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Rapport d'introduction de la Commission des relations internationales (02/09/16)

Cher-e-s camarades,

Nous nous retrouvons après quelque 9 semaines d’un été sanglant qui n’est certes pas le premier mais qui, dans le contexte français, ont dramatiquement nourri un sentiment généralisé de peurs, et d’impuissance et de «chaos mondial».

De ce constat et des contradictions que la situation nourrit, nous pouvons néanmoins souligner que des des résistances et des aspirations fortes co-existent dans la société française avec des craintes sourdes et profondes ; que ces résistances et aspirations appellent de notre part à des prises d'initiatives et le développement de batailles politiques et idéologiques pour rendre majoritaire que l'exigence d'un monde de solidarités, de progrès partagé, d'égalité et de justice ouvre la voie à un monde de paix globale et inclusive. J'examinerai ici les traits saillants des dernières évolutions politiques aux plans national, européen et international, leur perception par les citoyens, et les priorités de notre travail dans les 6 mois à venir.

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Les logiques de guerre se renforcent

Le chaos, les Syriens le vivent, et en meurent pour près de 300 000 personnes depuis 5 ans: le HCR recense 4,8 millions de réfugiés pour l’essentiel au Liban, en Jordanie, en Irak, en Egypte et en Turquie et 8,7 millions de déplacés. La Turquie d’Erdogan, précisément, a débuté il y a 10 jours une intervention militaire en Syrie qui a pour objectif essentiel les Forces démocratiques syriennes coalisées par les Kurdes.

Ce qui fait dire à la correspondante du Monde qu’il s’agit là de l’ouverture d’un deuxième front en Syrie sur fond de compétition entre les différentes puissances engagées dans le conflit, qu’elle combattent (ou disent combattre) l’organisation de l’Etat islamique et autres djihadistes ou non.

L’engrenage de haine et de violence dans laquelle Erdogan a entraîné son pays et les peuples de Turquie s’inscrit dans une dynamique régionale qui au cours de l’été s’est dessinée avec plus de netteté. Contre toute attente pour certains aux vues étroites, une sorte «d’axe Moscou-Ankara-Damas-Téhéran» se dessine graduellement sur la base d’intérêts convergents complexes et un point commun fort : empêcher les Kurdes, au Rojava, d’aller plus loin dans leur projet politique.

Cette évolution bouscule les schémas de la coalition sous direction américaine, et l’absence de stratégie politique des «grandes puissances» n’en est que plus évidente.

Les Etats-Unis, et même la France, disent soutenir les FDS et n’osent pas affronter Erdogan avec lesquels ils ont marchandé, pour ce qui concerne les Européens, le sort de millions de réfugiés… Américains, Français et Britanniques passent sous silence complet les jeux saoudiens et israéliens, et recherchent ce qu’ils considèrent être des  points de stabilité» dans la région, renforçant donc leurs liens avec l’Egypte d’AlSissi, avec l’Arabie saoudite, avec les EAU (où ils iront en chœur en décembre pour une conférence ministérielle consacrée à la lutte contre le trafic des œuvres d’art) et poursuivent leurs ventes historiques d’armement, comme encore récemment au Koweit, ou encore à l’Inde…

De même, François Hollande qui veut depuis son arrivée à l’Elysée «régler le problème» libyen hérité de Nicolas Sarkozy entraîne-t-il la France sur un nouveau front. A nouveau, les puissances dites occidentales dont la France (qui a caché au yeux des Français eux-mêmes sa présence militaire sur place), se mêlent de dire aux Libyens à quel gouvernement ils doivent faire allégeance et quel choix de société ils doivent faire (CP commun fin aout 2016). Pour «éradiquer le terrorisme» en Afrique, la France de Hollande anime un club influent qu'elle organise elle-même, celui des pays riverains du lac Tchad…

C’est ce qu’ils appellent le «sens des réalités» (François Hollande, Discours aux ambassadeurs, 30 août 2016). C’est tout simplement du cynisme, d’autant plus grave et dangereux que se confirme une incapacité durable des «grandes puissances» dites occidentales à concevoir une vision politique globale d’avenir. De s’être laissé imposer la pseudo thèse du « choc des civilisations » rend les dirigeants de ces pays aujourd’hui incapables de proposer des perspectives politiques tant nationales, européennes - je vais y venir - qu’internationales.

