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Le féminisme est un internationalisme

Le 8 mars n’est pas la journée de la femme ! Non, il s'agit bien de la « journée internationale de lutte pour les droits des femmes ». Une journée de solidarité internationale, une journée d'échanges et de mise en valeur des conquêtes féministes partout dans le monde, une journée d'espoir pour de nouvelles luttes pour les droits des femmes.

 

Le dernier rapport de l'ONU consacré à la situation des femmes dans le monde témoigne des avancées mais aussi des inégalités persistantes : « D’importants progrès ont été réalisés ces dernières années : plus de filles sont scolarisées, plus de femmes travaillent, sont élues et occupent des postes de responsabilités. La prévention et la réparation de la violence contre les femmes sont enfin inscrites dans les programmes politiques gouvernementaux. Ces domaines dans lesquels des progrès ont été enregistrés montrent que l’action publique peut réduire les inégalités entre les sexes. Toutefois, ces changements n’ont pas encore débouché sur des résultats équitables pour les femmes et les hommes. Globalement, les trois quarts des hommes en âge de travailler sont actifs contre la moitié des femmes de la même tranche d’âge. Parmi les personnes qui sont employées, les femmes comptent pour près de deux tiers des « travailleurs familiaux d’appoint » sans être directement rémunérés. Dans tous les pays, les femmes continuent de se voir refuser un salaire égal pour un travail à valeur égale, ce qui se traduit par de plus grandes inégalités de revenus tout au long de leur vie. »

« Les luttes des femmes dans le monde »

« Cela fait 200 000 ans que les inégalités entre femmes et hommes existent mais je suis très optimiste car on peut estimer que d’ici 3000 ans l’égalité sera enfin effective ! ». C’est ainsi que l’anthropologue Françoise Héritier nous rappelle que l’égalité est une marche historique. Il ne s’agit pas pour autant d’une voie « naturelle » ou évidente. L’égalité entre femmes et hommes ne peut s'obtenir sans toutes les luttes féministes menées partout dans le monde. Plus elles seront communes et partagées par le plus grand nombre, plus nous pourrons faire avancer le pronostic de Françoise Héritier !

C’est dans cette optique-là que la Ville de Paris, en partenariat avec des mairies d’arrondissement et des associations, a organisé un 8 mars autour de la thématique « Les luttes des femmes dans le monde » et a invité quinze féministes membres d’associations d’Algérie, d’Inde, de Tunisie, d’Egypte, d’Iran, de Palestine, du Maroc, de Syrie, du Congo RDC et du Mali.

L’objectif était double. Le premier était de mettre en valeur les synergies existant entre associations françaises et internationales, puisque ce sont les associations féministes françaises qui ont invité des membres d’associations étrangères avec  lesquelles elles avaient déjà noué des partenariats. Le second objectif était de montrer que le combat pour les droits des femmes est un combat universel et concret, puisque cela nous a permis de mettre en perspective des projets de solidarité à construire.

Rencontre de féministes des quatre coins du monde

Les rencontres et initiatives publiques organisées dans la capitale ont été l’occasion de faire connaître des femmes et des hommes qui luttent pour mettre fin aux violences sexistes, pour l’accès des femmes à une autonomie financière, pour l’éducation des jeunes filles, pour l’accès aux droits reproductifs, pour une représentation politique et citoyenne des femmes à tous les échelons…

En voici quelques exemples. Le docteur Denis Mukwege, gynécologue et fondateur de l’Hôpital de Panzi en République démocratique du Congo (RDC), surnommé dans son pays « l’homme qui répare les femmes », a évoqué le viol utilisé comme arme de guerre dans les conflits armés. La situation du Congo RDC en la matière n'est malheureusement pas unique. On sait que des Casques bleus de l’ONU peuvent eux aussi avoir recours à cet acte atroce. La revendication de la paix doit être portée avec les femmes, premières victimes des conflits.

Kuljit Kaur, féministe indienne, a témoigné de la situation des femmes dites « mères porteuses ». Totalement démunies et illettrées, elles se retrouvent à signer des contrats pour devenir des « mères porteuses » et sont enfermées pendant neuf mois dans des cliniques, puis rejetées par leur famille, non suivies tant physiquement que psychologiquement après l’accouchement. Ce témoignage nous interpelle ici en Europe sur la réalité et l'atrocité de la GPA (gestation pour autrui) dans le monde. La solidarité concrète doit nous amener à condamner cette pratique extrême de marchandisation des corps.

Les féministes d’Égypte, de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et de Syrie se sont accordées sur deux points essentiels à l’avancée des droits des femmes et de leur société, quels que soient l’histoire et les processus politiques en cours dans chacun de leurs pays. Le premier point est l'absolue nécessité de se battre partout dans le monde pour une séparation entre les pouvoirs politiques et religieux. Elles ont évoqué à ce propos la montée des violences, physiques mais aussi sociales qui se sont abattues sur les femmes après les « révolutions arabes ». Les« assignations à résidence » permanentes mais également des « assignations à résidence » dans les esprits, des assignations de genre, religieuses et politiques… Par ailleurs, beaucoup s'interrogent et s’inquiètent des débats en France autour de la laïcité et les chemins vers lesquels se dirige la société française. La violence envers les femmes est telle que beaucoup de féministes s’alarment du développement d’une véritable « haine des femmes ».

Le second point qu'elles ont soulevé est celui des raisons de la croissance de ces idéologies rétrogrades. Pas d’ambiguïté : les responsabilités incombent au système capitaliste en crise. « C'est le sauve qui peut ». Aminata Traoré, ancienne ministre malienne de la Culture, a rappelé les reculs que subissent celles et ceux qui veulent vivre dans l'égalité et qui sont touchés de plein fouet par les conséquences des crises économiques.

L'équation pour les féministes du monde entier est claire : seul un changement de système économique permettant une meilleure répartition économique des richesses pourra mettre fin aux guerres et aux « migrations-suicides ». Rappelons qu'aujourd'hui en France 53 % des réfugié-e-s sont des femmes, souvent avec des enfants. Localement les luttes des femmes, ces « mères sociales », comme les appelle Aminata Traoré, jouent un rôle central pour porter une alternative économique et politique.

Internationalement, nous devons saisir des instances comme l'ONU pour bousculer les scénarios catastrophes et porter un projet de société alternatif. Rappelons ce proverbe africain : « Ce n'est pas parce que la nuit a été longue que la femme doit oublier son rêve ! »

Le féminisme pour une société émancipée

Le féminisme est un internationalisme. Il n'y a pas un féminisme « des blanches » et un « des noires », c'est un non-sens. Le féminisme est constitué des luttes sociales menées par toutes les femmes dans le monde. La solidarité internationale des femmes est un moteur dont se saisit le Parti communiste français pour porter un projet de société d'émancipation de toutes et tous. Apprendre de la situation des femmes dans le monde est précieux pour tous les militants et toutes les militantes car cela dit beaucoup sur l’état de notre propre société et sur les luttes que nous devons mener dans notre propre pays.

Hélène Bidard
Elue communiste, adjointe à la maire de Paris chargée de l’égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations, et des droits humains

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