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Maroc: La France doit cesser son soutien inconditionnel

Si Paris n'est jamais avare de faire la leçon des droits humains aux autres peuples, il est un pays où son silence sur ses violations permanentes ne cessent d'inquiéter. Cela fait bien longtemps maintenant que le Maroc a sombré dans les bas-fonds mondiaux du bafouement de la liberté d'expression et du développement humain.

L'actualité récente fait émerger la brutalité avec laquelle la monarchie chérifienne traite ses opposants. L'affaire de la journaliste Hajar Raissouni a montré comment le pouvoir instrumentalisait des poursuites judiciaires de caniveau pour entraver le travail de ceux qui enquêtent sur les turpitudes et la corruption du pouvoir. La répression a frappé Mohamed Sekkaki un Youtuber populaire avec trois ans d'emprisonnement. Quelques semaines auparavant c'était le tour du rappeur Gnawi, dont les refrains font le tour des stades, d'écoper d'un an de réclusion. Cette semaine le pouvoir s'en est pris à un des rares journalistes indépendants, Omar Radi.

Omar Radi, souvent distingué par ses confrères de la presse internationale, s'était indigné des peines infligées aux militants du Hirak. Le 28 octobre 2016, un jeune vendeur de poisson avait été broyé dans une benne à ordures alors qu'il tentait de récupérer sa maigre marchandise. Ce fut le point de départ d'un soulèvement pacifique pour réclamer la dignité, des services publics et des emplois dans ce Rif abandonné volontairement par les autorités marocaines. Les dirigeants de ce mouvement furent condamnés à de lourdes peines. Nasser Zefzafi qui en fut le porte-parole restera vingt ans, avec trois de ses camarades, derrière les barreaux après un procès inique. Les autres furent sanctionnés d'un à quinze ans de réclusion.
Le Maroc s'agite désormais pour faire taire toutes les voix critiques sans que cela n'émeuve le gouvernement de la France.

Dans les territoires occupés du Sahara occidental les forces paramilitaires et de sécurité marocaines sont impliquées dans des répressions sanglantes contre les populations sahraouies. Arrestations massives, disparitions, enlèvements, procès inéquitables, isolement des prisonniers privés de soins et éloignés de leur famille, tortures... Mme Claude Mangin, épouse de Naama Asfari, condamné à neuf ans de prison, se voit refuser un droit de visite depuis plusieurs mois. Tous ces faits sont avérés et condamnés à plusieurs reprises par la commission des Droits de l'Homme de l'ONU mais son agence, la Minurso, ne peut enquêter sur le terrain. La France s'est opposée à l'extension de son mandat pour la protection et la surveillance des Droits Humains. Les territoires occupés demeurent totalement interdits d'accès aux journalistes et aux observateurs.

Pourquoi la France couvre-t-elle les crimes qui se déroulent dans les territoires occupés du Sahara occidental? Il faut que cela cesse!

Comment par ailleurs la France peut-elle considérer que le Maroc constitue un pays stable et un point d'appui contre le terrorisme et les trafics d'êtres humains ou de drogue? A l'image de ce qui se passe en Tunisie ou en Algérie, les tensions sociales ne sont pas moins fortes au Maroc. Le chômage des jeunes y est considérable, les inégalités abyssales et la corruption généralisée. Les politiques conduites par les différents gouvernements et notamment les islamistes ont démantelés les services publics. Les 3/4 des enfants marocains ne savent toujours ni lire ni écrire après quatre années de scolarité primaire selon les statistiques officielles. Les dépenses de santé demeurent en deça du seuil des 10% recommandés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)... et cela constitue véritablement un plancher minimum.

Nonobstant, l'étalage du luxe va bon train dans le petit cercle de ceux qui pillent le pays. Le roi Mohammed VI ne vient-il d'acquérir un fastueux yacht à 88 millions d'euros et de s'offrir une montre à un million d'euros lors d'un séjour somptueux à l'étranger. Pendant ce temps un grand nombre de jeunes marocains, privés d'avenir, ne pensent qu'à une chose: émigrer. L'émigration clandestine demeure intense. En 2018, 22% des migrants en Espagne venaient du Maroc. Au premier semestre, elles représentaient 30% et pour le seul mois de mai 48%. Beaucoup d'entre eux ont trouvé la mort en Méditerranée. Si Rabat fanfaronne pour son zèle honteux à refouler, en accord avec l'Union européenne, les migrants sub-sahariens, elle encourage les départs, notamment des jeunes rifains, afin d'émousser la contestation sociale.

Ce bilan accablant pour le trafic des individus se retrouve pour le trafic de drogue dont le Maroc est l'une des plaques tournantes. Celui-ci est entre les mains d'organisations criminelles et terroristes qui ne sont jamais inquiétées.

La France feint d'ignorer cette situation mais elle entretient des foyers d'humiliation, de ressentiment, d'injustice qui ne manqueront pas d'avoir de lourdes conséquences dans la durée. Il est temps que la France cesse de soutenir le Maroc de manière inconditionnelle. Au Maroc, et notamment dans le Rif, il existe des forces démocratiques sur lesquelles la France doit s'appuyer. Dans un autre domaine, la France doit mettre un terme au crime du colonialisme que constitue l'occupation marocaine du Sahara occidental. Permettre l'organisation d'un référendum d'autodétermination constituera un facteur de paix et de stabilité dans la région.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

 

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