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Halte à Erdogan en Turquie

Plus de temps à perdre pour amplifier la solidarité.

Cette année, les Kurdes de Turquie ne pourront pas participer à leur fête traditionnelle de Newroz. Erdogan vient d’en interdire la célébration.

Depuis sa défaite aux législatives de 2015, infligée par les progressistes du HDP, Erdogan a, unilatéralement, rompu le processus de paix avec les Kurdes et déclenché une guerre civile. La mort a fait son retour au Kurdistan et la terreur s’est abattue sur des villes placées sous des couvre-feux meurtriers et destructeurs. Les bombardements massifs contre les civils et les positions du PKK deviennent quotidiens provoquant des exodes de populations.

La violence se déchaîne désormais dans toute la Turquie. Depuis plus d’un an, des attentats meurtriers frappent les militants pacifistes du HDP. D’autres actes terroristes, fermement condamnés par le PKK ou le HDP, fauchent aujourd’hui des civils. Erdogan porte l’entière responsabilité de ce chaos dans la mesure où il a laissé prospérer, en toute impunité sur son territoire, une kyrielle d’organisations djihadistes ou radicales. Le macabre cycle des assassinats politiques s’incruste à nouveau avec effroi dans ce bateau ivre qu’est la Turquie. Celui de Tahir Elçi, bâtonnier de l’ordre des avocats, en demeure le tragique symbole. Erdogan veut briser toute voix discordante. Il étouffe la liberté d’expression, ferme des journaux ou les réseaux sociaux, arrête des militants, des élus, des intellectuels, des journalistes accusés de «terrorisme». Pour les islamo-conservateurs de l’AKP, toute résistance est une trahison et la reconnaissance du dissensus politique n’existe pas.

Cet autoritarisme et cette violence sont à la mesure de l’isolement international croissant de la Turquie. L’objectif de «zéro problème» avec les États voisins s’est mué en une hostilité ouverte avec la Syrie, l’Irak, l’Iran, la Russie, l’Égypte... et même une relative irritation des États-Unis. La Turquie s’implique toujours davantage dans une politique agressive régionale aux côtés de l’Arabie saoudite ou du Qatar, tout en poursuivant son double jeu avec les formations djihadistes. Elle entrave la présence d’une délégation kurde du PYD aux négociations de Genève en vue d’une transition politique en Syrie.

Les pressions militaires qu’Ankara exerce sur le Rojava et les bombardements incessants sur les forces des YPG qui combattent les djihadistes sur le terrain constituent une grave source d’inquiétude. Erdogan entend par tous les moyens mettre un terme sanglant à cette expérience démocratique et sociale. Les Kurdes poursuivent avec opiniâtreté la mise en place d’institutions respectueuses des droits des peuples tout en faisant prévaloir l’égalité hommes/femmes et le respect de la diversité ethnique ou confessionnelle. Ces expérimentations apparaissent insupportables pour tous les tyrans avides de califat ou de sultanat.

Si Ankara indispose son voisinage, elle est parvenue à nouer des liens privilégiés avec les pays de l’Union européenne qui se murent dans le mutisme face aux massacres des Kurdes et aux violations des libertés. Obnubilée par le refus d’accueillir des réfugiés et de juguler les flux migratoires que la guerre alimente, elle vient de ratifier des accords de la honte avec Erdogan qui a largement usé de la surenchère. P. Le Hyaric a rappelé que le mécanisme de troc des migrants, arrivés en Grèce, et refoulés, constitue un manquement aux droits humains et sacrifie les valeurs que l’UE prétend défendre. Selon lui, un tel accord est contraire aux directives européennes, au règlement de Dublin et à la Charte des droits fondamentaux. Il a protesté contre les contreparties exigées par Erdogan: 3 milliards supplémentaires en plus de ceux déjà agréés, la libéralisation de la délivrance des visas aux Turcs dans l’espace Schengen et l’ouverture d’un nouveau chapitre. Le député européen a exprimé ses doutes quant à la mise en œuvre de cet accord qui repose sur une Grèce, déjà exsangue, d’autant qu’Erdogan ne veut ni ne peut régler la question des réfugiés.

Face à cette situation dramatique, le HDP a lancé un appel pressant à la solidarité des peuples, notamment européens, afin qu’ils fassent pression sur leurs gouvernements pour que cessent ces soutiens et ces capitulations indignes face à la Turquie d’Erdogan. Les Kurdes proclament qu’il n’existe pas de solution militaire à la crise et appellent à une résolution pacifique de ce conflit séculaire.

Dans cet esprit, le Parti de la gauche européenne a lancé une pétition* pour la paix et la démocratie en Turquie adressée à M.Schulz, président du Parlement européen, à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à Federica Mogherini, Haute représentante pour les affaires étrangères et la sécurité, et, en France, à François Hollande et Jean-Marc Ayrault qu’il s’agit de signer et relayer massivement.

Pascal Torre
chargé de la Turquie au sein de la Commission des relations internationales du PCF
article paru dans Communistes du 23 mars 2016

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