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Contribution d'Action Populaire de La Réunion

L’océan Indien, zone de paix : la fin d’un mythe ?

 

La zone océan Indien est au cœur d’enjeux stratégiques mondiaux, notamment pétroliers. 30% des exportations mondiales d’hydrocarbures transitent par le Golfe. Elle est aussi le théâtre de tensions confessionnelles. Sur elles, se cristallisent de nombreux conflits régionaux. Elle concentre quatre des points de passages maritimes les plus importants du monde : le canal de Suez, le détroit de Bab-el-Mandeb, le détroit d’Ormuz et le détroit de Malacca.

La France est présente dans cet océan via La Réunion et Mayotte, avec 10% de la surface maritime ( 2,8 millions de km2) et via les zones économiques exclusives (ZEE) qui représentent 2,2 millions de km2 (20% des ZEE Françaises).

Le 16 décembre 1971, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la résolution 2832, une  «déclaration faisant de l’océan indien une zone de paix».  En pleine guerre froide, ce texte demandait aux grandes puissances d’arrêter le processus d’escalade et d’expansion de leur présence militaire, et de mettre fin à la mise en place d’armes nucléaires. Le 12 ​août 1972, la conférence des ministres des affaires étrangères des pays non alignés prenait note avec satisfaction de cette déclaration, en soulignant toutefois la nécessité de prendre des nouvelles mesures.

Cette résolution de 1971 est oubliée. Car aujourd’hui, les points de tension se multiplient:

  • La piraterie dans le canal du Mozambique et le golfe d’Aden est encore aujourd'hui un fléau non négligeable, malgré la présence de flottes internationales dès 2009 (Européenne, américaine, OTAN, dans des opérations distinctes). Et malgré la présence de patrouilleurs indiens, russes, japonais, coréens, chinois. Voire des navires «civils» (de commerce) sur lesquels ont embarqué des forces armées (essentiellement privées).
     
  • La découverte de gisements d'hydrocarbures au Mozambique, et dans le canal du Mozambique a ravivé l'intérêt des grandes puissances pour cette région. Les Comores commercialisent depuis janvier 2014 des permis d'exploration pétrolière portant sur 34 périmètres qui quadrillent sa ZEE. Quatre de ces blocs numérotés empiètent sur Mayotte et la zone économique exclusive qui lui est rattachée. Ils correspondent chacun à une surface de 5 983 km2.
     
  • La présence militaire est aujourd'hui renforcée contrairement à la résolution de 1971: présence de militaires américains et français notamment; A noter que la France a deux bases militaires permanentes (de moindre importance), à La Réunion et à Mayotte. Les FAZSOI (forces armées dans la zone sud de l’océan indien) disposent d’un arsenal complet. Du côté Américain, des sources concordantes font état d’armement nucléaire (pour preuve, en 2010, le navire de guerre américain l’USS Emory S. Land, plateforme d’entretien et de réparation de sous-marins nucléaires faisait partie de la Ve Flotte américaine, a accosté à Diégo Garcia).
     
  • La problématique de l'archipel des Chagos: la Grande Bretagne a intégré cet archipel dans le territoire britannique de l’océan Indien en 1965. Maurice revendique cet archipel. La communauté chagossienne (environ 9.000 personnes) - expulsée par les Britanniques sur demande pressante des Américains pour des raisons d’ordre stratégique entre 1967 et 1973-, la revendique légitimement. Le droit au retour des Chagossiens sur leurs terres natales a été reconnu par la Royal High Court of Justice de Londres le 3 novembre 2000. Mais le retour ne peut se faire, en raison de l’hostilité profonde des Etats Unis. En effet, sur l’archipel des Chagos, se trouve la base militaire de Diego Garcia (Ile la plus vaste de l'archipel). Cette base militaire est la plus grande base américaine hors du territoire Américain et  est située à proximité de quatre grandes masses continentales environnantes: Afrique, Antarctique, Asie et Australie. Une situation stratégique de poste d’observation privilégiée. Elle est devenue l’une des "têtes de pont" du dispositif militaire américain dans l’océan Indien. Les Etats Unis y ont déployé près de 15 000 militaires. Ils ont dépensé des millions de dollars pour l’aménager. Compte tenu des tensions dans cette partie du monde, ils n’envisagent pas, de sources concordantes, de quitter cette base. Et si  TRUMP arrivait au pouvoir, cela aurait inévitablement des répercussions sur les discussions en cours entre les Britanniques et la Communauté chagossienne. La question essentielle est celle-ci: va-t-on voir une reconduction, pour 20 ans, du bail consenti pour 50 ans aux Américains sur les Chagos par les Britanniques, lorsque ce bail initial arrivera à terme, le 30 décembre 2016? La communauté internationale doit agir avec tout son poids pour le retour sur leur terre natale des Chagossiens.
     
