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Séminaire entre les Partis communistes de Cuba et de France

Point de vue de Gérard Germain, représentant de la Coordination française de solidarité avec Cuba, sur le séminaire organisé entre les partis communistes de Cuba et de France organisé les 9 et 10 décembre 2016.

Pour la première fois, un séminaire rassemblant des «experts» et des dirigeants des Partis communistes cubain et français s’est déroulé à Paris pour partager des expériences, comparer et comprendre les situations économiques et politiques des deux pays. Comme dans tout séminaire de ce genre, chacun vient avec des motivations différentes, mais surtout avec le désir d’apprendre de l’autre. En tant que représentant de la Coordination française de solidarité avec Cuba –membre du PCF–, je suis venu améliorer mes connaissances sur Cuba, et je n’ai pas été déçu. Des interventions très intéressantes des camarades français et cubains, des précisions apportées après la présentation sur la révolution numérique: «Comment le parti communiste cubain peut-il se préserver de cette révolution numérique?»

Un long débat s’est engagé… mais je ne donnerai pas les éléments de réponse pour garder le suspense jusqu’à la publication du compte-rendu. Sur les deux jours de séminaire, je reprendrai seulement des idées développées par les camarades cubains :

« Il est important de préciser que la crise mondiale du capitalisme, de l’impérialisme est systémique. Les crises ne sont pas les causes, mais les conséquences du capitalisme mondial. Pour Fidel, l’homme risque de disparaître en raison des modifications biologiques. Keynes craignait que l’économie spéculative prenne le dessus sur l’économie réelle. Aujourd’hui c’est une réalité, pour chaque dollar dans l’économie réelle, il y a 50 dollars dans l’économie fictive.

Le monde est en crise, mais les classes qui soutiennent le pouvoir ne cessent de voir leurs profits augmenter. Les énormes mesures de sauvetage qui ont été prises ont seulement permis d’augmenter les revenus des dirigeants. Les grands États ont une responsabilité dans la sortie de la crise, car ce sont eux qui l’ont créée. Les changements aux États-Unis, en Amérique latine et en Europe laissent peu d’espoir pour un changement. La crise est mondiale, elle touche Cuba (chute des prix de certains produits et augmentation pour d’autres), elle vient aggraver les effets du blocus des États-Unis. Cuba n’a pas comme les autres pays accès aux crédits (sauf à des taux prohibitifs), ni aux financements internationaux. Mais ce n’est pas la conséquence de la crise, c’est la faute des États-Unis. Si le blocus était supprimé, même dans le contexte actuel, la situation des Cubains serait améliorée. Le blocus nous coûte 4,5 milliards de dollars par an, 1/5 de notre PIB. Nous avons développé un secteur important de services (médicaux, éducation, tourisme…) qui représente 70% de notre PIB.

130 pays commercent avec Cuba dans le monde avec des échanges qui vont de 20 millions à 9 milliards par an: le Venezuela, avec des échanges de 9 milliards de dollars, puis la Chine (2 milliards), le Canada et l’Espagne (1,2 milliard), puis l’Allemagne, la Hollande et la France. La loi 118 sur les investissements étrangers permet aujourd’hui de décompter 395 projets pour un montant de 9,5 milliards de dollars.

Concernant les États-Unis, on ne sait pas ce qui va se passer, mais si l’on pouvait exporter nos produits vers les États-Unis nous engrangerions plus d’un milliard de dollars. Si les États-Unis permettaient aux États-uniens de voyager librement à Cuba en tant que touriste, cela ferait une rentrée de 1 à 2 milliards de dollars par an. Si toutes nos transactions pouvaient se faire en dollars, nous économiserions 400 à 500 millions de dollars par an.

Quelle est la conception du socialisme pour le futur? Quels sont les fondements de l’actualisation du modèle économique cubain? Lors des VIe et VIIe Congrès du PCC, nous avons défini la maîtrise de la planification du marché, tout en acceptant des formes non socialistes. Un marché, mais régulé par l’État avec comme principe: personne ne sera abandonné. Aujourd’hui, à côté du secteur d’État il y a 383 coopératives qui n’existaient pas il y a 4 ans et 500 000 travailleurs à leurs comptes. Le secteur d’État représente 70% des travailleurs, 75% du PIB et 85% des impôts. L’expérience de l’URSS a été avortée.

Cuba essaie de regarder comment mettre en place une société socialiste durable. Avant nous avions une gestion très centralisée. Maintenant, ce qui est important, malgré les efforts du capital international, c’est de mettre en place la justice sociale. Pour ce faire, nous avons besoin d’une économie rentable. Aujourd’hui, une question se pose sur le salaire: est-il normal que celui qui «ne fait rien» ait le même salaire que celui qui travaille beaucoup? Le problème est posé à la société civile, aux syndicats, au parti, à la jeunesse… mais il n’y a pas une seule réponse. Jusqu’où va aller la propriété privée? La réponse est : comment rendre l’économie plus efficace sans mettre en danger le socialisme. Certains disent que la propriété privée peut nous engager dans le capitalisme. Nous avons défini onze secteurs protégés (infrastructures, énergie, eau…) pour favoriser le socialisme et le développement économique. »

La deuxième édition du séminaire se tiendra à l’invitation du Parti communiste de Cuba à La Havane en décembre 2017.

Gérard Germain
Cuba Linda

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