pays européens.

Vincent Boulet
Membre de la commission des relations internationales du PCF - Europe

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