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Chypre : élection présidentielle 2017

CHYPRE : SECOND TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE
RESULTAT

Nicos Anastasiades : 55,99%
Stavros Malas : 44,01%

La participation au vote : 73,9% a été légèrement supérieure à celle du 1er tour : 71,4% mais en très forte chute par rapport au second tour de 2013 (81%).

Quelques éléments d’analyse

Le candidat de la droite, Nicos Anastasiades, l’a emporté au second tour avec douze points d’avance sur Stavros Malas, le candidat indépendant de gauche soutenu par AKEL.

Nicos Anastasiades était certes le favori du scrutin mais, au premier tour, la forte progression de Stavros Malas (30,2% et près de quatre points de plus que son résultat de 2013), avait suscité l’espoir, à gauche -si ce n’est d’une victoire au second tour- au moins de réduire plus significativement l’écart avec le candidat de la droite ; en fin de compte, le contexte de forte abstention et de tensions dues à la situation dans la partie nord du pays, occupée par la Turquie, après l’échec des négociations sur la question chypriote en juillet 2017, n’a pas permis d’atteindre cet objectif.

Ainsi, dans un contexte de forte abstention qui a touché plus du quart de l’électorat à laquelle il faut ajouter 5% de votes blancs ou nuls ; les résultats ne doivent pas pour autant, être pris comme une approbation par les électeurs de la politique de la droite au pouvoir. Certes dans un contexte économique et social qui reste difficile pour les salariés et les épargnants lésés par les conséquences du renflouement du système bancaire du pays –financé par l’UE et le FMI – et les mesures d’austérité drastique engagées par la droite qui ont provoqué mécontentement et luttes importantes ; une partie des électeurs a choisi une certaine « stabilité », d’autant plus qu’un rapport de l’UE, publié opportunément entre les deux tours, vante les bons résultats obtenus par le gouvernement : croissance en hausse, baisse de la dette publique, conjuguée à un marché du travail « vigoureux ».

Concernant, la question chypriote, Nicos Anastasiades a déclaré à plusieurs reprises, qu’il « souhaitait la réunification qui ne lèse pas les intérêts des deux communautés, gréco et turco chypriotes ». Mais malgré la contrariété manifestée par l’opinion après l’échec des négociations de juillet 2017 ; les électeurs n’ont pas pour autant fait porter à Nicos Anastasiades la responsabilité première de l’impasse actuelle, due avant tout à l’intransigeance, aux provocations et aux pressions sur la communauté turco-chypriote, exercées par la Turquie. La partie de l’électorat ayant suivi au premier tour les options nationalistes gréco chypriotes des centristes de DIKO, (plus de 25% au premier tour) y compris dans leur version ultranationaliste fascisante (plus de 5% ) ; s’est reportée –malgré l’abstention- plus significativement sur la droite que dans le soutien à une solution juste et durable pour Chypre, préconisée par AKEL et son candidat : une fédération bizonale et bicommunale dans une République réunifiée respectant les intérêts des deux communautés.

Quoi qu’il en soit, pour Akel, les résultat de ces élections peuvent lui permettre, dans l’optique des élections  législatives et  europééennes de 2019, de continuer à contester la politique de droite et marquer ainsi de nouveaux points dans la défense des intérêts du pays et du peuple chypriote.

José Cordon
membre de la commission des relations internationales - Europe

 

COMMUNIQUE D’ANDROS KYPRIANOU, SECRETAIRE GENERAL D’AKEL

« Aujourd’hui le peuple chypriote a exercé son droit de vote et élu le nouveau Président de la République de Chypre. Le résultat ne nous satisfait pas mais le verdict du peuple doit toujours être respecté. Nous avons mené la bataille avec dignité et crédibilité. Nous avons perdu les élections mais politiquement et moralement nous sommes gagnants, comme le confirment nos pourcentages aux premier et second tours.

Nous remercions les milliers de citoyens qui nous ont fait confiance et ont soutenu la  candidature de Stavros Malas. Notre lutte ne s’arrête pas là. Elle se poursuivra sans relâche au cours des cinq prochaines années pour jeter les bases d’un changement.

