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Proche et Moyen-Orient : en finir avec les logiques de guerre

Depuis 15 ans, le Proche et Moyen-Orient ne cesse d'être le théâtre de conflits qui ensanglantent la région et dont les conséquences viennent de frapper, tragiquement, une nouvelle fois, notre pays.

A l'origine des événements, la volonté persistante des puissances occidentales de conforter, avec leurs alliés régionaux, leur hégémonie sur la région, qui représente pour eux un enjeu majeur en matière d'énergie, de contrôle de migration et de lutte contre le terrorisme.

Leur bilan est catastrophique… Guerres, déplacements massifs de populations, montée de l'islamisme armé, économies effondrées. De la Lybie au Yémen, les violences règnent.

Cette logique de guerre n'a fait qu'aggraver la situation dans tous les domaines.

Aujourd'hui, il faut tirer les leçons des échecs de cette stratégie et ouvrir une nouvelle voie. Il n'est plus possible de continuer ainsi, sous peine de nouvelles tragédies dans la région et sur notre sol.

L’État islamique a profité du chaos provoqué en Irak par l'intervention américaine et l'illusion en Syrie qu'une victoire militaire était possible pour les alliés des USA et de la France contre le régime de Bachar Al Assad.

Résultat, Daech occupe une grande partie de ces pays, profitant jusqu'à aujourd'hui de complaisance et de complicités de pays voisins comme la Turquie. L'intervention de la Russie en Syrie au nom de sa sécurité a modifié la donne, mais ce pays, allié d'Assad, ne peut représenter la solution. Pas plus que l'Iran même si sa présence est indispensable. La réponse sera collective et multilatérale.

Il s'agit de tout faire pour éviter que la Syrie et cette région n'éclatent en zones d'occupation et d'influence des différentes forces en présence. Son indépendance et son intégrité territoriale doivent être retrouvées.

Suite à la réunion du Conseil de sécurité d'août 2015 qui a soutenu unanimement un plan détaillé de sortie de crise, en Syrie, se sont tenues à Vienne deux réunions, dont la dernière ce week-end. Celle-ci, en présence de 17 pays, tous impliqués dans le conflit syrien, et sous l'égide de l'ONU, s'est conclue sur l'objectif « d'un cessez le feu » et « de l'engagement d'un processus mené par les Syriens pour établir d'ici 6 mois un calendrier pour une nouvelle Constitution ». Dans cet objectif, « il s'agira de réunir le gouvernement syrien et des représentants de l'opposition pour des négociations formelles ».

Une avancée réelle.
Cet engagement obtenu à Vienne par tous les participants représente une avancée réelle même si demeurent des questions concernant les représentants de l'opposition et le sort futur de Bachar Al Assad.

Cette avancée est une condition majeure pour un combat commun contre Daech qui ambitionne avec les groupes islamistes de s'emparer de ce pays.

Inversement, vaincre Daech est une condition pour la réussite de la transition politique et aller vers une Syrie démocratique et laïque. La coordination de ces efforts diplomatiques étant placée sous l'égide de l'ONU.

A Vienne, un consensus s'est également dessiné sur la nécessité d'accentuer la coordination internationale dans la lutte contre Daech et les autres groupes.

Lors de la réunion du G20, Ban Ki Moon a pris soin de préciser du besoin « d'une réponse forte face au terrorisme, mais toujours dans le cadre de l'état de droit, et respectueux des droits de l'homme ». « Sinon, poursuit-il, nous ne ferions qu'alimenter le feu que nous essayons d'éteindre ».

Dans ce cadre, il devrait, à notre avis, se mettre en place un appui militaire plus important aux forces qui, en Syrie et en Irak, combattent contre l’État islamique et les groupes terroristes.

Mais si le volet militaire participe à la solution, il n'est qu'une partie de la réponse pour permettre demain à ces peuples de vivre enfin dans la paix, qu'ils n'ont pas connu depuis si longtemps.

Au coeur des tensions, les volontés dominatrices de ces régimes usant de la religion pour imposer leur loi à des peuples spoliés qui, en 2011, ont manifesté leur colère devant le sort qui leur est fait. Aujourd'hui, toutes les questions posées à l'époque restent entières, la guerre et le terrorisme en plus.

Il est donc urgent de désamorcer les tensions, de travailler à des solutions politiques, de répondre aux aspirations démocratiques et sociales de ces peuples.

Le respect de leurs droits, des choix de développement en matière économique et sociale, peut permettre d'ouvrir des voies nouvelles pour la paix.

Le rôle de la France peut être majeur dans cette région… Sa politique doit être totalement réévaluée. Ses alliances actuelles avec les gouvernements les plus réactionnaires, comme la Turquie, l'Arabie saoudite, Israël, doivent être reconsidérées sur d'autres critères que ceux de la seule sécurité et de la vente d'armes. Notre pays a vu son image ternie, pourtant porteur de valeurs démocratiques et de droits humains, et sa parole internationale a beaucoup perdu de son crédit et de son utilité pour résoudre les problèmes. Nous ne nous résignons pas à cette situation.

Ce que nous venons de vivre à Paris doit conduire à tout mettre en œuvre pour construire ensemble une nouvelle politique étrangère vers le Proche et Moyen-Orient.

Patrick Margaté
article paru dans Communistes du 18 novembre 2015

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