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Premiers enseignements sur les élections législatives espagnoles

Dans un scrutin marqué par la hausse de la participation (72% contre 69% en 2011), la droite (Parti Populaire) qui gouverne le pays avec une majorité absolue au Parlement est arrivée en tête mais a été sévèrement battue. Elle obtient son plus mauvais résultat depuis 1989 (28,7% des voix contre 44,62% en 2011 et recule de 186 à 123 sièges sur 350). Dans un pays ravagé par le chômage et les inégalités sociales, le gouvernement de Mariano Rajoy est lourdement sanctionné sur son bilan en phase avec les politiques d’austérité européennes: coupes claires dans les salaires et la protection sociale, privatisation des services publics, précarisation extrême du travail, auxquelles s’ajoutent autoritarisme et corruption.

Le PSOE, avec 22% des suffrages, recule de six points par rapport à son plus bas résultat historique de 2011 (22% et 90 sièges contre 28,76% et 110 sièges). C’est un échec incontestable pour un parti qui prétendait être en mesure de revenir sur les orientations les plus néfastes de la droite au pouvoir et qui ne parvient pas à profiter du rejet de celle-ci. Le PSOE est resté englué dans les références à son expérience passée de gouvernement, lourdement rejetée en 2011 et il peine de ce fait à incarner une option crédible d’alternative de progrès pour la société espagnole.

Podemos, avec 20,64% et 69 sièges, consolide très nettement son influence à la hausse, en alliance dans nombre de communautés autonomes avec les plateformes citoyennes qui avaient obtenu d’importants succès lors des élections municipales du printemps dernier. Celles-ci auront leur propre expression au Parlement. Podemos a su capitaliser l’aspiration au changement qui s’est exprimée dans les importantes mobilisations citoyennes, depuis la naissance du «Mouvement des indignés», en 2011. Notons que plus les listes auxquelles Podemos était associé ont élargi leur cadre pluriel et unitaire, plus elles ont obtenu des résultats remarquables. Podemos fait de l’exigence d’une réforme constitutionnelle qui assurerait la reconnaissance des droits sociaux des citoyens tout comme le caractère plurinational de l’Etat espagnol un des axes fondamentaux de sa politique.

Ciudadanos, force émergente de la droite libérale se revendiquant centriste, avec près de 14% et 40 sièges, n’obtient pas les résultats qu’elle escomptait pour pouvoir être en mesure de peser suffisamment pour une restructuration à droite de la politique espagnole.

Enfin, Izquierda Unida, sous le sigle Unidad Popular-IU, obtient un résultat très décevant, par rapport à ses résultats de 2011 (6,9% et 11 sièges dans une coalition de gauche plurielle). Avec près de 4% et cinq sièges: deux là ou elle se présentait seule et trois autres obtenus par la Gauche unie et alternative en coalition en Catalogne dans «En comu Podem» et en Galice avec «En Marea»; elle aura du mal à constituer, pour le moment, un groupe parlementaire aux Cortes. IU-UP a notamment souffert de l’injustice d’un mode de scrutin d’autant plus pénalisant qu’elle s’est trouvée dans l’impossibilité, comme elle l’aurait souhaité, de concrétiser plus largement une alliance avec Podemos et les listes citoyennes.

Ces élections modifient profondément le paysage politique en portant un sérieux coup à un système bipartisan à bout de souffle. Mais la situation politique reste complexe et aucune option de gouvernement à droite où à gauche ne se dessine clairement. Les défis restent importants pour que puisse s’ouvrir la voie d’un véritable changement progressiste démocratique, transformateur dans le pays.
La droite (minoritaire aux Cortes) sera très en difficulté pour définir sa propre option de gouvernement. A gauche, le rassemblement unitaire souhaitable de toute la gauche transformatrice - y compris en apportant une solution négociée à la question nationale respectant le droit des peuples à décider - va constituer le véritable enjeu pour peser en faveur d’une véritable régénération démocratique et sociale du pays ; ce qui demande des ruptures profondes avec le cadre institutionnel actuel et les politiques de régression sociale pratiquées depuis des années. Cela peut contribuer également, en convergence avec les forces progressistes européennes, à changer les rapport des forces en Europe, alors qu’en Espagne comme ailleurs de nouveaux tours de vis «austéritaires» sont programmés par l’actuelle gouvernance de l’UE.

José Cordon
Relations internationales-Europe du PCF
article paru dans Communistes du 23 décembre 2015
 

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