AKEL reste dans l’opposition. En tant que force politique sérieuse et responsable, nous soutiendrons ce qui sert les objectifs et intérêts du peuple. Mais nous n’avons pas d’illusions. Nous avons une compréhension radicalement différente de la politique socio-économique. M. Anastasiades a gouverné en donnant beaucoup à quelques privilégiés et très peu pour le plus grand nombre. Il s’est révélé peu fiable concernant la question chypriote et nous ne lui faisons pas confiance. AKEL a fait de la question chypriote sa priorité,  pour la survie de notre peuple sur la terre qui l’a engendré. M. Anastasiades doit nous convaincre qu’il fait face. Malheureusement jusqu’à ce jour, il a montré le contraire.

Stavros Malas n’a pas gagné les élections. Mais nous voulons le remercier du fond du cœur pour ce combat que nous avons mené ensemble. Ce fût difficile et inégal, mais nous l’avons fait avec dignité, éthique, sincérité, raison, sérieux et sur une ligne claire. Nous avons essayé de convaincre autour de propositions et suggestions sans  cultiver la peur et l’intolérance, sans sous-estimer l’intelligence des citoyens, sans vendre des espoirs vides de contenu. Nous voulons que cette relation et cette coopération se poursuivent afin de servir efficacement les gens.

Nous regrettons de ne pas avoir atteint l’objectif de changer la gouvernance du pays. En tant qu’AKEL nous avons été en phase avec cet objectif tout au long de cette campagne électorale. Malheureusement, les partis du secteur politique dit « intermédiaire », malgré le fait d’avoir insisté pour atteindre le même objectif, ont choisi, au moment critique, de ne pas assumer leur responsabilité. Cela confirme malheureusement leur incohérence. S’ils étaient resté fidèles à l’objectif de changement, il est évident que ce changement se serait produit, répondant ainsi aux attentes des gens.

Le combat ne s’arrête pas là. Nous assurons le peuple chypriote que nous continuerons à l’intensifier. Nous avons besoin d’un soutien encore plus fort pour pouvoir servir plus efficacement ses intérêts. Contribuer à la solution du problème chypriote par la libération et la réunification de notre île. Contribuer au développement de l’économie et à la redistribution équitable de la richesse produite. Reconstruire l’Etat-providence et renforcer la cohésion sociale. Lutter contre la pauvreté, l’inégalité, le chômage et l’insécurité sociale.
Demain un autre jour se lèvera. AKEL se tient debout avec force dans la défense des intérêts de Chypre et de notre peuple. »

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RESULTATS DU PREMIER TOUR

LA PROGRESSION DE STAVROS MALAS OUVRE UNE PERSPECTIVE PROGRESSISTE VERS L’UNITE NATIONALE

Candidat (parti politique)  %
Nicos Anastasiades (Rassemblement démocratique DISY droite) 35,50%
Stavros Malas (soutenu par AKEL, Parti communiste chypriote) 30,25%
Nicolas Papadopoulos( DIKO, centre gauche
Nationaliste soutenu par  EDEK –socialistes)
25,74%
Christos Christou (ELAM, Extrême droite) 5,65%
Giorgos Lillikas (Mouvement pour la démocratie populiste) 2,18 %

La participation (71,4%) est en très nette baisse par rapport à 2013 (83,14%).

 

Lors des élections des 17 et 24 février 2013, Nicos Anastasiades l’avait emporté au 2e tour avec 57,48%, battant Stavros Malas, le candidat soutenu par AKEL qui obtenait 42,52%.

Au premier tour Anastasiades (droite DISY soutenu alors par le DIKO) avait obtenu 45,46% ; Stavros Malas 26,91 % ; Giorgos Lillikas, le candidat populiste soutenu alors par les socialistes de EDEK, 24,93% ; l’extrême-droite ELAM, 0,88%.

Première analyse

Cette élection a été encore marquée par une abstention beaucoup plus importante qu’en 2013.

