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Ukraine : un an après les accords de Minsk, quelle issue ?

La sortie de la crise ukrainienne reste pour l’heure introuvable, du fait du blocage par Kiev des accords de Minsk signés le 12 février 2015 entre l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne visant à mettre un terme au conflit qui a fait près de 9000 morts et un million et demi de déplacés.

 

Aggravation de la situation économique et politique

La guerre entre les oligarques ukrainiens perdure plongeant le pays dans une situation économique et sociale de plus en plus tendue dont la population fait les frais, avec un PIB en recul de 18% depuis deux ans. Sur le plan politique, ces guerres intestines ont conduit le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, dont le taux de satisfaction était tombé à 8%, à présenter sa démission au président Petro Porochenko. L’image du chef de l’Etat est, elle aussi, dégradée après les révélations des « Panama papers » sur les scandales de l’évasion de sa fortune vers les paradis fiscaux. Le tandem au pouvoir était clairement miné depuis des mois sur fond de détournement des prêts accordés par l’Union européenne et le FMI qui a déjà versé 6,7 milliards de dollars depuis le début de la crise en 2014.

Le pays est en quasi faillite ne devant sa survie qu’aux perfusions prodiguées par l’Occident. Volodymyr Groysman, qui succède à Arseni Iatseniouk, cherche à rassurer les bailleurs de fonds de l’Ukraine en affirmant la nécessité de mettre en place les réformes avec en priorité la poursuite « de l’intégration européenne ».

Mais pour nombre d’observateurs, le départ de Iatseniouk, homme lige des Occidentaux, est un signe de la perte de confiance de plusieurs capitales européennes devant le refus du président Petro Porochenko et de son gouvernement de réaliser les termes de l’accord de Minsk en particulier sur la décentralisation.

Les accords de Minsk dans l'impasse

Cette situation de blocage inquiète la France et l’Allemagne qui misaient sur une résolution de la crise en Ukraine au moment où la Russie est de plus en plus incontournable sur le dossier syrien. Mais l’échec est fondamentalement d’essence politique, avec un parlement ukrainien qui a rejeté toute idée de décentralisation sous la pression des formations ultranationalistes. La première lecture du projet de loi de décentralisation, en août 2015, avait débouché sur des émeutes devant le Parlement à Kiev : quatre policiers avaient été tués.

Sur le plan militaire, les accrochages subsistent entre les forces ukrainiennes et celles du Donbass, même si ils sont de moindre intensité depuis ces accords. Les deux parties s’installant de facto dans un climat de « ni guerre ni paix » de part et d’autre de la ligne de conflit dans cette ex-République soviétique de quelques 43 millions d’habitants.

Hormis les clauses sur les aspects militaires qui ne se sont que partiellement réglées, les accords politiques stipulaient qu’un statut spécial – une sorte d’autonomie – devait être attribué à l’Est de l’Ukraine (Donetsk et Lougansk), ce qui ouvrait la voie au contrôle par Kiev de la frontière entre l’Ukraine et la Russie (articles 9 et 11 de l’accord). Le point 4 de l’accord prévoyait également des élections locales libres, sous supervision de l’OSCE, dans les zones des républiques autoproclamées de Donetsk (DNR) et Lougansk (LDR). Ces dernières avaient accepté en octobre après la rencontre à Paris en formation « Normandie » (Russie, Ukraine, France, Allemagne) la demande de reporter les élections.

Sur le plan économique, depuis le 1er janvier, l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine signé en juin 2014 est entré partiellement en vigueur, alors que les accords de libre échange avec Moscou sont caducs. Des droits de douanes et un embargo sur certains produits ont été imposés par Moscou avec des pertes estimées à quelques 820 millions d’euros au détriment de l’Ukraine. Kiev a répliqué par la mise en place de droits de douanes sur les produits importés de Russie et le refus de rembourser la dette gazière de trois milliards d’euros. Les liaisons aériennes ont été suspendues entre les deux pays.

Dans le Donbass, la situation n’est guère plus facile pour les trois millions d’habitants dont les retraites ne sont toujours pas versées par Kiev et où le rouble russe supplante la grivna ukrainienne.