Il y a donc au moins deux dangers qui constituent le «chaos du monde»: l’impact des politiques (l'impact de l'austérité sur les économies nationales, les alliances douteuses, les ventes d’armes, la prédominance de la voie militaire sur le politique…), et la fuite en avant de dirigeants qui parce qu’ils donnent, à juste titre, le sentiment de subir les événements, font le choix de rhétorique et tactique de la peur, de la méfiance.

Il faut lire pour cela les propos tenus mardi par François Hollande aux ambassadeurs de France et dont le discours, construit comme un constat de sinistres, est une flagrante démonstration d’impuissance de nos dirigeants actuels. Le chef de l’État y fait la liste des menaces auquel le monde est confronté, à commencer par le terrorisme (sans définir ce dernier) pour conclure ainsi :

«Le monde entier est concerné et le sera durablement. Notre devoir, c’est non seulement d’agir mais de nous préparer à cette guerre qui sera longue et de travailler avec l’ensemble de nos partenaires pour conjurer ce fléau.»

Il y a là une évolution rhétorique: «nous préparer à la guerre», qui vient renforcer le slogan asséné quotidiennement avant même les attentats de 2015 par le chef de l’Etat et ses ministres.

Le 26 juillet, Hollande était déjà passé de l’affirmation «la France est en guerre» à «notre pays fait la guerre» précisant «une guerre à l’extérieur» et elle «fait la guerre à l’intérieur»:

«Notre pays fait la guerre. Une guerre à l’extérieur – c’est le sens des décisions que j’ai prises en Syrie et en Irak –, fait la guerre à l’intérieur en lutte contre la radicalisation, en traquant les individus djihadistes, en éradiquant les réseaux criminels et nous continuerons(1).»

L’impact de tels discours sur les consciences — et les inconsciences — quand le massacre de Nice plonge dans l’incompréhension est dramatique.

Pierre Laurent a rencontré le 25 août, et poursuit ces rencontres ce matin même, avec les maires communistes dont les villes et populations ont été touchées depuis 2015 (Hubert Wulfranc, Patrice Leclerc, Dominique Adenot, Philippe Rio, Patrice Bessac): j’en tire 5 remarques:

  •  la droite, l’extrême droite et le gouvernement PS sont en train par leurs politiques et leurs discours de «miner» la société française, càd de détruire les expériences, les liens et l’idée même de faire société. Les jeunes de ces villes qui se sentent profondément républicains, attachés aux principes de liberté, égalité, liberté, « en veulent » à une République et ses représentants qui ne les respectent pas, pas plus que leurs parents. Le plus souvent, ils gardent encore une certaine confiance à l'égard de leurs élus locaux. Or la réponse de proximité est de plus en plus fragilisée par les politiques d’austérité qui affaiblissent et désorganisent l’État, les services publics et les moyens des collectivités qui sont tenues de pallier les lacunes de l’Etat. Nos élus ressentent une situation tendue, «sur le fil» disent-ils, et le «réflexe républicain» n’est déjà plus suffisant pour maintenir une cohésion.
     
  • le besoin d’«ordre» est très fort. Les consciences sont traversées par de profondes contradictions tant elles sont poussées vers des réactions «communautaristes». Il y a des groupes organisés avec des stratégies de conquêtes de territoires dans nos villes ; et cela peut venir de tel ou tel pays finançant tel ou tel équipement, sportif ou religieux. Tout cela provoque des «effets d’enfermement communautaire» ou vécus comme tel.
     
  • la population, mais plus fortement les jeunes, a une très grande conscience géopolitique. «Ils passent du local au global en quelques instants et constamment», et sont hypersensibles aux deux poids-deux mesures (aux morts qui ont moins de valeurs en Afghanistan ou en Syrie qu’à Paris).
     
  • le pouvoir instaure et se sert du «climat de guerre», et il a décidé d’aller jusqu’aux échéances électorales sur le thème de la «guerre».
     
  • ces dynamiques traversent notre propre corps militant.