Le candidat sortant de la droite Nicos Anastasiades, qui a dirigé le pays depuis quatre ans, arrive en tête avec un résultat décevant pour son camp. Anastasiades a mené campagne en se présentant comme le garant de la stabilité de l’économie du pays après les années de crise dues au conséquences du crash bancaire et l’intervention de l’UE (troïka) en 2012 avec, à la clé, un plan d’austérité sans précédent.

La progression importante de Stavros Malas, le candidat soutenu par le Parti communiste chypriote (AKEL), est significative de la mobilisation d’une partie importante de l’électorat contre cette « success story » prônée par la droite, alors que selon AKEL, « un tiers de la population est au seuil de pauvreté, que les profits augmentent, tandis que les revenus de la majorité de la population sont gelés ou en baisse. Dans le même temps, la société chypriote continue à souffrir des problèmes auxquels sont confrontés le système de santé, les retraités, les jeunes étudiants et chômeurs confrontés à la précarisation des conditions de travail. »

Ces politiques régressives ont été soutenues par le candidat centriste de Diko, Nicolas Papadopoulos, qui bien que prétendant défendre les intérêts des classes moyennes touchées par les effets du krash boursier et tout en obtenant un résultat non négligeable ; ne parvient pas à se qualifier pour le deuxième tour soutenu  pourtant par les socialistes et les écologistes.

Le candidat populiste, Giorgos Lillikas, qui avait obtenu 25% en 2013 avec le soutien des socialistes et d’une partie de Diko, s’effondre.

L’extrême-droite -avec plus de 5%- effectue une percée inquiétante.

Le contexte international extrêmement tendu a également pesé sur l’élection : agressions et provocations de la Turquie en Syrie et en mer Egée; intransigeance du pouvoir turc lors des négociations sur la réunification de l’île, parrainées par l’ONU,  ayant conduit à un nouvel échec en Juillet 2017, à Crans Montana (Suisse) du fait notamment du refus de la Turquie d’envisager le retrait de ses 45.000 soldats au nord de l’île et du maintien de son droit d’intervention.

D’autre part, les élections législatives dans le nord de l’île (non reconnues par la communauté internationale), avaient signifié, quelques semaines auparavant, un  recul des forces les plus attachées à une juste solution de la question chypriote. Depuis il y a eu l’attaque par des militants d’extrême-droite turcs contre le journal  chypriote turc « Afrika » qui a critiqué l’offensive militaire d’Ankara  dans le nord de la Syrie.

La mise en avant dans l’élection des préoccupations concernant les problèmes du quotidien aurait pu entrainer une certaine démobilisation de l’opinion vis-à-vis d’une juste solution de la question chypriote soutenue par l’ONU et par AKEL  (réunification des deux communautés turco-chypriote au nord et gréco chypriote au sud dans une fédération bizonale et bicommunale, constituant la République de Chypre) ; et surtout elle aurait pu provoquer la poussée des nationalistes de tous bords exploitant cette situation de blocage et de tension : les centristes de Diko, soutenus par des socialistes abandonnant peu à peu la solution bizonale et leur candidat Papadopoulos, reprochant à la droite de Anastasiades ses « concessions » à la Turquie ; les ultranationalistes d’extrême droite, surfant eux sur le climat tendu avec la Turquie pour relancer l’ultranationalisme grec. D’ailleurs, dans un message aux électeurs, l’ex-Président du pays Demetris Christofias (AKEL), appelait « à ne pas oublier que la situation que nous vivons aujourd’hui (la partition du pays), n’est pas accidentelle ; elle a été précédée par un coup d’Etat fasciste, conduisant à l’invasion puis à l’occupation ».

Le deuxième tour le 4 février s’annonce beaucoup plus serré que ce qu’escomptaient les forces du statu-quo. Dans sa première déclaration, Stavros Malas a déclaré : « il est temps de mettre fin aux divisions du passé, de tourner la page et regarder avec confiance et détermination pour jeter les bases de l’unité nationale ».

José Cordon
membre de la commission des relations internationales - Europe

 

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