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La détermination, le courage, l'inventivité et la lucidité du peuple algérien

Depuis le 22 février, l'Algérie connaît une révolution populaire pacifique sans précédent au Maghreb. Celle-ci a débuté par le rejet du cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika et s'est étendue au rejet de tout un système figé qui refuse toutes réformes et entrave l'entrée de l'Algérie dans la modernité.

Ce mouvement est exceptionnel par son ampleur car il mobilise des millions d'Algériens sur une très longue durée comme en témoignent les manifestations gigantesques des vendredis. Il l'est aussi par sa nature pacifiste, disciplinée, débordant d'énergie et de créativité. Toutes les composantes de la société sont représentées accueillant toutes les diversités dans une unité qui ne se dément pas.

Le Hirak a déjà engrangé des victoires qu'il ne faudrait pas sous-estimer. Il a imposé le départ d'A. Bouteflika et obtenu l'annulation du scrutin présidentiel du 4 juillet. Face à un "système" qui ne veut rien lâcher, le peuple exige désormais son démentèlement total et cela passe par la mise en place d'un Etat de droit, un Etat civil et non militaire et le refus de se voir confisquer les décisions stratégiques comme  la récente loi sur les hydrocarbures. Pour ces raisons, le Hirak réclame une transition démocratique et rejette l'organisation d'une présidentielle sans transparence qui ne vise qu'à prolonger le "système". Ce processus de protestation radical a insufflé une politisation fulgurante de la population enracinant le mouvement profondément.

Le chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, véritable homme fort du régime ne l'entend pas ainsi. Il travaille à une reprise en main du pouvoir en excluant la mise en place d'institutions de transition, en convoquant des élections repoussées par la rue, en ordonnant une campagne d'intimidation et de répression tout en conservant une omnipotence sur des médias aux ordres.

Le scrutin présidentiel prévu le 12 décembre est une parodie. Les cinq candidats qui se présentent sont tous des caciques du régime dont le peuple algérien veut se débarrasser et leur campagne inaudible prend chaque jour les allures d'une tartufferie. Encadrés par des services de sécurité, prononçant des discours devant des salles verrouillées et presque vide, ils sont accueillis sous les quolibets de "bandit", "voleur" ou "dégage" par la population. Cela illustre la béance entre le Hirak et les élections qui ne fait que s'accentuer. D'autant que personne ne croit que des élections puissent se tenir de manière transparente et honnête. Tous les processus électoraux en Algérie se sont déroulés sous les auspices de la fraude et de la manipulation.

Corrélativement, les arrestations de manifestants, de militants et de journalistes indépendants s'accélèrent. Depuis le début du mouvement près de 500 personnes ont été arrêtées et 140 demeurent sous les verrous, parfois condamnées à de lourdes peines en toute illégalité. L'objectif est de faire taire les critiques en interdisant brutalement l'activité des ONG ou de diviser en incarcérant ceux qui brandissent le drapeau amazigh (berbère). Actuellement presque tous les animateurs du mouvement sont sous les verrous.
La situation est donc totalement bloquée entre un pouvoir confisqué par la hiérarchie militaire et une contestation qui s'enhardit et qui ne faiblit pas. Les craintes de dérapages et de provocations sont nombreuses à l'approche du scrutin. Les conditions dans lesquelles cette consultation devrait se tenir sont incertaines. Une toute petite partie de la population se rendra aux urnes mais l'appel au boycott sera retentissant.

Les Algériens ont une claire conscience qu'ils s'inscrivent dans un combat long pour sortir de la crise et ce n'est pas parce qu'on leur impose une élection qu'ils vont cesser de manifester ou de militer pour que leur pays change. La jeunesse algérienne a fait une irruption fracassante dans le champ politique et invente des voies nouvelles et des propositions concrètes pour parvenir à ses objectifs. Les partis politiques traditionnels, très affaiblis, peinent à intégrer cette dynamique mais travaillent à établir des coordinations.
Les dirigeants actuels savent que rien n'arrêtera la détermination, le courage, l'inventivité et la lucidité du peuple algérien. Ils seront obligés de faire des concessions à moins de vouloir faire basculer le pays dans le chaos. La solution est algérienne et uniquement algérienne. Toutes formes d'ingérences donnent des arguments à ceux qui combattent le Hirak. Le refus de l'ingérence ne veut pas dire occultation. C'est la raison pour laquelle le Parti communiste français exprime sa solidarité totale avec l'admirable lutte qui se déroule aujourd'hui en Algérie.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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