L'exigence d'un nouvel accord sur la sécurité en Europe

L’Otan poursuit sa politique d’avancée vers l’espace ex-soviétique : les ministres de la Défense des 28 pays alliés viennent d’approuver « une présence avancée dans l'Est de l'Alliance » atlantique, selon le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Il s'agit de prépositionner des forces dans les Etats baltes et en Pologne, et d'organiser régulièrement des manœuvres conjointes en s'appuyant sur la force de réaction rapide. À terme, l'Otan aura un millier de soldats en Lituanie, Lettonie, Estonie, Pologne, Bulgarie et Roumanie.Une stratégie que Moscou dénonce comme un « stationnement permanent » de troupes combattantes à sa frontière jugé contraire à l'acte fondateur Otan-Russie, signé en 1997.

L’aggravation d’une part de la situation politique et sociale à laquelle contribuent fortement les décisions arbitraires et liberticides de Kiev, tout comme les conséquences de l’application de l’accord d’association avec l’UE ; et d’autre part, l’impasse dans laquelle se trouvent les discussions de Minsk pour sortir du « conflit gelé » avec la Russie ; doivent contribuer à rechercher des solutions acceptables pour tous les peuples concernés. Celles-ci doivent trouver une matrice commune à la fois dans la mise en cause des contraintes ultralibérales d’accords d’association imposés unilatéralement et dans la nécessité de parvenir à débloquer la discussion avec la Russie, en allant vers un nouvel accord sur la sécurité en Europe.

Patrick Kamenka
Membre de la commission des relations internationales du PCF

 

 

Encadré:

Pays-Bas : référendum sur l'accord d'association UE-Ukraine

 

Le 6 avril 2016, les électeurs néerlandais ont rejeté par 62 % de « non » contre 38 %, l’accord d’association UE-Ukraine d’ores et déjà ratifié par 27 pays de l’UE. Après cette consultation validée par la participation d’un tiers des électeurs au scrutin, cet accord devra à nouveau être ratifié par le Parlement batave.

 

Ce référendum d’initiative populaire s’est déroulé dans un contexte de forte contestation des politiques de régression sociale appliquées par la gouvernance européenne et qui se traduit aux Pays-Bas par le rejet de la politique d’austérité de la coalition libérale-travailliste au pouvoir. Les libéraux du PVD et les travaillistes du PvDA, minoritaires dans l’opinion, avaient appelé à voter « oui », tout comme les Chrétiens démocrates, les libéraux de gauche de D66 ou encore les écologistes de Groenlinks.

Certes l’euroscepticisme concrétisé dans le « non » a été largement relayé par l’extrême-droite xénophobe qui a actuellement le vent en poupe dans les sondages, comme un vote de repli nationaliste et comme une « première étape pour une sortie des Pays-Bas de l’UE ».

La perspective progressiste ouverte par le « non »

A l’opposé le « non » porté notamment par le « Socialist party » en progression (plus de 10 % de l’électorat), se voulait porteur non pas d’un rejet de l’Europe mais de nouvelles perspectives pour les néerlandais et tous les peuples qui aspirent à de meilleures coopérations, mutuellement avantageuses, entre l’UE, l’Ukraine et la Russie, contribuant à la paix et à la sécurité pour tous. Le SP a insisté, en ce sens, sur les caractéristiques néolibérales de l’accord d’association, « ardemment défendu par l’affairisme international » et qui va à la fois appauvrir l’Ukraine tout en mettant en concurrence les travailleurs ukrainiens et ceux de l’UE.

En Ukraine, les conditions prévues par l’accord d’association conclu en juin 2014 entre Kiev et Bruxelles, sous l’égide du FMI, imposent, en effet, de dures politiques d’austérité aggravant considérablement la crise économique dans le pays, par ailleurs gangréné par la corruption et la mainmise des oligarques de tous bords sur l’économie ; mais cet accord prévoit aussi, dans son article 4, une « convergence progressive des politiques étrangères et de défense », considérée comme inacceptables par la Russie, car cela reviendrait, d’une manière ou d’une autre, à y associer l’Otan.

Après le coup de force contre le Parlement ukrainien en février 2014 et la destitution de Viktor Ianoukovitch, la manière dont a été imposé cet accord, sans consultation des ukrainiens, comme le souhaitaient notamment les communistes, a provoqué trois ans de confrontation armée et une division extrêmement profonde du pays.

Dans sa dimension progressiste, le « non » des néerlandais renforce donc d’autant plus l’exigence d’une nouvelle politique de coopération et de voisinage pour toute l’Europe qui redéfinisse un nouveau cadre de sécurité collective se dégageant à la fois de la tutelle de l’Otan et des contraintes ultralibérales – inscrites au cœur des traités – aux conséquences néfastes pour tous les peuples européens.

José Cordon
Membre de la commission des relations internationales du PCF - Europe

 

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