De ces éléments, j’ajoute les remarques du chercheur et clinicien Fethi Benslama concernant les «processus» de ce qu’on nomme maintenant la «radicalisation»:

  • d’abord distinguer entre la radicalisation «comme menace», et la radicalisation «comme symptôme».
     
  • «Le phénomène de l’islamisation particulièrement des jeunes a commencé après 1990 et la première Guerre du Golfe, puis s’est accentué en étroite relation avec la guerre civile en Algérie (1992) et les guerres du Moyen-Orient»
     
  • 8 250 signalements en 2016 c/ 1 000 en janvier 2015, mais le refus des autorités de laisser des chercheurs accéder aux données non personnelles constituant ce big data fait que «nous ne savons pas exactement de quoi il est fait». Les éléments publiés par le député Pietrasanta en juin 2015 indiquent qu’il s’agit pour deux tiers d’entre eux de jeunes entre 15 et 25 ans, et précisément pour 25% de mineurs ; pour 35% de femmes (de plus en plus nombreuses à se rendre sur les zones de combat), et de 40% de convertis; 60% de ces individus appartiennent à ce qu’on qualifie de «classes moyennes», 30% aux classes populaires et 10% aux classes aisées; pour beaucoup ils sont inconnus jusqu’alors des services de police.
     
  • le contexte historique de «belligérance civile permanente entre musulmans depuis le début du XXe siècle» et la répression des mouvements dits des printemps arabes de 2011 (justice sociale et démocratie) a offert de nouvelles perspectives à «l’islamisme» qui a pour visée fondamentale la «fabrication d’une puissance ultrareligieuse qui renoue avec le sacré archaïque et la dépense sacrificielle». Les discours islamistes s’offrent comme un «lieu d’appel à la réparation, voire à la vengeance» du motif de la «blessure de l’idéal islamique». C’est une production conscience et inconsciente de près d’un siècle de l’islamisme (Frères musulmans créés au début du XXe siècle)
     
  • la «radicalisation» peut être comprise comme le «symptôme de ceux qui n’ont plus de racines ou qui se vivent comme tels». Avec l’islamisme, «l’ascenseur narcissique décolle», «l'ultracisme permet de donner de l’être (suprême) à une existence rompue ou menacée de rupture».
     
  • la question de savoir quand et comment se produit la «bascule» dépend de chaque cas. Il ne peut y avoir par conséquent de système parfait et «automatique» ou automatisé d’appréhension des individus susceptibles de passer à l’acte, c'est une difficulté incontournable.
     
  • la «radicalisation  islamique» (une «épidémie sociale et psychologique») est «une configuration de l’emballement des idéaux de notre époque, propre au monde musulman et à la crise de civilisation qu'il connaît, mais qui s’est mondialisée, et a acquis un pouvoir collecteur de négativité au sein de ce monde et au-delà.» Il «abrite et nourrit des frustrations, des haines, des rejets de soi et du monde actuel.» Dans des sociétés où la jeunesse est en grande partie «laissée à l’abandon par des Etats défaillants», elle vit dans le désespoir et l’extrémisme religieux s’offre alors à elle comme idéal réparateur ou rédempteur.
     
  • L’affaiblissement des idéaux progressistes à commencer par l’idéal ou la visée communiste a créé un vide occupé par ce «retour du religieux fondamentaliste» qui ne touche pas que l'islam.
     
  • La «radicalisation» est encore trop uniquement traitée comme une menace par les dirigeants actuels qui placent l’Etat en situation de «surréaction permanente» tout en conduisant, via la multitude de lois sécuritaires à une «rétractation graduelle de l’Etat de droit».
     
  • il y a un phénomène d’hyperindividualisation du djihadisme («privatiser le djihadisme» ou «djihadisme pour tous») dont l’OEI devient le franchiseur en vue de sa «mondialisation».
     
  • une offre généralisée qui touche un public de plus en plus vulnérable, en faiblesse idéologique et précarité psychologique.
     
  • bref, la «radicalisation» se présente comme une offre d’idéalisation et d’enracinement, avec dans le djihadisme la particularité non négligeable à l’heure d’internet et des réseaux sociaux d’offrir «l’association entre une violence aveugle et la volonté de la donner à voir, constitu(ant) un nouveau franchissement qui fait du meurtre et du suicide une communication et un spectacle».

