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France/Kurdistan : STOP Erdogan

Dans leur dernière publication, La Réponse kurde, Sylvie Jan et Pascal Torre présentaient, sur la longue durée, les principales caractéristiques de l’histoire du peuple kurde permettant de mieux saisir les enjeux contemporains. Leur nouvel ouvrage, Stop Erdogan !, reprend le mot d’ordre utilisé désormais dans toute l’Europe pour condamner la politique du tyran d’Ankara.

S’appuyant sur une érudition sans faille, une grande rigueur démonstrative et une claire exposition pédagogique, voici un nouveau volume indispensable pour tous ceux qui veulent comprendre les bouleversements qui affectent dramatiquement cette partie du Moyen-Orient. Conjuguant une approche diachronique et synchronique mais aussi les différentes échelles nationales, régionales et internationales, ils reviennent dans un préliminaire ciselé sur l’émergence du nationalisme kurde. Sortis de la marginalité grâce à leurs luttes, les Kurdes s’imposent progressivement dans un sous-ensemble régional en voie d’autonomisation. Alors que des États s’effondrent en Irak et en Syrie, les Kurdes font société. Ils se différencient, s’institutionnalisent et se forgent une culture dans des espaces qu’ils tentent de pacifier progressivement. Le 3e chapitre, intitulé « Que veulent les Kurdes ? », montre que la kurdicité constitue le principal ciment de leur unité. Mais le mouvement kurde se caractérise également par la pluralité de ses approches autour de deux pôles : le PDK de M. Barzani et la nébuleuse qui gravite autour du HDP (Turquie), du PYD (Syrie) et du PJAK (Iran). De nettes divergences surgissent autour de l’indépendance et de l’autonomie dans le cadre d’États démocratisés comme sur le projet politique : libéral et un ordre social monolithique pour le premier et une perspective progressiste, pacifiste, écologique et féministe pour les seconds.

Pour les auteurs, l’année 2014 marque une rupture car la mort fait un retour fracassant dans l’espace kurde. L’offensive de groupes djihadistes, dont l’État islamique, redéfinit en partie la question kurde ouvrant une période d’incertitude. La Turquie de R.T. Erdogan, toujours plus agressive et liberticide, fait de plus en plus figure d’ennemi irréductible des Kurdes. Elle tente, avec l’Iran, de reprendre la main en brisant les anticipations créatrices dont sont porteurs les Kurdes.

L’ouvrage s’achève sur les perspectives contradictoires à l’échelle régionale et un appel au développement de la solidarité.

C’est le sens de la campagne « Stop Erdogan ! » lancée en septembre 2016 par l’association France-Kurdistan au lendemain du coup d’État manqué en Turquie qui a entraîné des purges gigantesques dans l’appareil d’État et des arrestations massives. La passivité complice des États-Unis, de l’Union européenne et de la France avec cette dictature islamo-conservatrice ne pouvait en rien endiguer cette dérive. Seule une intervention citoyenne était désormais susceptible de faire évoluer la situation alors que des journalistes, des intellectuels, des syndicalistes, des démocrates, des élu·e·s notamment du HDP croupissent en prison. Pour amplifier ce mouvement, les parrainages de maires ou de députés incarcérés se sont multipliés. France-Kurdistan a engagé à l’occasion de la Fête de l’Humanité une nouvelle campagne : « Je pense à toi ». Elle consiste à envoyer une carte postale aux prisonniers politiques de Turquie dans leur diversité. Ce geste simple, accessible, est souvent la seule façon de faire entrer dans les cellules une lueur d’espoir et de signifier aux bourreaux que ces prisonniers sont sous surveillance internationale. Inonder les prisons de ce simple message est indispensable aujourd’hui quand ces élu·e·s ou ces militant·e·s subissent l’isolement, l’humiliation et la torture. La journaliste et féministe Zehra Dogan, emprisonnée, écrivait récemment : « Dans un moment où vous êtes le plus désespéré, ressentir que des gens vous entendent, est incroyablement beau […] Dans les périodes les plus sombres, c’est cette solidarité qui nous a tenues debout. Pour cela je vous remercie infiniment. »

Secteur International du PCF
article paru dans Communistes du 11 octobre 2017

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