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Brésil • La gauche et le mouvement populaire se mobilisent contre les tentatives de coup d’État

Une nouvelle forme de coup d’État «institutionnel» a été imaginée par les oligarchies latino-américaines. Fernando Lugo, le président paraguayen, Juan Manuel Zelaya en Honduras ont ainsi été destitués «en toute légalité» en 2012 et 2009. Le vote du 17 avril dernier en faveur d’un procès de destitution contre la présidente Dilma Rousseff est un pas supplémentaire dans le coup d’État en cours au Brésil.

Les organisateurs de ce véritable coup d’État institutionnel représentent ce qu’il y a de plus pourri dans la politique brésilienne: 299 des 513 députés qui participaient au vote sont l’objet d’une enquête pour corruption ou bien ont déjà été jugés et condamnés. Le président de la Chambre lui-même, initiateur de la procédure de destitution, est accusé d’avoir menti sur ses comptes millionnaires en Suisse et est lié à diverses enquêtes pour fausses factures et corruption.

Dilma Rousseff fait face à un véritable procès politique. Elle risque la destitution alors qu’elle n’a commis aucun crime et ne fait l’objet d’aucune poursuite. Le prétexte utilisé par la droite pour la soumettre à ce procès injuste est d’avoir émis des décrets pour l’utilisation des fonds bancaires nécessaires pour assurer la continuité des programmes sociaux entre deux budgets. Ces fonds ont été remboursés. Il n’y a eu ni malversation ni déviation de fonds et encore moins violation de la Constitution.

Cette bataille a lieu après le recul de la gauche aux élections législatives qui ont eu lieu en même temps que la présidentielle de 2014. Dilma Rousseff a été élue au deuxième tour grâce à une forte mobilisation et une campagne bien marquée à gauche face au candidat de la droite José Serra. Dilma Rousseff l’a emporté, mais au parlement les partis de la droite la plus réactionnaire se sont renforcés en s’appuyant sur le mécontentement d’une partie de l’électorat après la mise en place des politiques d’ajustement décidées pour faire face aux effets de la crise en 2012.

Dilma Rousseff a peut-être cru donner des gages à la droite en nommant des représentants du secteur financier et de l’agrobusiness à des ministères clefs et des politiques d’austérité ont été mises en place. La droite n’a vu que la faiblesse du gouvernement et a lancé l’offensive pour faire tomber la présidente élue, avec l’aide des médias propriété des riches familles et avec la mobilisation de son électorat dans les rues. Les images de centaines de policiers venant amener manu militari l’ancien président Lula da Silva pour l’amener au commissariat pour être interrogé fait partie de cette campagne. En fait, c’est grâce aux mesures prises par la gauche depuis 2003 que pour la première fois des milliers de cas de corruption ont été mis à la lumière du jour. Des ministres ont été démis de leurs fonctions ainsi que 5 000 fonctionnaires dans tout le pays.

La gauche, qui a d’abord semblé être déboussolée, s’est organisée et se mobilise avec les secteurs populaires qui ont permis l’élection de Dilma Rousseff pour empêcher le coup d’État en cours. Le Parti des travailleurs, le Parti communiste du Brésil, le Mouvement des sans-terre, avec d’autres organisations de la gauche politique et sociale, se battent au sein du Front Brésil populaire et du Front Peuple sans peur, et des Comités pour la démocratie et contre le coup d’État sont créés. Ce 1er mai sera un grand moment de mobilisation dans la bataille contre les tentatives pour instaurer un gouvernement putschiste qui serait illégitime et illégal.

Obey Ament
Commission des relations internationales du PCF (Amérique du Sud)µ
article paru dans Communistes du 27 avril 2016

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