A l’évidence, d’une part ce à quoi nous sommes confrontés interroge la société française ellemême, et d’autre part appelle à des formes de coopération internationale qui dépassent le seul cadre du travail de la police et du renseignement.

Je veux revenir sur certains traits saillants de la façon dont la situation internationale et européenne est perçue et vécue par la population, mais aussi la façon dont elle est utilisée pour asseoir un climat politique et justifier des choix politiques néfastes pour montrer qu’un socle existe encore, de manière hétérogène sur le territoire mais qu’il tient encore bon. que cela appelle de notre part à des réponses et des initiatives politiques d’une autre ampleur que celles que nous avons tenté d’apporter jusqu’ici.

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Une société résiliente qui aspire à la paix

D’abord, il s’agit de ne jamais minimiser (sans pour autant le «surdéterminer») le danger que représentent dans notre pays, comme dans tous les pays, des individus capables d’agir seuls ou en groupes et prêts à perpétrer des tueries-suicides au nom de la religion et d’un ordre politique ultraréactionnaire. Nous devons contribuer à y apporter des pistes de réponses visant la résolution à long terme.

Si le sentiment d’insécurité se diffuse, si la peur s’installe, si la violence et les attaques-meurtrières et suicidaires sont bien réelles et les menaces persistantes dans notre pays, même comme ils sont bien réels et installés eu Proche et Moyen-Orient, et dans de nombreux pays africains, il n’en demeure pas moins que notre société fait montre, malgré les peurs, d’une résilience elle aussi tout à fait réelle.

L’exigence, l’aspiration de PROTECTION, de SÛRETE de la population nationale et du territoire sont légitimes. Elles doivent être entendues pour ce qu’elles sont : l’aspiration à vivre dans un pays et un monde en PAIX.

Le carnage du 14 juillet à Nice et l’assassinat du père Hamel, trois semaines plus tard à StEtiennedu-Rouvray, ont donné l’occasion à la droite et l’extrême droite d’alimenter une polémique malsaine avec le gouvernement qui s’est emballée avec l’ignoble arrêté municipal de Villeneuve Loublet sur le «burkini» et le déferlement raciste auquel se sont adonnés des représentants du peuple, des élus, des personnalités qui exercent ou prétendent vouloir exercer des responsabilités nationales enclenchent un engrenage sans en mesurer les conséquences sur la société française.

La société française est soumise à de profondes tensions.

Il y a les conséquences économiques et sociales brutales des politiques libérales, l’affaiblissement drastiques des services publics, des services de l’Etat dans les villes et départements, un sentiment d’abandon et de manque de respect nourri par des expériences individuelles et collectives.

Il y a le FN qui appelle de ses vœux à une guerre civile et qui localement agit pour les attiser; il y a les réseaux djihadistes et les attentats-suicides; il y a les réseaux souterrains qui poursuivent un travail de recrutement et d’embrigadement; mais il y a aussi des solidarités qui tiennent bon, malgré tout, des capacités «à faire corps». Il y a aussi un contexte de pré-campagne électorale, avec les deux grands partis qui ont organisé la vie politique française en deux blocs et qui sont tous les deux en crise, aucun d’entre eux n’ayant un candidat «évident» pour la présidentielle. Une droite divisée qui va s’affronter très durement entre un Sarkozy «enlepenisé» qui installe «l’identitaire» comme thème d’affrontement électoral face à une droite incarnée par Alain Juppé qui peine à rassembler autour de lui. Et un PS en crise et qui peine à profiter de la pré-campagne pour installer son projet d’alliance sociale-libérale incluant le centre.

Les uns comme les autres buttent devant le rejet des politiques en œuvre depuis trente ans, à une méfiance accrue à l’égard des «politiques».

L’action et les mots du Maire de SEdR dès les heures qui ont suivi l’assassina du père Hamel ont été pour beaucoup dans l'expression de la volonté d'union, de fraternité. Contrairement aux Estrosi et Ciotti, Sarkozy et Le Pen, notre camarade Hubert Wulfranc et toute son équipe municipale ont su dire le chagrin, le désarroi et la détermination à ne pas laisser dégénérer les frustrations et les angoisses.

