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Migrants: idées reçues, idées fausses...rétablir les faits!

La droite, de Sarkozy à Fillon, l’extrême droite et le FN ont décidé de faire du rejet des migrants un des thèmes principaux de leur campagne des élections présidentielle et législatives. Ils avancent l’un et l’autre une politique d’expulsions massives, de ségrégations, de négations des droits humains et des obligations d’accueil fixées par les conventions internationales… du vrai Trump!

Pour la justifier, ils se livrent à une entreprise de falsifications de la réalité du nombre de migrants, des droits abusifs dont ils bénéficieraient. Ils veulent ainsi susciter la peur, un sentiment d’injustice chez les Français attisant le rejet, la xénophobie, pour aboutir à une France forteresse repliée sur elle-même. Les vrais causes et responsables sont ainsi épargnés et le gouvernement Valls s’est bien gardé de dénoncer ces mensonges.

Qu’en est-il donc vraiment de leurs arguments qui relèvent plutôt du fantasme et de l’outrance.

«Ils envahissent la France» : FAUX!

Aujourd’hui notre pays compte 67 millions d’habitants dont 4,17% d’étrangers non européens, soit 2,8 millions de personnes. S’agissant des deux dernières années, dites de la «crise des migrants», le nombre de personnes fuyant les guerres et demandeurs d’asile a augmenté de 22% en 2015 et de 6% en 2016 pour atteindre le chiffre de 78000 demandeurs. Seuls 26000 ont obtenu le statut de réfugiés.
En Europe, la France n’est qu’à la 6e place, derrière l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suède, la Hongrie, l’Autriche, concernant le nombre de demandeurs d’asile qui atteint les 1,2 millions en 2015.
Au final, le nombre de migrants que la France aura accueilli dans ce cadre s’élève à 30000 incluant les «relocalisations»... soit 0,04% de la population. Où est l’invasion?

«Ils volent le travail des Français» : FAUX!

Les travailleurs migrants, en particulier lorsqu’ils sont en situation irrégulière, sont victimes de multiples violations de leurs droits et sont souvent exploités par des employeurs peu scrupuleux.
Depuis 1991, la loi française leur interdit de travailler, les privant de la possibilité de subvenir à leurs besoins sans bénéficier d’aides pour autant, les contraignant au travail au noir dans les métiers les plus durs. Leurs luttes sociales leur permettent toutefois d’arracher des améliorations  et des régularisations par le travail avec l’aide de la CGT.
La France refuse toujours pourtant de ratifier la Convention internationale sur les droits de tous travailleurs migrants, sans-papiers inclus, adoptée par les Nations unies et 42 pays en 1990... mais par aucun pays européen!
Représentent-ils alors une charge pour la société et une concurrence pour les travailleurs français?
Le rapport de l’OCDE, organisme libéral, corroboré par plusieurs études en France d’organismes officiels, confirme que l’apport des migrants par leur travail est très recherché dans la restauration, l’aide à la  personne, les emplois de service et d’entretien, le bâtiment et fait augmenter le PIB de 0,1 à 0,2%. Ils favorisent également selon l’OCDE «la fluidité du travail», dont bénéficient les salariés français en retour.
Si l’accueil des réfugiés ces deux dernières années a provoqué dans un premier temps une augmentation des dépenses pour leur prise en charge, leur formation professionnelle souvent élevée  leur donne accès à des métiers qualifiés et à une meilleure intégration par le travail participant ainsi  à la création de richesses pour le pays et cotisant aux caisses sociales.

«Ils viennent profiter des allocations» : FAUX!

Il n’existe pas d’allocations familiales, ni de RSA pour les demandeurs d’asile et les migrants en situation irrégulière.
Le RSA n’est accordé qu’à condition d’avoir depuis cinq ans un titre de séjour permettant de travailler en France, ou d’avoir le statut de réfugié. Le RSA s’élève à 530 euros par mois pour une personne et ne peut dépasser 62% du Smic. Pas de quoi pavoiser!

«Ils viennent en France pour se soigner» : FAUX!

L’aide médicale d’État (AME) que Fillon et Le Pen veulent supprimer aux immigrés sans-papiers est accordée gratuitement en justifiant une résidence stable et  sans condition aux enfants mineurs.
Interdire cette aide médicale à tout homme et femme qui vivent souvent dans la grande précarité, c’est créer une situation de tension en matière de santé publique et surtout ce serait mettre encore plus en danger leur santé.

«Ils sont mieux logés que les SDF» : FAUX!

Le problème c’est que ce sont souvent les mêmes!
Obligés souvent de dormir dans la rue faute de place  dans les centres d’accueil, leur situation n’est guère enviable à celle des SDF.
Pour les migrants sans-papiers l’hébergement est prévu dans des centres d’accueil et d’orientation dont plus de 8000 places pour ceux provenant de Calais, et cela sur tout le territoire dans 120 centres.
Pour les migrants demandeurs d’asile, ils sont censés être accueillis dans un centre de demandeur d’asile (Cada) mais le nombre de places est nettement insuffisant. Les réfugiés ayant obtenu le statut du droit d’asile peuvent être logés en centre provisoire d’hébergement pour une durée de 9 à 12 mois.
Quant aux mineurs isolés, ils sont sous la responsabilité des services départementaux de l’aide à l’enfance aux structures d’accueil et personnel insuffisants. Il manque selon les associations en charge de la gestion de ces centres, 20000 places pour accueillir dignement ces personnes, réduites pour certaines à vivre dans la rue, à l’hôtel, chez des particuliers à titre provisoire.
Que ce soit les migrants, leur famille ou les SDF ils souffrent ensemble du manque de places en foyer, de structures d’accueil, de logements sociaux.

«Accueillir les réfugiés fuyant les guerres et les persécutions, mais  pas les autres?» : FAUX!

Le droit de se déplacer d’un pays à l’autre, la mobilité humaine, constitue un droit incontournable reconnu mais les pays occidentaux et du Nord restent obsédés par la crainte de «l’invasion» de migrants pauvres venant du Sud, même si ce nombre reste très limité, en regard des migrations dans le monde.
Toutefois, les inégalités de plus en plus profondes et apparentes aux yeux de tous produites par un système capitaliste en crise, l’état de pauvreté qui frappe encore 2 milliards  d’êtres humains vivant avec moins de 4 dollars par jour, la politique de libre-échange qui fragilise des économies déjà rendues vulnérables par une mondialisation néo-libérale, continueront de pousser des jeunes à partir «tenter leur chance» ailleurs faute d’avenir chez eux.
Les  mesures sécuritaires prises par les États de l’Union européenne à l’encontre des migrants obligent ces derniers à prendre de plus en plus de risques mettant leur vie en danger.
Pourtant leur apport à nos sociétés est reconnu au plan économique, culturel et les versements d’argent adressé à leur famille s’élèvent à plus de 450 milliards, soit 3 fois le montant de l’aide publique au développement.

Patrick Margaté
chargé des questions migratoires à la commission des relations internationales
article paru dans la LRI - spécial Migrants (février 2017)

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