Accueil
 
 
 
 

Istanbul: Un cinglant revers pour R.T. Erdogan (PCF)

Lors du scrutin municipal de mars 2019, le parti islamo-conservateur au pouvoir (AKP) a perdu de nombreuses villes dont Ankara et Istanbul. Le président Recep Tayyep Erdogan, dont la capitale stambouliote fut le berceau et le vecteur de son ascension, ne pouvait accepter un tel camouflet. Sous la pression, il est parvenu à imposer à la Haute commission électorale l'annulation de l'élection du candidat d'opposition, issu du CHP (social-démocrate nationaliste), Ahmed Imamoglu. En dépit de ce putsch, l'ancien Premier ministre, Binali Yildirim, représentant du "reis", n'a pas réussi son pari.

Cette fois-ci, la victoire de l'opposition est écrasante avec plus de 806 000 voix d'avance. A. Imamoglu a su rassembler son électorat, les déçus de l'AKP, les forces de gauche, les Kurdes, les Arméniens mais aussi les jeunes et les femmes qui se sont mobilisés massivement. Ceux qui espèrent le retour de la démocratie ont fêté dans la liesse cette humiliation pour R.T. Erdogan. Cette majorité de 54% a d'abord condamné la dégradation considérable de la situation économique mais aussi une politique violente, autoritaire et nationaliste, faite d'agressivité et de haine, qui jette l'opprobe sur tous les opposants en les qualifiant de "terroristes".

Cette perte pour l'AKP est lourde de menaces pour son avenir. Istanbul, cette immense métropole, dont le poids économique et financier est considérable, alimentait depuis 2002 les entrepreneurs et la clientèle électorale affiliés du pouvoir. Elle traduit aussi un affaiblissement de l'assise électorale du pouvoir qui risque de s'amplifier avec une fuite des mécontents. L'AKP s'expose également désormais à une scission car d'anciens dirigeants comme le président de la République Abdullah Gül, le Premier ministre Ahmet Davutoglu ou le ministre de l'Économie Ali Babacan envisagent de créer une nouvelle formation.

Pour autant, en aucun cas, on ne peut considérer que l'AKP soit en déliquescence. Il recueille toujours 44% des voix et demeure la première formation du pays. Avec son allié ultra nationaliste du MHP il totalise 52% des suffrages. R.T. Erdogan monopolise les médias et contrôle l'appareil d'État d'une poigne de fer. Enfin, la Turquie ne devrait plus connaître d'élections avant 2023.

Quant au CHP, il reste la première force d'opposition avec une influence de 30%. Son alliance avec le "Bon Parti" (droite) n'a pas véritablement créé de dynamique et ne s'est pas traduite par un élargissement de sa base électorale ce qui ne lui permet pas de constituer encore une véritable alternative.Le Parti démocratique des peuples (HDP, gauche progressite et démocratique) a joué un rôle déterminant dans cette victoire en ne présentant pas de candidat. Ce sens des responsabilités exemplaire se produit dans un contexte de répression extrême, de limogeage des maires, de mise sous tutelle de leur municipalité et de la reprise de la guerre contre le peuple kurde. L'appel de sa prison de Selahattin Demirtas à faire battre le candidat de R.T. Erdogan a été très largement entendu.

Pour envisager désormais de mettre en échec l'AKP, l'opposition doit faire face à des défis considérables. Elle doit s'attaquer aux politiques qui génèrent une crise économique, qui dégradent les conditions d'existence de la population et creusent les inégalités. Elle doit aussi redéfinir les fondements de la nation turque en reconnaissant le génocide arménien et la diversité des peuples de Turquie. Cela passe par une rupture radicale avec les politiques de répression contre les Kurdes niant leurs droits. En ce sens, les négociations de paix doivent immédiatement reprendre avec les forces qui représentent le peuple kurde.
La société turque est parvenue à résister aux 55 000 arrestations et aux 150 000 limogeages de fonctionnaires dont de nombreux universitaires faisant la démonstration que l'autoritarisme n'est pas invincible. La France et l'Union européenne qui ont franchi un palier dangereux dans leur politique de complicité avec l'État turc devraient en tirer les conséquences. Il est temps d'avoir le courage de dire STOP ERDOGAN et de protéger sur notre territoire les militants kurdes de la liberté.

Parti communiste Français,
Paris, le 25 juin 2019

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.