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Après Astana, Genève un espoir de paix?

Au moment où ces lignes sont écrites doit débuter le 23 février à Genève une rencontre entre les représentants du régime syrien et de l’opposition politique et armée, sous l’égide de l’ONU avec le parrainage des principales puissances régionales et internationales.

Cette rencontre, programmée après l’échec de la précédente réunion, il y a un an, fait suite à celle tenue il y a quelques semaines à Astana (Kazakhstan), à l’initiative de la Russie, avec la participation de la Turquie et de l’Iran, ces trois pays étant des protagonistes majeurs du conflit; la Russie et l’Iran du côté du pouvoir syrien, la Turquie de celui d’une partie de l’opposition armée … hormis aujourd’hui l’État islamique. Cette réunion dans la capitale kazakhe a permis de déboucher sur un «accord de cessez-le-feu» et un «mécanisme pour le superviser», «qui dans l’ensemble fonctionne d’une manière efficace» indique le document signé par les trois pays qui réaffirment «qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, qui ne peut être réglé que par un processus politique». C’est pour avoir refusé cet objectif de solution politique que Genève 1 a échoué en juillet 2012, du fait des veto des États-Unis et de la France, malgré le texte d’accord adopté alors par toutes les parties.Ce texte d’alors, on le retrouve d’ailleurs en grande partie dans la résolution 2 254 adoptée par le Conseil de sécurité fin 2016 sur proposition des dix-huit pays réunis à Vienne en novembre de cette même année.

Tout cela vient donc de loin et attention à ne pas refaire les mêmes fautes pour ces pays, de faire passer exclusivement leurs intérêts et leurs alliances avant l’objectif de la paix et de la fin du martyre du peuple syrien.Ainsi Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, lors de sa rencontre du 10 février à Paris avec l’émissaire de l’ONU a déclaré que «la transition est indispensable pour permettre le retour à la paix et un combat efficace contre le terrorisme».

Espérons que la France saura tirer les leçons que de vouloir faire du départ d’Assad un préalable à tout accord politique conduirait inévitablement à l’échec et ne ferait que prolonger la guerre, en faisant le lit de l’État islamique et d’Al Nosra.Ce sera au peuple syrien lui-même de décider de son futur président et du sort de Bachar Al Assad, dont les crimes sont avérés comme ceux des groupes islamiques, mais la paix d’abord! La paix par la mise en place d’un gouvernement formé de tous les courants politiques hormis les terroristes, en travaillant à une nouvelle Constitution et en préparant les élections dans les dix-huit mois.Telle est la feuille de route arrêtée au Conseil de sécurité pour aller vers la paix.Cette nouvelle Syrie devrait se construire dans le respect de toutes les composantes et de la citoyenneté, ou les Kurdes auraient toute leur place conformément à la lutte qu’ils mènent contre l’EI, mais aussi des innovations démocratiques qu’ils développent en leur sein notamment par la place que prennent les femmes.

Cette paix est indispensable pour engager la reconstruction du pays, réinstaurer le dialogue entre Syriens, permettre le retour des millions de réfugiés répartis dans la région et en Europe. La volonté actuelle de la Turquie d’établir une «zone de sécurité» en territoire syrien, profitant du combat contre l’État islamique, est un facteur de tension, d’affrontement avec l’armée syrienne, qui cherche à préserver sa frontière avec son voisin. Aujourd’hui, des discussions sont engagées entre l’émissaire spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, et l’opposition syrienne pour présenter un front uni devant les représentants du régime à la rencontre de Genève. La période qui vient est donc capitale pour parvenir à un accord à condition que tous les pays associés à cette discussion décident de faire de la paix leur unique objectif.

Patrick Margaté
membre de la commission des relations internationales du PCF

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