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Retour du Forum social mondial à Montréal

Premier constat

Alors que pour la première fois le Forum social mondial (FSM) était organisé dans un pays « du Nord », c’est une triste idée de la démocratie et de la liberté qui est apparue au-devant de la scène : refus de près de deux cent cinquante visas par le Canada, la plupart de ressortissants des pays du Moyen-Orient et d’Afrique, parmi lesquels Animata Traoré.

Une organisation impressionnante : 35 000 participants dont 15 000 à la marche d’ouverture avec 125 pays représentés ; un millier de bénévoles ; 1 300 ateliers autogérés ; 200 activités culturelles ; 6 forums mondiaux parallèles dont un composé de parlementaires de tous les pays, initié à l’époque par Francis Wurtz lorsqu’il était président du Parti de la Gauche Européenne (PGE) et de la Gauche Unitaire Européenne (GUE).

Un premier regard positif…

Les grands axes de réflexion qui ont traversé le FSM ont rencontré nombre de nos préoccupations ou combats en France, en Europe et dans le monde, déclinées sur la base d’un programme de résistance : contrôle de la finance et socialisation des banques ; taxation des transactions financières ; remise en cause des dérives du libre-échange et du dumping social, fiscal, environnemental et monétaire ; suppression des paradis fiscaux et judiciaires. Des axes qui se heurtent au veto des dirigeants du capitalisme financier et de leurs affidés politiques.

De bout en bout a transpiré la volonté de livrer à la réflexion collective un projet alternatif comme la transition écologique, sociale, démocratique et géopolitique s’appuyant sur de nouveaux concepts : le bien commun, le bien vivre, la prospérité sans croissance, la justice climatique, la relocalisation, la démocratisation radicale de la démocratie. Des concepts, que nous intégrons dans notre propre réflexion politique et qui ont fait l’objet de batailles politiques, comme c’est le cas en Amérique latine.

Derrière ce grand rendez-vous de femmes, d’hommes et de jeunes, un véritable dénominateur commun : changer le monde, en mettant l’être humain au centre de la réflexion, pour son développement, son épanouissement ; avec des conceptions des changements à opérer parfois dans des débats antagoniques.

…mais aussi un regard critique !

Alors que le FSM veut aider au développement des mouvements sociaux, la présence des acteurs sociaux est apparue un peu marginalisée. D’où un sentiment d’essoufflement du FSM, certainement lié en partie à une absence de lien à la politique, comme un outil possible pour transformer socialement alors que s’y abordent des questions essentiellement politiques. Le FSM est pourtant une véritable fourmilière d’idées, de réflexions, de propositions citoyennes, un lieu où nombreux font l’expérience qu’ils ne sont pas seuls à lutter, où  s’échangent des expériences et se transmettent des savoirs…

Pour autant, le FSM semble confronté à des difficultés, dont celle d’une mise en cohérence et convergence pour travailler des perspectives. Le slogan des altermondialistes, « du local au global », a tendance de passer à « du global au local », renvoyant au local pour transformer ce qu’on peut transformer.

L’idée initiale de passer de l’anti-mondialisme à l’alter-mondialisme pour être plus constructif afin d’aboutir à une grande alternative à la mondialisation et à l’économie libérale a tendance à s’essouffler. Beaucoup de débats rejettent le système et inventent des alternatives, mais trop souvent sans jamais trouver le consensus ou les rassemblements nécessaires.

Ces pratiques d’horizontalité ne nous renvoient-elles pas à d’autres interrogations ? Par exemple, en Espagne, malgré Podemos, la droite est toujours au pouvoir ; en France, le mouvement « Nuit debout » a eu peine à se développer et à produire une alternative. On rejette le système, on invente des alternatives mais on ne trouve jamais le consensus et les rassemblements nécessaires et, finalement, chacun retourne chez soi en attendant le prochain prétexte pour se mobiliser.

C’est ce qui fait que des débats traversent le FSM et sa coordination sur d’éventuelles réformes fonctionnelles à engager prenant en compte le débat politique, le besoin de décisions et d’organisation d’actions communes pour se mettre au service d’une construction contre les stratégies libérales à l’échelon international.

Tout en poursuivant notre participation, à quel service peut se situer notre engagement ?

Notre regard sur le FSM, à la fois dans ses aspects critiques et positifs, ne nous renvoie-t-il pas à nos propres interrogations, nos propres recherches sur une nouvelle conception de la démocratie, de la citoyenneté, de l’organisation de la souveraineté populaire ? N’est-ce pas ce que nous avons tenté d’initier avec le Front de gauche et que nous voulons faire évoluer ? N’est-ce pas ce que nous cherchons à structurer avec la grande consultation citoyenne et la votation qui va suivre ?

L’expérience de la délégation du PCF au FSM 2016, c’est qu’il ne nous faut pas sous-estimer notre apport politique dans le débat, tout comme le regard porté par nombre de citoyens et citoyennes du monde sur ce qui se passe en France. Toute proportion gardée,  la façon dont ça bouge ici peut générer de l’espoir et de la dynamique ailleurs.

A l’avenir, l’engagement de notre parti au FSM ne doit-il pas être posé d’une autre manière afin d’y être plus acteur, en respectant l’aspect fondamental du Forum social et de ses règles ? En proposant par exemple des thématiques à aborder dans le cadre d’ateliers autogérés par le biais de nos secteurs de réflexion comme l’Espace Marx, la Fondation Gabriel Péri, LEM ou autre.

Laurent Péréa
responsable-adjoint secteur international
secrétaire départemental de la fédération de la Dordogne

La délégation du PCF était composée de : Cécile Dumas – membre de l’exécutif national, secrétaire départementale de la fédération des Alpes-Maritimes- ; Méline Le Gourriérec –collaboratrice secteur international- ; Laurent Péréa - Responsable-adjoint secteur international, secrétaire départemental de la fédération de la Dordogne- et  Sabrina Ould Aklouche – membre de la coordination nationale de l'UEC chargée du féminisme et de la formation.

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