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Turquie : un appel lancé à tou.te.s les élu.e.s de France

Nous sommes une quarantaine d’observateurs européens en route pour assister aux procès de Figen Yuksekdag et Selahattin Demirtas, co-présidents du HDP. Le tribunal a été installé anormalement dans les locaux de la prison où Figen est incarcérée à une soixantaine de kilomètres d’Ankara, dans un campus infranchissable, au milieu d’une plaine immense cernée de collines enneigées. À la descente de nos cars, un vent puissant et un froid glacial nous transpercent en deux minutes. Nous resterons là trois heures, sans pouvoir entrer, malgré toutes les tentatives des avocats. Des policiers forment un mur noir sur plusieurs rangées. Nous protestons sans reculer, levant haut passeports, cartes d’élu·e·s, de diplomates, de parlementaires européens. Rien n’y fait. En vérifiant de temps en temps qu’il vous reste toujours votre nez et vos pieds, vous êtes en train de vivre en direct l’arbitraire. « Il faut venir voir pour comprendre », réagit Jean-Paul Lecoq, député communiste à l’Assemblée nationale, membre de la commission des Affaires étrangères(1).

Dans cette Turquie, les lois ne comptent plus. Sa Constitution prévoit que les audiences des procès sont ouvertes au public. Comme nous le rappelle une avocate anglaise, « la justice doit être vue et entendue pour être rendue ». Pour nos amis Figen et Selahattin, cet accès public est interdit et le co-président ne peut même pas être présent physiquement. Alors que la liste nominative des observateurs avait été officiellement remise par les avocats, le document est déclaré inconnu par le président de la Cour. Les avocats la lui remettent cette fois en mains propres, l’obligeant à nous autoriser oralement à entrer. Le procureur et le chef de la police s’y opposent et ils auront le dernier mot.

Il en va ainsi des procès et des condamnations. Des dirigeants politiques sont emprisonnés et jugés pour avoir joué leur rôle de dirigeants politiques, et leurs avocats travaillent contre la montre, avant d’être arrêtés pour avoir fait leur travail d’avocats... Les 500 pages d’accusations contre Selahattin Demirtas correspondent à des discours publics, notamment en soutien aux Kurdes engagés contre Daech à Kobanê. Des procès sans délit et une justice accusant sans preuve de « terrorisme » ceux-là même qui le combattent, les universitaires, les journalistes, les syndicalistes, et particulièrement les élu·e·s du HDP. 10 000 militants sont poursuivis et sans cesse harcelés entre gardes à vue, emprisonnement, relâche, emprisonnement... 5 000 affrontent les conditions inhumaines dans les prisons, les fouilles corporelles systématiques et dégradantes, la torture, les viols.

Signe de force de RT Erdogan ? Il se trouve de plus en plus isolé dans son pays et dans la région, de plus en plus discuté, y compris dans son camp. Les populations sont fatiguées. La situation économique catastrophique. Hisyar Ozsoy, chargé des relations internationales au HDP, insiste : « Il a besoin de gagner du temps pour détruire les institutions, l’Europe doit réagir rapidement, faute de quoi elle-même en subira les lourdes répercussions. Nous avons besoin que l’Europe soit ferme sur ses principes. Il ne faut pas avoir peur de faire pression par des sanctions économiques. Ce sont les seuls arguments qu’il entend. »

Être ferme avec RT Erdogan, sans isoler la Turquie, c’est renforcer notre soutien aux démocrates qui lui résistent. C’est répondre à l’appel du HDP qui demande à tous les élu·e·s de France de parrainer leurs élu·e·s emprisonné·e·s. C’est participer en grand nombre à la prochaine audience le 14 février 2018. Cette fois-ci, S. Demirtas sera présent physiquement. En nous remerciant de ce premier résultat, Hisyar Ozsoy conclut : « Ensemble, nous pouvons stopper Erdogan. »

Sylvie Jan
présidente de France-Kurdistan / sylvie.jan@free.fr
article paru dans Communistes du 13 décembre 2017

(1). Voir vidéo de Jean-Paul Lecoq sur la page Facebook « Les députés communistes ».

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