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Faire grandir la solidarité avec le peuple sahraoui

Colloque - La souveraineté du peuple sahraoui sur ses ressources naturelles -
AARASD, CRCE Sénat, Paris, 15 novembre 2019,

Intervention de Lydia Samarbakhsh, membre du Comité exécutif national du PCF, responsable du Secteur international

-Seul le prononcé fait foi-

Le peuple sahraoui est un peuple pacifique attaché aux droits humains, à la paix et la démocratie mais il fait face à l'occupation coloniale, à la politique répressive et expansionniste du Maroc confortée par le soutien des puissances occidentales, à commencer par la France. Alors que les Sahraouis ont en leur faveur le droit international, la situation est bloquée depuis 1975.

Comment dans ces circonstances faire bouger les lignes pour obtenir l'organisation d'un référendum d'autodétermination dans les conditions prévues par les institutions internationales? De toute évidence le problème est avant tout de détermination politique et pour cela, la solidarité internationale des peuples et l'intervention des citoyen-ne-s s'avère déterminante pour pousser les autorités françaises à engager leur politique sur d'autres voies que celle d'un soutien inconditionnel à Rabat comme le soulignait la sénatrice Christine Prunaud dans son introduction.

Dans le sillage du travail mené depuis des années par l'Association des Amis de la RASD, le Parti communiste français (PCF) s'est fixé parmi ses objectifs prioritaires celui de contribuer à faire grandir la solidarité avec le peuple sahraoui.
Solidaires du peuple sahraouis d'atouts, nous voulons briser l'unanimisme qui prévaut largement autour de la royauté marocaine et souligner l'action du Front Polisario, représentant du peuple sahraoui.

Notre responsabilité à tous, quelle que soit notre type d'engagement, est d'agir sur les politiques conduites par la France et qui se traduisent par un soutien inconditionnel à Rabat. Comme pour l'ensemble des orientations de politique internationale de la France, les citoyen-ne-s doivent avoir leur mot à dire, il s'agit d'enjeux qui doivent faire l'objet d'un débat national qui, selon les communistes, devraient porter sur 5 questions:

1. Le respect du droit international

La France qui est membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon au monde entier s'agissant de son «engagement pour les droits de l'homme» bloque par tous les moyens l'application des résolutions de l'ONU en faveur de l'application du droit international et cautionne l'intransigeance marocaine. Cela s'est traduit par le départ du représentant de l'ONU, Horst Köhler qui n'a pu obtenir aucun progrès dans le cadre de sa mission.

Et dans toutes ses déclarations, le Quai d'Orsay joue l’ambiguïté comme encore le 30 octobre dernier, Jean-Yves Le Drian s'agissant du renouvellement du mandat de la MINURSO où il mentionne les résolutions de l'ONU mais achève sa déclaration par une énième référence au «plan d'autonomie marocain de 2007» qui n'a aucune légitimité.

2. L'attitude de la France nourrit les dangers sécuritaires

Le Maghreb est depuis plusieurs années et depuis l'intervention militaire de l'OTAN en Libye une zone de tensions où les équilibres sont bousculés et les ingérences incessantes.

La région doit faire face à plusieurs défis qui aggravent les situations de précarité économiques, sociales et politiques auxquelles les peuples de la région sont confronté: le terrorisme djihadiste qui a été renforcé par les interventions militaires étrangères -en particulier française, dans le Sahel- les trafics de drogues, d'armes et d'êtres humains, et les conflits territoriaux.
Ce n'est plus un secret pour personne qu'existe une imbrication entre le terrorisme djihadiste, les filières mafieuses de la drogue et l'Etat marocain.

Contrairement à Rabat, la RASD s'est toujours gardée de toute action terroriste et sensibilise sa population contre le trafic de stupéfiants.

La France et les pays de l'Union européenne, obsédés par le contingentement des migrants, externalisent leur gestion à des pays voisin au mépris de la vie des migrant-e-s et migrants soumis à l'esclavage et la torture. A côté de la Libye, le Maroc est devenu une des plaques tournantes des trafics d'êtres humains avec son cortège d'atteinte à la dignité des hommes et des femmes.
C'est l'honneur de la RASD d'avoir mis en place une politique d'accueil digne de ce nom, et de lutte contre les passeurs et leurs filières.

Enfin la politique expansionniste marocaine porte en germe les conflits d'aujourd'hui et de demain puisque le Maroc revendique des territoires algériens, mauritaniens et maliens, entretient les tensions et favorise la course aux armements. Cette politique marocaine entrave une dynamique d'intégration régionale, qui décidées par et pour les peuples, permettraient de favoriser, dans des logiques de coopération régionale fondées sur la solidarité, des politiques de développement humain, économique et social.

