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Allemagne : après l'élection du Bundestag, l’Allemagne condamnée à Merkel ?

Par Alain Rouy

Après s’être livrés à une véritable Merkelmania aux lende- mains des résultats, les médias ont dû en rabattre quant à la victoire sans conteste de la Chancelière sortante : son prétendu triomphe ne résiste pas à l’analyse des résultats. Certes, la CDU/CSU réalise un score historiquement élevé avec un gain de 7,7%, mais ses alliés libéraux du FDP per- dent 9,8% et au total, la coalition sortante ne dispose plus de majorité au Parlement – on a connu des triomphes plus probants... Aujourd’hui, le parti de la Chancelière ne dis- pose pas de la majorité absolue des sièges alors qu’il existe au Bundestag une majorité contre Merkel, composée des trois partis qui ont mené campagne contre sa politique : le SPD, les Verts et Die Linke.

Avec la disparition du FDP représenté sans discontinuer depuis 1949 au Bundestag, on enregistre une véritable césure dans l’histoire parlementaire allemande : le nouveau Bundestag ne compte plus que quatre forces politiques et les forces conservatrices pourraient être battues si les députés des trois partis qui prétendent vouloir changer le cours de la politique allemande additionnaient leurs voix. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui ; au lieu le SPD et les Verts se sont livrés à de longues discussions exploratoires avec la CDU/CSU avant que celle-ci ne pro- pose au SPD une seconde phase de négociation d’un pro- gramme de législature, ce que le SPD a accepté dans un premier temps ; mais ni les Verts, ni le SPD ne sont enthou- siastes à l’idée de gouverner sous la direction de celle contre laquelle ils ont mené campagne.

Pour donner le change, le SPD pose ses exigences et fera peut-être durer la négociation jusqu’à Noël ; mais il ne remet pas en cause fondamentalement la politique menée par Merkel qui n’a fait que poursuivre ce qui avait été initié par le social-démocrate Schröder et poursuivi par la «grande coalition » qui réunissait déjà CDU et SPD entre 2005 et 2009.

De nombreux électeurs et militants du SPD ont gardé un mauvais souvenir de cette expérience qui s’était soldée par un désastre électoral du SPD ; la direction du parti se trouve dès lors confrontée à une dramatique absence de perspective politique, condamnée à défendre un modèle qui génère de la prospérité pour les multinationales et les banques et qui met à mal l’État social et les solidarités, une Allemagne championne de l’emploi précaire, des bas salai- res et de la réduction des droits sociaux.

En continuant de refuser d’explorer d’autres voies, en refu- sant toute alliance et pour le moment même toute discus- sion avec Die Linke, le SPD se condamne et condamne l’Allemagne et aussi l’Union européenne à subir de nou- veau la politique de Merkel qui étouffe la croissance et généralise la concurrence entre salariés au profit exclusif des marchés financiers. Il en résulte une situation dange- reuse pour la démocratie, susceptible de favoriser l’émer- gence d’une droite populiste qui a failli faire son entrée au parlement en capitalisant sur les mécontentements.

Pour sa part, Die Linke a réussi à s’implanter durablement dans le paysage politique en devenant même la troisième force politique du Parlement avec 64 députés, 32 issus de l’Est et 32 issus de l’ouest de l’Allemagne ; le même jour, Die Linke a réussi contre tous les pronostics à se mainte- nir pour la troisième fois consécutive dans un land de l’ouest de l’Allemagne, en Hesse. Il est donc vain d’espérer voir disparaître Die Linke qui a su surmonter ses désac- cords internes et redevenir une force de proposition alter- native influente comme en témoigne le débat électoral autour de l’introduction du salaire minimum, revendication qu’elle a été la première à porter.

Die Linke ne se résigne pas à la situation actuelle : son groupe parlementaire propose de mettre à profit les quel- ques semaines d’ici à la constitution d’une nouvelle coali- tion pour que les trois partis majoritaires fassent voter les mesures sur lesquelles ils sont d’accord, en tout premier lieu le salaire minimum interprofessionnel. Ce serait la preuve par l’exemple que des changements sont possibles tout de suite. Mais le SPD et les Verts devraient aussi se rendre à cette évidence qu’aucun changement n’est possi- ble sans participation de Die Linke.

Même les partisans de la « grande coalition » n’en atten- dent pas grand-chose et redoutent ses effets électoraux; d’où certaines voix qui se font entendre au sein de la social-démocratie pour qu’au moins on discute avec Die Linke. Ce sera tout l’enjeu de la période à venir, d’abord au niveau des Länder, comme en Hesse où la question est aujourd’hui posée, puis le moment venu, au niveau fédéral. Avec l’affaiblissement des Verts, le SPD ne peut plus espé- rer qu’une alliance « rouge-verte » telle qu’elle a existé par le passé puisse l’emporter. Jusqu’à quand le SPD se rési- gnera-t-il à la fatalité de devoir servir de marche-pied aux conservateurs ? Désormais premier parti d’opposition au Bundestag, Die Linke travaillera à faire émerger d’autres solutions pour une autre politique et à opérer les rappro- chements nécessaires afin de hâter l’heure d’un véritable changement en Allemagne et au sein de l’Union euro-

péenne.

 

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