De même l’action des militants communistes qui, pour ce qui est de notre seul parti, à organiser des sorties à la mer pour 10 000 personnes, ou même les près de 100 tonnes de fruits et légumes en vente à prix coûtants organisées par nos sections dans plusieurs régions de France ont été en plus de l’action de nos élus, de nos maires, déterminants pour prévenir des situations comme celle, lamentable, de la rixe raciste qui s’est déroulée en Corse.

Parce que les causes de la création et du passage à l’acte de ces individus et de ces organisations sont plurielles, elles appellent à des réponses politiques dans plusieurs domaines simultanées qui ne produiront pas tous leurs effets en même temps mais qui sont indispensables les unes aux autres pour amorcer des processus de sortie de logique de guerre et de peur avec une pré-condition : en finir avec l’austérité et réinjecter d’urgence dans les moyens de l’Etat, les services publics et les collectivités des moyens financiers et humains conséquents.

Je cite Pierre Laurent dans son discours du 27 août:
«La situation appelle une politique qui articule les 4 dimensions:

-* une politique publique de sûreté nationale pour protéger les populations et le territoire national, alliant des moyens plus importants et surtout mieux répartis et employés pour le suivi et l'investigation des signalements, des démantèlements de filières d'enrôlement et de trafics d'armes, des services de justice et de prison mieux équipés et formés, une coopération européenne et internationale des services de police, de renseignements et de renseignements militaires coordonnés autour de l'objectif commun de neutraliser les individus potentiellement dangereux –  je n'invente rien: écoutez les personnels, écoutez leurs représentants syndicaux, écoutez les grandes organisations des droits de l'homme ; écoutez l'expérience des autres pays – et je ne parle ni d'Israël, ni des Etats-Unis auxquels nous devons cette situation. Bien entendu, ça veut dire clore le chapitre de l'austérité une bonne fois pour toute.

-* une politique internationale de sécurité globale : la sécurité des uns implique la sécurité de tous, et pour la construire, notre pays a un choix fondamental: perpétuer l'ordre existant, jouer d'alliances en vassalités, ou bien, s'inscrire avec d'autres nations dans l'objectif d'ouvrir une nouvelle ère, de mettre un terme aux politiques d'alliances et du billard à trois bandes, aux opérations de conquêtes de marché de l'armement, aux compromis avec les dictateurs et de fuite en avant vers des traités et accords de libre-échange qui affaiblissent toutes les économies nationales. Oui, la France a le choix, membre du Conseil de sécurité de l'ONU, elle peut décider que le politique et la diplomatie, la prévention des conflits et la résolutions des injustices sociales et économiques sont prioritaires dans l’action multilatérale pour briser les reins des organisations qui comme l’État islamique, Boko Haram ou ALQaïda ont profité de la faiblesse ou de l'effondrement d'Etats pour généraliser leur offensive meurtrière. Chaque jour, en Afghanistan, Pakistan, en Syrie et en Irak en plus de la guerre, au Nigeria, des bombes explosent sur des marchés et des places publiques ; le fléau s'étend à la Turquie d'Erdogan qui a soutenu l'Ei: alors quelles conclusions en tirer? Si ce n'est qu'il est grand temps de sortir de ces situations «schizophréniques» où les grandes puissances font l'inverse de ce qu'elles proclament, se mêlant de tout tout le temps, empêchant les peuples de choisir leurs dirigeants et leurs projets de société, faisant le tri dans les «bons» dictateurs contre les «mauvais»: un jour Bachar, enfant chéri de Chirac, le lendemain, ennemi public numéro 1 mondial… pour quels résultats cette politique extérieure prétendument pragmatique qui ne pense qu'en termes de guerre? aujourd'hui, on laisse l'Arabie saoudite mener la guerre depuis 18 mois au Yémen et permettre au fils Ben Laden d'appeler à un nouveau djihad, merci du cadeau, nous repartons encore pour un tour alors le Proche-orient et l'Afrique sont à feu et à sang?
Les peuples du monde ne sont pas dupes; et ces errements qui conduisent à tant de vies fauchées, gâchées, ne pourront durer éternellement. À la fête de l'Humanité, puis le 24 septembre dans 15 villes de France le PCF sera dans les Marches pour la paix pour faire entendre la voix de celles et ceux qui n'ont pas abandonné la lutte pour un monde débarrassé de la course aux armements, de l'arme nucléaire et des alliances belliqueuses comme l'OTAN.