  • Les îles éparses longtemps négligées ravivent aussi les convoitises: La France a avancé l’idée d’une co-gestion sur les Iles Eparses (Bassas da India, Europa, Glorieuses, Juan de Nova) avec Madagascar. Cependant, elle semble multiplier les recherches de pétrole et de gaz autour de ces îles. Les prospections, dont certaines sont toujours en cours, tendent à confirmer l’existence d’un véritable trésor hydrocarbure: 6 à 12 milliards de barils de pétrole et 3 à 5 milliards de mètres cubes de gaz!
     
  • Tromelin: la France et Maurice ont signé le 7 juin 2010 à Port-Louis un accord-cadre pour une période de cinq ans, renouvelable par tacite reconduction. Il établit une co-gestion de Tromelin pour l’exploitation des ressources biologiques de sa zone économique exclusive, la protection de son environnement terrestre et marin et la recherche archéologique. Néanmoins, la question reste : à qui appartient ce récif corallien situé à quelque 450 kilomètres à l’est des côtes malgaches? A la France qui l’occupe effectivement depuis la construction d’une station météorologique en 1954? A Maurice qui le revendique depuis 1976? Et pourquoi pas à Madagascar? Une solution pourrait être trouvée: il s’agirait de faire inscrire le récif de Tromelin au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO, d’autant plus que dans l’accord cadre, Tromelin est défini comme étant un «sanctuaire océanique de la nature primitive».
     
  • La problématique de l'archipel des Comores avec Mayotte, nouveau département français : outre les tensions sur les stocks d’hydrocarbures, c’est la question de Mayotte qui cristallise les tensions. Les récents Jeux des Iles de l’Océan Indien ont été le théâtre d’une lamentable erreur. Afin de permettre aux Mahorais de participer à cet événement, il avait été acté que la délégation défile derrière la bannière des jeux. Or après la création du nouveau département, La France a décidé de faire défiler les Mahorais derrière le drapeau français avec l’équipe de La Réunion. La délégation comorienne est partie. Un exemple symbolique mais qui dénote la méconnaissance des accords signés sous l’égide de la Commission de l’Océan Indien.
     
  • De plus, les médias ont fait écho, qu'à Mayotte depuis quelques semaines, des «collectifs de villageois» ont délogé des familles au motif qu’elles seraient en situation irrégulière et à l'origine de l'insécurité. Bien que restées assez isolées, les démolitions de bangas très médiatisées méritent d'être condamnées sans réserve. Il faut, néanmoins, noter que ces faits aussi graves soient-ils ne reflètent pas le climat général qui prévaut actuellement sur l'île et qui permet à tous de coexister sans heurts. Quant aux reconduites à la frontière, elles se multiplient et ne sont pas faites dans des conditions respectueuses de la dignité humaine. Enfin, chaque semaine, des embarcations de fortune, les kwassa-kwassa chavirent faisant de cette zone de l’océan Indien l’un des plus grands cimetières marins du monde. La France et l'Union européenne doivent sans délai participer à rééquilibrer les conditions de vie de l'ensemble de l'archipel en aidant le développement des Comores notamment en matière sanitaire, éducative et au niveau des infrastructures de bases. Nous devons travailler à la mise en œuvre d’un vrai projet de co-développement Comores/Mayotte/Reunion.
     
  • Le dernier point de cette déclaration est non moins important, puisqu’il s'agit du problème récurrent de la famine à Madagascar. En effet, dans le sud de ce grand pays à la démographie galopante, ce sont près de 2 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui connaissent la famine.  La COI et la FAO organisent un atelier sur l’initiation de la mise en œuvre du Programme régional de sécurité alimentaire et nutritionnelle (Presan). Mais du côté des autorités françaises, il n’y a rien. Paradoxe incroyable : dans quelques mois, la France ira à Madagascar pour organiser un grand sommet sur la Francophonie. Mais pour l’heure, on s’approche dangereusement d’émeutes de la faim. Nous devons, là aussi, travailler à la mise en œuvre d'un vrai projet de co-développement de sécurité et d'auto-suffisance alimentaire de toute cette zone du sud ouest de l'Ocean Indien.
    Il est de la responsabilité de la France, membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, d’œuvrer à la réduction de cette menace et à la stabilité de cette région. La France est d’autant plus à même de le faire qu’elle a pris, en février dernier, la présidence du Conseil des ministres de la commission de l’océan Indien. En outre, la toute nouvelle association des parlementaires des pays membres de la Commission de l'océan Indien (AP - COI) est appelée à jouer un rôle clé dans la promotion de la stabilité politique et le renforcement des institutions démocratiques notamment dans la perspective d’un futur programme régional paix et stabilité.

En conclusion, nous pouvons dire que toutes les politiques coloniales dans le monde ont laissé des traces indélébiles que seul la reconnaissance et le respect des peuples, le co-développement partagé et responsabilisation permettront de gommer afin d'établir dans l’océan indien notamment une zone de paix et de progrès.

Action Populaire de La Réunion

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