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L’autonomie démocratique voulue par les Kurdes

Le Congrès pour une société démocratique (DTK) a lancé le 28 décembre 2015 un appel à l’autonomie, à l’issue d’une réunion de deux jours à Diyarbakir, au moment où le Kurdistan du Nord en Turquie se trouve confronté à la guerre, « une guerre totale » comme le veut Recep Tayyip Erdoğan.

 

La déclaration appelle à la « formation de régions autonomes dans plusieurs provinces voisines de Diyarbakir ». Suite à cette réunion, le président RT Erdogan a réaffirmé – à grand renfort de pouvoirs médiatiques nationaux et internationaux – que « la Turquie ne permettrait jamais la formation d’un autre Etat au sein de ses frontières ».

Ce qu’il présente comme une menace séparatiste est-elle vraiment à l’ordre du jour ?

Pour les 500 représentants membres du « parlement » du DTK, délégués de très nombreuses organisations de la société civile, les syndicats, quelques ordres religieux, des universitaires et des personnalités influentes, il s’agit à la fois de faire face à la guerre, c’est-à-dire aux villes assiégées par l’armée, détruites et mises sous blocus et de mettre en oeuvre dans ce contexte particulier, des orientations définies depuis plusieurs années, à savoir une démocratie locale et régionale directe dans le cadre d’une nouvelle constitution démocratique pour la Turquie.
Cette nouvelle constitution faisait déjà l’objet de débat lors des négociations engagées en 2013 entre Abdullah Öcalan, emprisonné sur l’île d’Imrali, et le gouvernement turc. Une nouvelle constitution pour la Turquie faisait aussi l’objet des débats des élections législatives du mois de juin 2015. C’est cet espoir d’une solution négociée qui donne plus de pouvoirs aux régions et plus d’égalité entre tous, qui avait alors entraîné le très bon résultat du HDP, soit 13 % et 80 députés. Ces résultats venaient contrecarrer la volonté de RT Erdogan de mettre en place un régime présidentiel qui lui aurait confié les pouvoirs absolus. Il a donc annulé les élections de juin et convoqué de nouvelles élections pour le 1er novembre. Malheureusement, la campagne de déstabilisation, la peur, le chantage, les attentats, les menaces sur l’avenir « vous serez les futurs arméniens » lui ont permis de retrouver une majorité absolue au parlement, ce qui l’a encouragé à accentuer ses opérations guerrières. Les villes actuellement concernées ont pour particularité d’avoir accordé des votes largement majoritaires au HDP et fait preuve, dans leur histoire d’une grande résistance avec le PKK.

Pour une vie démocratique de l'ensemble des peuples

Les recherches de démocratie directe, s’appliquant à la représentation égale des femmes et des hommes dans tous les mécanismes de décision et à tous les échelons, ont déjà été mises en œuvre en faisant élire à la tête de plus de cent municipalités, un homme/une femme comme maires. La volonté de prendre en compte tous les peuples qui vivent dans cette région, les Syriaques, les Arméniens, les Yézidis, les Alévis, les Turkmènes étaient aussi en cours. Par exemple, sur le fronton de la ville de Mardîn, dirigée depuis peu par le HDP, on peut lire « Mairie » en quatre langues. Le bulletin municipal est bilingue, turc et kurde…
Mais la guerre d’Erdogan, engagée après les élections législatives du mois de novembre dernier, a amené les populations, les élus, les conseils de quartier, à ne plus se reconnaître dans le pouvoir central, dans ses forces de police et de l’armée,  celles-ci ne semant que la mort et l’humiliation. Elles s’organisent en auto-défense, levant des barricades et se protégeant comme elles le peuvent, jusqu’au dernier souffle.
Le DTK a alors estimé durant la conférence de décembre dernier que « la résistance du peuple kurde était légitime » et a précisé les 12 points essentiels qui pouvaient construire « une autonomie démocratique » traitant, notamment, de la « réorganisation du système et services judiciaires », la « gestion démocratique des ressources, terre, eau, énergie pour le bien général de la population dans un cadre écologique, l’abandon de la gestion centralisée et des taxes ». Le fait que l’autogestion puisse, dans le respect des principes constitutionnels, établir elle-même « toutes les unités de gestion et de production, encourager les initiatives populaires ou individuelles, coopératives et syndicales, les soutenir, et proposer la cession et redistribution de biens dans les domaines, y compris l’agriculture, l’industrie et le commerce ».
Pour le Conseil démocratique kurde (CDK), ce type de Constitution est « d’une importance capitale pour que toutes les catégories de la société, des « ethnies » et groupes de croyance différents, puissent embrasser une vie démocratique. Il n’est pas possible d’imaginer un système social et politique, une Constitution qui permette une vie démocratique et libre à un groupe, une catégorie de société ou un peuple, sans donner des droits aux autres. Notre lutte pour l’autonomie est une lutte de liberté, aussi bien pour les Kurdes, que les Turcs et toutes les autres « ethnies », groupes de croyance, les discriminés, opprimés, et les oubliés ».
« Nous croyons que notre modèle d’autonomie, basé sur l’autogestion, sera en même temps, un exemple important pour se tourner vers une sortie du contexte complexe de chaos dans lequel le Moyen-Orient se trouve. Ce modèle sera éclaireur pour nos peuples qui ont un destin commun depuis mille ans, pour trouver des résolutions démocratiques et pacifistes aux problèmes de la région et des pays ».

Sylvie Jan
Membre de la commission des relations internationales du PCF
article paru dans le dossier de la LRI de janvier-février 2016

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