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Algérie: Conjurer les menaces de violences armées

Le mandat présidentiel assuré par interim par Abdelkader Bensalah a pris fin le 9 juillet 2019. Certes, le Conseil constitutionnel a décidé qu'il resterait en fonction jusqu'à l'organisation du prochain scrutin présidentiel mais il n'en demeure pas moins que l'autorité en Algérie ne dispose plus d'aucune légitimité. De ce fait, les appels du chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah au respect de la légalité institutionnelle ont perdu tout leur sens et ne risquent pas d'être entendus par les foules immenses qui continuent à se mobiliser chaque vendredi.

Depuis cinq mois maintenant, ce soulèvement pacifiste, déterminé, créatif et toujours aussi impressionnant a enregistré des victoires mémorables en contraignant au retrait Abdelaziz Bouteflika et en faisant échec à l'organisation d'une présidentielle le 4 juillet. Il a résisté à toutes les provocations de division notamment entre berbères et arabes et a réduit à néant un système corrompu, sclérosé et à bout de souffle dans lequel les clans qui se disputent le pouvoir sont toujours parvenus à trouver un consensus. Si le système se démembre, sa colonne vertébrale, l'armée, est désormais en première ligne face au peuple. A. Gaïd Salah, conspué par les Algériens, s'obstine à proposer un replâtrage pour pérenniser la domination de ceux qui ont conduit le pays au bord de l'abîme. Pour briser l'élan populaire, le chef d'état-major qui détient tous les pouvoirs, durcit depuis plusieurs semaines sa stratégie sécuritaire et fait preuve d'une agressivité nouvelle. La répression s'accentue avec des arrestations quotidiennes. Il menace désormais tous ceux qui voudraient remettre en cause l'hégémonie dont l'armée dispose depuis 1962. En tendant ainsi unilatéralement la situation il compromet toutes perspectives de dialogue et d'issues pacifiques et démocratiques.

L'armée finira-t-elle par comprendre qu'il est de son intérêt de trouver une porte de sortie? Sous la pression de la rue, ses relais traditionnels, composés de partis et syndicats nationalo-islamistes, sont contraints de présenter des propositions proches des aspirations populaires. Celles formulées par les organisations de la société civile qui convergent avec celles des sept partis d'opposition laïque allant vers une transition démocratique et une nouvelle République sont les seules qui permettent d'envisager une sortie de l'impasse.

Le Parti communiste français (PCF) réitère son soutien à la lutte exemplaire du peuple algérien. Tout recours à la violence aurait des conséquences désastreuses et n'endiguera pas l'aspiration démocratique de l'ensemble de la société algérienne.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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