-* une politique de réinvestissement dans les quartiers et de soutien aux collectivités territoriales, et une politique publique nationale de santé publique, de réinvestissement dans l’éducation et la formation, la culture, la création, le sport

-* une politique publique de l'emploi, de lutte contre la précarité et le chômage »

De ce point de vue, les enjeux européens sont vitaux.

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EUROPE / UE : l’exigence démocratique de refondation pour un développement partagé

Les dirigeants français ont tous réagi au résultat du référendum en Grande Bretagne en en appelant à une «refondation de l’Europe». Chacun y va de sa conception d’une UE toujours plus libérale et autoritaire, et de ce point de vue le président français n’est pas en reste. Tout en pressant la Grande-Bretagne d’enclencher le processus de sa sortie de l’UE, il prépare le Sommet de Bratislava du 19 septembre sur une ligne maintenant connue :

«rien ne sera possible en Europe si la confiance n’est pas retrouvée. Confiance des peuples -beaucoup ne comprennent plus le sens du projet européen- confiance entre les Etats qui voient l’Union soit comme un excès de discipline, soit comme un excès de solidarité. Confiance envers les institutions européennes, dont les procédures - mais cela ne vaut pas que pour l’institution européenne - ne sont plus adaptées à l’urgence de la période. Une nouvelle impulsion est donc nécessaire.

Le désarroi des dirigeants européens les conduit à chercher une issue dans plus d’autoritarisme qui s’exprime par exemple en filigrane de l’injonction adressée aux Britanniques:

« le choix qu’ont fait les Britanniques, nous devons simplement le respecter. Cette décision est irréversible et nous devons en tirer les conséquences.
Le Royaume-Uni ne pourra plus, une fois sorti, participer aux décisions européennes. Qui pourrait le comprendre? Le Royaume-Uni ne pourra pas non plus accéder au marché intérieur, sauf s’il en accepte les quatre libertés, c'est-à-dire notamment la liberté de circulation, s’il accepte l’ensemble de la régulation, et même la contribution budgétaire.
Je sais bien que ce sont des décisions difficiles à prendre pour le Gouvernement de Theresa MAY. Elle demande du temps, un délai pour préparer la négociation, sans doute, mais le délai d’évocation de l’article 50 ne pourra pas être prolongé au risque de provoquer incertitude et instabilité. Ce qui ne serait ni bon pour le Royaume-Uni, ni acceptable pour l’Europe.»

Le projet européen de la France souffre lui aussi d’une absence de vision d’avenir et de sens du rassemblement et de la solidarité:

François Hollande soumettra cinq propositions pour le Sommet de Bratislava.

