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Contribution de Yacine Teguia (MDS-Algérie)

Le défi de l’islamisme et les tâches qu’il implique

Le monde arabe et musulman est en ébullition et traverse une phase d’accélération historique. Au prix de sacrifices inouïs, les peuples portent l’exigence du changement dans la voie de la justice et de la liberté. Cette étape nécessite d’être abordée avec courage au moment où la violence se déchaîne. Mais elle réclame aussi une grande lucidité, parce que les crimes commis par l’intégrisme dont sont victimes des personnalités symboliques parmi les élites démocratiques et de gauche de nos sociétés, visent à tétaniser la réflexion autant que le rassemblement et l’action conséquente.

L’attitude vis-à-vis de l’islamisme est décisive. La lutte résolue qui doit lui être menée ne constitue pas une diversion par rapport à des tâches historiques déterminées, car il est bel et bien l’ennemi le plus déterminé qui empêche leur prise en charge. Il est l’expression paroxystique du recul généralisé sur tous les plans: idéologique, politique et socio-économique. Sa nature totalitaire est très vite apparue. Il a dévoilé les intérêts qu’il incarne et qui exigeaient la perpétuation, voire l’aggravation des politiques despotiques et antisociales menées par des régimes ayant dévoyé la souveraineté nationale qu’ils prétendaient incarner. 

L’islamisme n’a pas tardé à révéler les liens qu’il entretient, lui aussi, avec les puissances dominantes. Malgré les diverses attaques perpétrées sur leur sol depuis les attentats du 11 septembre 2001, ces dernières cèdent aux illusions et sont prêtes aux aventures les plus cyniques. Elles espèrent, ainsi, contrarier la remise en cause de leur hégémonie. L’expérience a largement montré que l’islamisme favorise en permanence leur ingérence.

L’islamisme impose les mêmes devoirs aux sociétés qui sont confrontées à sa volonté d’instaurer par tous les moyens un Etat théocratique moyenâgeux. Ce projet doit être dénoncé, sans laisser persister la moindre illusion sur le lien entre l’islamisme radical et celui qui se prétend modéré. Ils partagent la même idéologie, les mêmes objectifs: le pouvoir de Dieu, la Loi de Dieu. Remettant ainsi en cause la souveraineté populaire. On le voit ainsi en Turquie où Erdogan travaille à «ré-islamiser» l’Etat après avoir cédé tactiquement sur son caractère laïc, pour mieux imposer des mesures anti-démocratiques.

Ce qui est en jeu c’est l’existence même de l’Etat national, berceau des aspirations au progrès et au développement.  Et de ce point de vue, il ne faut pas se faire d’illusion, autant  l’islamisme était organisé pour usurper électoralement les aspirations au changement, autant il s’est préparé à l’affrontement militaire, dans lequel il est aujourd’hui engagé à l’échelle du monde.  Les initiatives doivent être à la hauteur des exigences.

Les mouvements islamistes utilisant le terrorisme dans leur réalisation se heurtent à la résistance des sociétés et des Etats érigés en remparts. Ils ont donc parachevé leur constitution en mouvement international, en s’engageant dans l’édification d’un Etat théocratique planétaire. Ce projet de Califat mondial était évoqué dans leur littérature. L’expression la plus avancée de cette évolution, après une première cristallisation autour d’El Qaïda suite aux attentats du 11 septembre 2001, est l’émergence de Daesh. Dans cette phase, le terrorisme islamiste qui avait embrasé l’Algérie frappe des dizaines de pays aussi différents que la Tunisie, la Lybie, l’Egypte, le Liban, l’Irak, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, les USA, la France, la Russie, la Chine, la Malaisie, le Mali, le Cameroun, la Somalie, le Kenya, le Burkina Faso.

L’islamisme ne renoncera pas tant qu’il n’aura pas subi une défaite internationale. Cette abdication de l’Etat théocratique doit être autant militaire que politique et idéologique. Elle exige d’extirper l’islamisme du monde musulman, elle requiert sa condamnation définitive. Les crimes de l’islamisme, les massacres et les exécutions en masse effectués dans de nombreux pays ne révoltent pas seulement par le nombre de vies humaines prises, mais aussi par le redoublement de cruauté, le sentiment de retour à la barbarie. Le châtiment de ces atrocités doit être un objectif de la lutte contre le terrorisme.

Hier, le procès de Nuremberg a clôturé une guerre mondiale et donné naissance à un nouveau droit international. La guerre contre le terrorisme islamiste doit nous inciter à renouer avec cette idée qui s'explique par le caractère total du conflit. Il faut qu’un nouveau procès international démonte la mécanique de destruction qu’est l’islamisme terroriste. Il devra aider le monde arabo-musulman à se purger définitivement de l’islamisme.

Il s’agit d’aboutir à la condamnation des actes terroristes commis par Daesh, El Qaïda, Boko Haram et les shebabs. Cette condamnation doit frapper  les groupes qui leur ont prêté allégeance et tous les autres individus, entreprises et entités associés qui opèrent à travers le monde dans l’objectif d’imposer un Califat moyenâgeux. Il faut juger les criminels mais aussi ceux qui les ont financé, armé, représenté ou incarné, fait leur propagande, ceux qui les ont recruté et ceux qui les ont formé. Ils étaient tous partisans d’un projet dont ils étaient informés des objectifs criminels au moment de leur adhésion à l’une des différentes organisations incriminées. Ils sont donc tous justiciables.

C’est dans le cadre de l’ONU qu’il faut agir pour aboutir à un jugement exemplaire et éviter de donner le sentiment d’une justice internationale qui fonctionnerait sur la base de deux poids/deux mesures. Les terroristes islamistes sont des bourreaux  qui s’appuient sur une idéologie barbare. Ils devront être condamnés mais, pour que la justice soit complète aux yeux des sociétés arabo-musulmanes, il faudra aussi condamner le déni de justice fait au peuple palestinien et répondre à son aspiration à édifier un Etat.
Le terrorisme islamiste est un phénomène international. Mais si la responsabilité de l'Occident est énorme, parfois même déterminante, ses racines, économiques, sociales, culturelles et idéologiques sont dans les pays arabes et musulmans. Ces pays sont à un carrefour. Ils sont dominés et sous développés sous tous les rapports. Ils traversent une crise de passage vers l’Etat de droit et la démocratie. Il faut les soutenir dans leur effort. En particulier, une aide économique visera à les reconstruire et à y conforter les fondements démocratiques. Les pays les plus touchés par le terrorisme, dont la Libye, le Mali, la Syrie, l’Afghanistan et la Somalie devront être soutenus en urgence.

Un potentiel de résistance fabuleux traverse les sociétés arabo-musulmanes. Il exprime un progrès de la conscience politique que ne traduit pas une classe politique souvent compromise avec l’islamisme. Nous observons des comportements de résistance, notamment de la jeunesse, dans tous les domaines: mise en échec des mots d'ordre islamistes accompagnés de menace de mort ou des intimidations contre les femmes, recul des pressions sur les questions vestimentaires et de l'intolérance, formation de comportements modernes, adhésion à une conception plus moderne de l'identité, progrès dans la conception du rapport entre le politique et le religieux. Ce potentiel s’est exprimé y compris par la résistance armée des citoyens. Il faut s’appuyer dessus et l’encourager. C’est d’abord le devoir des gauches arabes. Il doit être accompli avec le soutien de toutes les forces attachées à la justice et à la liberté dans le monde.

Yacine Teguia
Secrétaire général du MDS

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