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Europe : éléments politiques sur la situation

par José Cordon

Dans un contexte d’aggravation de la crise écono- mique et sociale, les résistances populaires restent très importantes contre le caractère de plus en plus autoritaire d’une gouvernance européenne qui tente d’imposer aux peuples un ultralibéralisme exacerbé et de nouveaux reculs de la souveraineté populaire. Les conséquences en sont ravageuses pour les droits des travailleurs et la démocratie. Alors qu’un quart de la population de l’UE est déjà au seuil de la pau- vreté, que chômage et précarisation de l’emploi explosent, cette situation risque d’empirer encore si les mesures d’austérité appliquées par les gouver- nants européens perduraient et ce alors que l’UE risque de connaître une croissance atone prolongée.

Des mobilisations très importantes perdurent néan- moins, dans les pays les plus touchés par les poli- tiques de la troïka UE-FMI (mémorandums d’austé- rité, accélération de la mise en oeuvre des réformes structurelles de « compétitivité » : baisse des salaires et des prestations sociales, démantèlement de la fonction publique et des systèmes de retraite, de santé et d’éducation, privatisations). D’importantes grèves et manifestations contre cette politique de régression sociale généralisée se tiendront au Portugal, en Espagne et en Grèce, au moment où les budgets mis sous tutelle de Bruxelles seront votés dans les Parlements. En France, une journée intersyn- dicale d’action est prévue le 26 novembre.

Au plan politique, les élections qui se sont tenues dans un certain nombre de pays européens tradui- sent aussi le rejet populaire de cette Europe du Capital, de ces politiques et de gouvernants de moins en moins légitimés, sans qu’apparaisse encore – tant s’en faut – une perspective alternative de progrès social et démocratique. Au contraire, désenchante- ment, désespérance sociale, peur de l’avenir, non par- ticipation aux élections, marquent l’actuel moment politique ; avec les risques que le rejet de cette Europe conduise à des replis identitaires marqués du sceau de l’ultranationalisme, du racisme de la xéno- phobie et à l’avancée de forces populistes et de la droite extrême.

Les dernières élections et les enquêtes d’opinion montrent que la droite au pouvoir, seule (Portugal, République tchèque, Espagne, Grande-Bretagne, Suède) ou coalisée avec la social-démocratie (Grèce, Irlande, Italie, Pays-Bas, Autriche, Finlande, Belgique) est presque partout en échec. Elle ne l’emporte qu’en Allemagne où Angela Merkel tente de renfor- cer – quelle que soit l’issue des négociations en cours avec le SPD – les conditions « austéritaires » drastiques imposées à toute l’Europe. La droite garde néanmoins des positions fortes en Pologne, en Hongrie et dans les Pays baltes (sauf en Lettonie) et n’est revenue au pouvoir à Chypre que dans les conditions particulières d’une élection présidentielle.

Les partis socialistes et sociaux démocrates traver- sent une période extrêmement difficile. Ils sont en échec ou en difficulté, là où ils gouvernent (comme en France et au Danemark, en coalition avec les Verts ou avec le soutien d’autres forces de gauche), et ont du mal dans l’opposition (Allemagne, Suède, Portugal,

Espagne, Grande-Bretagne) ou revenus au pouvoir (République tchèque, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie, Slovénie, Croatie, Malte) à représenter une alterna- tive de rupture crédible avec les politiques régres- sives inscrites dans les traités européens actuels. Ils ont ratifié le pacte budgétaire européen avec les injonctions à une réduction drastique des dépenses publiques, et soutenu notamment les mémorandums UE-FMI imposés en Grèce, au Portugal, en Irlande et à Chypre.

Dans ce contexte, la gauche d’alternative progres- siste, présente notamment au sein du Parti de la gau- che européenne et du GUE-GVN au Parlement européen, progresse, certes inégalement, suivant les pays. Progression significative en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande, en République tchèque, au Danemark, voire au Luxembourg et en Lettonie ; consolidation en Allemagne et en France ; important potentiel de résistance à Chypre, et dans d’autres pays comme la Belgique, le Royaume-Uni, la Suède,

les Pays-Bas, la Finlande ou l’Italie bien que la situa- tion dans ce dernier pays soit beaucoup plus difficile. Cette gauche doit ainsi faire face à d’importants défis : à la fois tenter de peser suffisamment comme force motrice de changements progressistes majori- taires en contribuant à impulser – dans chaque pays et à l’échelle européenne – les résistances, les fronts et rassemblements les plus larges possibles contre les politiques d’austérité et de régression sociale, tout en convergeant sur un projet porteur de pro- fondes ruptures avec les politiques néolibérales et atlantistes des traités actuels de l’UE, un projet por- teur de progrès social, économique et écologique et d’une profonde régénérescence démocratique.

Nul doute que les élections européennes de mai prochain seront un moment important pour relever l’important défi de cette refondation de la construc- tion européenne.

 

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