Il est grand temps que Paris dépasse les petits calculs égoïstes et ses intérêts marchands exclusifs (la France est le premier investisseur étranger au Maroc avec l'activité de 900 filiales d'entreprises françaises, elle est son 2e fournisseur et son 2e client) pour soutenir les Sahraouis qui oeuvrent pour la paix.

3. La France soutient un régime qui piétine les droits humains

Le Maroc emprisonne à tour de bras les défenseurs et militant-e-s pour les droits humains marocains et a fait des Sahraouis dans les territoires occupés la cible d'une violence quotidienne dont les prisonniers politiques en paient un prix très lourd, à l'image de ceux de Gdeim Izik.
167 personnes ont été arrêtées et 25 condamnées à de très lourdes peine à la suite de procès inéquitables où leurs avocats n'ont pas pu plaider. Je veux ici redire notre totale solidarité à Naâma Asfari et Claude Mangin, son épouse, qui font preuve d'un courage admirable.

Ces prisonniers sont aujourd'hui dispersés, soumis à un régime d'exception, violentés et même torturés. L'état de santé d'un certain nombre d'entre eux est de plus en plus inquiétant. En dépit des protestations, des condamnations de la Commission des droits de l'homme de l'ONU ou des grèves de la faim, la France reste silencieuse, et les abandonnant à leur sort, elle ruine aussi son crédit diplomatique. Le PCF prendra dans les semaines à venir une initiative nationale en soutien aux prisonniers politiques sahraouis.

Car, enfin! C'est toute la politique française au Maghreb, Afrique et Proche-Orient qu'il faut entièrement réviser:

- mettre fin à l'ostracisme de la France à l'égard des étudiants boursiers sahraouis et aux obstacles, nous qui nous gargarisons de francophonie, mis à l'apprentissage du français pour des centaines de jeunes qui suivent dans notre langue leur scolarité en Algérie.

- abattre le mur construit par le Maroc sur 2 700 km, hérissé de casernes et de mines isolant les territoires occupés.

- mettre un terme à l'indifférence complice de Paris devant aux difficultés des Sahraouis qui vivent dans les territoires occupés dans des conditions de précarité extrême, et qui ne doivent leur survie qu'à l'aide fournie par l'Algérie et le HCR, alors que les ressources de cette organisation onusienne se sont brutalement taries avec la crise de 2008 accentuant les carences alimentaires, la surmortalité infantile et le retour de pathologies qu'on coryait éradiquées.

- prendre publiquement position contre la politique d'ingénierie démographique du Maroc dans les territoires occupés sahraouis.

Il est tout aussi inacceptable que la France capitule devant les exigences marocaines sur notre territoire. Combien de réunions publiques ont été perturbées par des nervis de l'ambassade marocaine sans qu'aucune poursuite ne soit engagée? Comment accepter par exemple que la chanteuse Aziza Brahim ait été déprogrammée de l'Institut du Monde Arabe sans que la diplomatie française ne lève le petit doigt?

Les capitulations des autorités françaises face aux ennemis farouches de la démocratie conduisent à des impasses qu'il s'agisse de la Turquie de R.T. Erdogan, du coup d'Etat en Bolivie, de la politique du gouvernement Netanyahu en Israël et contre les Palestiniens...

5. La France encourage la prédation coloniale

Le Maroc pille les richesses et ressources naturelles du Sahara Occidental dont le peuple sahraoui a besoin de retrouver la totale maîtrise et indépendance pour mener à bien son développement.

Il est anormal que des entreprises françaises investissent dans la zone occupée ou que la France ait encouragé le coup de force de l'Union européenne par l'extension de l'Accord des tarifs douaniers préférentiels au territoire du Sahara occidental occupé par le Maroc.

Les parlementaires communistes s'y sont opposés et appuient les démarches juridiques pour faire respecter les arrêts de la Cour européenne de justice.

***

Voici les axes de la politique française qui doivent faire l'objet d'un débat national afin de modifier le rapport de force et sortir d'un «statu quo» insupportable.
La France doit changer radicalement de politique internationale et agir au Sahara Occidental pour une issue juste, pacifique, respectueuse des droits humains, du droit international et du droit des peuples, et contribuant ainsi à la stabilité, la sécurité humaine collective, la coopération et la solidarité internationale.

Le peuple sahraoui peut compter sur l'engagement résolu du PCF, ses militant-e-s et ses élu-e-s, pour y parvenir.

Je vous remercie.

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