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Autriche, Italie • Conforter l'exigence sociale et démocratique contre l'austérité et l'extrême droite

Les scrutins du 4 décembre en Autriche et en Italie constituent un nouveau signal d’alarme dans un paysage politique européen marqué à la fois par l’aggravation de la crise économique, sociale et politique et par les résistances populaires contre le caractère de plus en plus autoritaire d’une gouvernance européenne qui impose son ordre néolibéral et de nouveaux reculs de la souveraineté populaire. Désenchantement, désespérance sociale, peur de l’avenir peuvent conduire à des replis identitaires marqués du sceau du repli ultranationaliste, du racisme et de la xénophobie, attisés par l’inquiétante poussée, dans nombre de pays européens, de forces populistes de droites extrêmes radicalisées, rendant d’autant plus urgente l’ouverture d’une perspective de progrès social et démocratique.

En Autriche, le coup d’arrêt à la montée en puissance du FPÖ, que constitue la défaite de son candidat à la présidentielle, ne peut occulter que ce parti d’extrême droite qui plonge ses racines idéologiques dans le néonazisme est le premier parti du pays et atteint désormais un seuil qui peut le porter au pouvoir. Dans ce pays, comme dans nombre d’autres en Europe, les politiques «austéritaires» menées, souvent de concert, par la droite et une social-démocratie affaiblie et en crise, provoquent d’importants reculs sociaux et démocratiques. Elles brouillent en même temps les repères permettant d’envisager une alternative progressiste au sein d’une Union européenne dont le projet néolibéral est de plus en plus discrédité et rejeté.

En Italie, la victoire du NON lors du référendum sur la réforme constitutionnelle voulue par Matteo Renzi (60% contre 40% avec une participation au scrutin de 68%) a été massive. Elle exprime d’abord le rejet d’une réforme antidémocratique visant – à travers la révision de la Constitution de la République de 1948, issue de la Résistance antifasciste – à la concentration du pouvoir politique entre les mains du pouvoir exécutif au détriment du Parlement ainsi qu’à la modification en ce sens du système électoral. Ce NON reflète des motivations diverses voire antinomiques: droite de Berlusconi depuis toujours hostile aux principes solidaires sur lesquels se fonde l’actuelle Constitution et notamment son article 1 «une République démocratique fondée sur le travail»; Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo, prétendument «antisystème» mais s’inscrivant dans certaines dérives anti-démocratiques de celui-ci; et formations populistes de la droite extrême, comme la Ligue du Nord, qui progressent en polluant le NON de leurs campagnes haineuses contre les migrants.

Dans ce contexte, la mobilisation de la gauche politique et sociale engagée dans un vaste Front unitaire pour mettre en échec les réformes de Matteo Renzi (précarisation du travail (Jobs Act), réforme de l’éducation), a été déterminante pour faire de ce NON un vote de résistance aux politiques d’austérité et de régression sociale. La Confédération générale des travailleurs (CGIL) a d’ailleurs engagé une procédure pour la tenue d’un référendum d’initiative populaire (plus de 3 millions de signatures recueillies), visant à abroger les principales dispositions des réformes du travail engagées par la droite et Renzi.

Ainsi, alors que les gouvernants actuels de l’UE entendent garder le cap des politiques d’ajustement néolibéral imposées à leurs peuples, les scrutins du 4 décembre témoignent de la possibilité d’ouvrir des brèches dans ces politiques de régression sociale et démocratique. Elles peuvent conforter l’exigence de politiques alternatives rompant avec des politiques gravées dans le marbre des traités européens et inscrites notamment dans le pacte d’austérité budgétaire; et tracer la perspective de refondation d’un projet pour l’Europe conforme aux exigences démocratiques de ses États et de ses peuples.

José Cordon
Relations internationales du PCF
article paru dans Communistes du 14 décembre 2016

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