- “La première est un plan pour la protection des frontières extérieures de l’Europe. C’est une nécessité absolue pour la sécurité, c’est ainsi que nous pourrons maîtriser l’immigration et accueillir dignement ceux qui relèvent du droit d’asile. Cela passe par un contrôle systématique de chaque entrée et de chaque sortie et par le déploiement de nouveaux gardes- frontières européens et la France a pris, là encore, sa part de responsabilité.
- La deuxième proposition concerne la défense européenne. (…) Il est sans doute maintenant temps d’inverser le processus, non pas de remettre en cause ce que nous avons fait, mais de se dire que ce qui fait une solidarité c’est d’abord de nous préserver dans ce que nous avons d’essentiel et de pouvoir agir, comme la France le fait à sa place, pour maîtriser le destin du monde et le nôtre. Alors l’Europe doit se doter de toutes les capacités militaires, des ressources industrielles nécessaires, pour construire son autonomie stratégique et je propose qu’un fonds européen de sécurité et de défense puisse être constitué. Puis, à terme, les Etats qui veulent souscrire à des objectifs plus ambitieux pourront constituer une coopération structurée permanente, elle est prévue par les traités.
- La troisième proposition, c’est l’investissement pour l’avenir. Il y a eu le plan Juncker et je veux saluer ce qu’a été l’initiative du Président de la Commission européenne. Je propose aujourd'hui de doubler le plan Juncker en le prolongeant, pour la recherche, pour la formation, pour les infrastructures numériques et énergétiques.  Dans la zone euro, nous avons besoin d’une harmonisation fiscale et sociale. Il n’est pas possible d’avoir la même monnaie, d’avoir les mêmes disciplines s’il y a des distorsions qui demeurent et qui empêchent la construction d’un véritable espace commun. J’ai fait la proposition, elle n’est pas nouvelle, d’une capacité financière supplémentaire pour la zone euro. La zone euro a des projets qui lui appartiennent et qu’elle doit absolument financer par ses moyens propres.
- La quatrième proposition est d’agir pour que nous puissions lutter ensemble contre le dumping social et fiscal et pouvoir aller plus loin pour faire payer l’impôt aux grandes multinationales du numérique qui viennent ici nourrir de la valeur, parfois la capter, sans jamais restituer le bénéfice que ces grandes sociétés constituent dans les pays où justement cette richesse a été créée.
- Enfin, la dernière proposition, c’est que l’Europe doit donner un espoir à la jeunesse. Si la nouvelle génération ne croit plus en elle, il n’y aura plus d’Europe. Alors il y a des éléments qui permettent à cette jeunesse de penser que la mobilité, la libre circulation est un atout, mais pour qui et pour combien? Il y a Erasmus qui était déjà élargi aux apprentis. C’est bien mais nous devons aller beaucoup plus loin. Tout jeune devrait pouvoir accéder à un programme européen, réaliser une mobilité pour une formation, pour un emploi, pour un engagement civique, pour découvrir le patrimoine en Europe, pour l’engagement climatique.(2)»

Vous comme moi avez bien lu, la France n’a au fond pas d’autre projet européen que celui qui est déjà imposé aux peuples. Pour eux, ils en sont convaincus, «aucune autre alternative» n’est viable, ni même envisageable. Toile de fond du «débat politique» des prochaines échéances électorales en France, et en Allemagne, la «perspective européenne» en débat peut se trouver réduite à «c’est ça, ou rien».

Le président tout en annonçant que la France ne saurait dans les conditions actuelles aller vers une validation des Accords TAFTA avant la fin du mandat d’OBAMA confirme néanmoins la position française sur le CETA.

Francis Wurtz appelait notre attention sur «les pressions en faveur de la signature officielle du traité UE-Canada , voire de son «application provisoire» ( avant même sa ratification par les différents parlements nationaux ) sont de plus en plus fortes, notamment du côté des milieux d’affaires. Une date est même avancée pour ce coup de force: le 26 octobre prochain, lors d’un sommet UECanada.»

-> de ce point de vue l’initiative du 27 septembre avec Anne et Michel Billout d’une assemblée de mobilisation sur le CETA est une initiative militante (interne) que nous devons réussir

Le «combat pour une autre Europe» dit Francis dans sa chronique du 25 août «ne peut attendre» et nous devons déployer de ce point de vue un effort de direction pour mettre les communistes en situation de mobiliser largement autour dans le débat politique et l’action sur ce terrain. La solidarité avec la Grèce est toujours à l’ordre du jour, et la convergence des luttes au plan européen contre les politiques d’austérité plus que jamais à l’ordre du jour. W Schaüble ne digère toujours pas qu’un an après l’humiliation qu’il a fait subir au peuple grec avec l’Eurogroup, la Commission européenne se soit refusé de sanctionner l’Espagne et le Portugal

-> la perspective du Congrès du PGE en décembre et de la discussion des communistes sur le mandat dont leur délégation sera porteuse devrait nous aider à être plus et mieux entendus sur l’avenir de l’Europe:

- parce que la mondialisation sous domination capitaliste et des institutions financières conduit à toujours plus d’insécurité en tout domaine et d’instabilité, les peuples d’Europe ont à la fois besoin de plus de solidarité et de plus de liberté, de coopérations mutuelles et de souveraineté propre pour résoudre les crises auxquelles ils sont confrontés ensemble et chacun;

- parce que son développement est entravée par des traités ultralibéraux, un processus de transformation appelle à une incursion massive des peuples dans le débat européen, et nous défendons la proposition d’un mouvement d’élaboration citoyenne d’un nouveau traité pouvant débouché ou être rythmé par des Etats généraux permettant d’élaborer et donner chair à la volonté de construire une union à géométrie choisie (=non autoritaire, non contraignante) de peuples et nations libres, souveraines et associées dans un projet visant le progrès et le développement humain social et écologique;

- les campagnes électorales peuvent permettre de ce point de vue de faire monter concrètement et sur la base d’exigences précises (sur l’argent, la BCE, les services publics, les coopérations extra-européennes), le mandat européen qui devrait être celui du prochain chef de l’Etat et de la prochaine majorité de gauche au Parlement

Outre le 27 septembre, j’appelle votre attention sur deux initiatives:

- la soirée de solidarité et d’échange que nous co-organisons avec le Sinn Féin le 24 septembre,

- et la journée européenne pour une paix du 26 novembre à Verdun (Centre mondial pour la paix).

Le temps presse dit Francis et il a raison, l’Autriche retourne aux urnes et l’extrême droite peut emporter la présidentielle. La France peut, et l’Allemagne, toutes les deux peuvent se réveiller des élections de 2017, et vont se réveiller, engourdies et assommées par le paysage politique que ces échéances vont dessiner. La question posée aux communistes français, mais bien au-delà au peuple de gauche en France, comme en Allemagne ou en Autriche, est de savoir si nous sommes capables en unissant nos forces nationalement et à l’échelle européenne de mettre en échec des scénarios de «victoire annoncée» pour une droite plus dure que jamais et flanquée d’une extrême droite fortement implantée et influente au plan idéologique.

J’ai délibérément évité de passer en revue et en détails les évolutions au Proche et Moyen-Orient, en Afrique, en Ukraine et Europe centrale ou en Amérique latine, nous y reviendrons dans le débat. Un trait domine cependant toutes ces situations singulières (dont quelque fois les implications et articulations sont grandes): c’est le mépris total des peuples et de leurs vies, et l’autoritarisme dominant. Cet été, il y a eu deux coups d’Etat institutionnels, en Turquie et au Brésil, une élection truquée au Gabon, une «guerre sans nom», une guerre oubliée», se poursuit au Yémen… Ces coups de force et les aberrations politiques nourrissent le désespoir. Notre responsabilité est d'agréger des forces populaires autour de projets politiques communs, coélaborés qui redonnent de l’espoir à l’humanité.

De ce point de vue, la décision que nous avons prise de co-organiser le 24 septembre les 15 marches pour la Paix initiées par le Mouvement de la Paix et auxquelles appellent 70 organisations augure d’une volonté de notre part de passer dès cette année à une autre échelle de notre travail démobilisation pour la paix et la culture de paix. Nous aurons à l’occasion du CN du 8 septembre à mettre en place la répartition des tâches des membres du Conseil national, et nous proposons de confier à un membre de l’Exécutif la tâche de travailler à la mobilisation de toutes les forces disponibles pour la construction d’un rassemblement de très large ampleur pour la paix, le désarmement, l’abandon de l’arme nucléaire et la dissolution de l’OTAN.

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Nos tâches & priorités d'ici décembre 2016

Nous vous proposons de consacrer nos efforts d’action internationales pour un monde de paix, de coopération, de justice et de progrès humain, social et écologique partagé:

«refonder l'Europe»: convergences de luttes pour les droits sociaux et humains, luttes pour réfugiés et pour migrants, batailles contre surarmement et contre arme nucléaire, mouvement Non à l'OTAN, transformations politique extérieure de l'UE (accords de libre-échanges, accords UE-Israël, accords UE-Turquie…);

Solidarité avec les peuples et les forces démocratiques et progressistes de Turquie: mise en place d'un »réseau » de solidarité entre parlementaires turcs/kurdes et français, campagne nationale «#StopErdogan: Paix et Démocratie en Turquie»;

Campagne Marwan Barghouthi, prix Nobel de la Paix 2016, articulée à la campagne pour la libération de tous les prisonniers politiques et à la campagne BDS International;

Campagne de soutien à la candidature symbolique d'Aminata Dramane Traoré au poste de secrétaire générale de l'ONU.

 

Notes:
(1) http://www.elysee.fr/declarations/article/declaration-attentat-a-saint-e...

(2) http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-a-l-occa...

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