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Monde arabe : des bouleversements majeurs et de longue durée

On assiste depuis deux ans à une accélération d'événements de grande portée avec les révolutions arabes, la crise syrienne et ses risques d'explosion régionale, la poursuite de la colonisation israélienne au détriment des droits du peuple palestinien, la reprise des négociations autour du suppose nucléaire iranien et les conséquences de la guerre en Libye, en Afrique de l'Ouest et au Mali.

Arrêtons-nous un instant sur ce qui est appelé communément le printemps arabe, expression discutable mais qui a le mérite de constituer un point de repère géographique et chronologique.

Pour certains, nous serions passés de ce printemps à l'hiver islamiste. Rien n'est plus éloigné de la réalité que cette expression.

Ce qui s'est passé en 2011 en Tunisie, en Egypte, au Bahrain, au Maroc, en Algérie et même en Syrie et en Libye, constitue, abouti ou non, à un basculement de l'histoire politique du monde arabe.

Des soulèvements populaires ont mis en cause et fait tomber des pouvoirs politiques, des régimes de dictateurs. Dès lors pour ces peuples, rien ne sera plus comme avant.

Ces mouvements ont révélé l'état des sociétés, les réalités politiques et notamment celles des rapports de force dans chaque pays. Ils ont montré l'influence des forces de l'islamisme politique, la faiblesse relative mais réelle des progressistes, du fait à la fois de la répression des anciens régimes et de leur éparpillement.

Ces soulèvements ont contribué à ouvrir le champ politique, à faire sauter les baillons des dictatures, à permettre l'expression populaire dans le champ politique public.

Reste que ces processus révolutionnaires se heurtent à de véritables obstacles pour avancer vers la démocratie, la justice sociale et la dignité, mots d'ordre communs à tous ces peuples, malgré la diversité de leur situation.

Quels sont les obstacles auxquels ils sont confrontés ?

Pour l'instant, il ne change pas structurellement les systèmes en place. Si la démocratie est reconnue, les anciens pouvoirs économique, institutionnel, restent souvent en place.

Il y a une vraie difficulté à une transformation systémique dans des cadres institutionnels et économiques qui restent sous domination occidentale, américaine, européenne, aggravée par la crise mondiale.

Les victoires électorales des partis islamistes ont permis à ceux-ci de détourner le sens des révolutions démocratiques. Une fois au pouvoir, ces formations politico-religieuses n'ont eu de cesse de s'en prendre aux droits démocratiques et d'imposer une islamisation rampante de la société. Les tentatives sont rejetées par une grande partie des populations. Un nouvel obstacle s'ajoutant aux forces occidentales, bien décidées à préserver leurs intérêts dans la région, y compris par le soutien aux partis islamistes.

Face à cette situation, au risque de voir détourner le sens des révolutions, des leçons sont en train d'être tirées au sein du mouvement progressiste arabe.

Tant en Egypte qu'en Tunisie, qu'au Yémen, les forces progressistes se rassemblent, face à l'adversaire islamiste.

Cette coalition se justifie pleinement au plan politique, le rassemblement de leurs forces, leur permettent de faire jeu égal avec celle des partis islamistes. En Tunisie, en Egypte, la création de grands rassemblements dits de Front de salut national traverse tous les partis de gauche à droite qui cherchent à sortir de l'impasse en évitant le risque militaire.

Pourquoi ces soulèvements populaires et maintenant ?

D'abord, en Tunisie, tout n'a pas démarré avec le suicide du jeune Mohamed Bouazizi, diplômé-chômeur, humilié par la police, pour avoir vendu quelques légumes. Ce cas concentre tout ce qui s'abat sur ces jeunes, à qui l'avenir est refusé... d'où les suicides, hélas nombreux, d'où l'immigration et ses innombrables victimes.

Sous l'ancien régime, les luttes sociales n'ont pas cessé et les syndicats, même parfois pour certains inféodés au pouvoir, jouaient un rôle indéniable.

Au plan des droits humains, face à la répression des associations, des ONG n'ont cessé d'alerter l'opinion internationale de ces « modèles de démocratie et de développement » comme les vantaient les dirigeants occidentaux, français et européens notamment.

En réalité la crise couvait depuis des années...

Ces régimes étaient tous à bout de souffle, historiquement issus de la décolonisation, du panarabisme laïc, de la domination du nationalisme arabe. Ils se sont peu à peu transformés en pouvoirs autoritaires et dictatoriaux corrompus, constitués de mafias familiales.

Pour autant, ils étaient bien utiles aux puissances occidentales puisqu'ils leur garantissaient exploitation et transport d'énergie, la lutte contre l'immigration, un barrage face au terrorisme, et garant de la sécurité d'Israël.

C'est donc un vaste chantier qui s'ouvre pour ces peuples arabes. Ils doivent à la fois dépasser ce qu'ont été ces anciens régimes dictatoriaux et apprendre à construire une société nouvelle.

Mais aux obstacles des restes des anciens régimes et à ceux provoqués par les courants islamo-libéraux, s'ajoutent ceux des stratégies militaro-occidentales qui utilisent la force et la guerre pour imposer leurs intérêts stratégiques, au nom de la lutte contre le terrorisme, qu'ils ne font en fait que nourrir.

On le voit en Afghanistan, en Libye et en Irak, pays tombés dans le chaos et la guerre civile.

L'ensemble de ces facteurs participe à faire de cette région une zone de haute conflictualité, une zone à risque d'affrontements militaires majeurs, où tout doit être mis en œuvre pour travailler à des issues politiques. Car les intérêts sont aussi divergents entre pays arabes, entre ceux impliqués dans des mouvements populaires démocratiques et les monarchies du Golfe, attachées à ce que rien ne change.

L'intervention de l'Arabie saoudite au Bahrain, avec des chars français, et celle du Conseil de Coopération du Golfe pour sauver le dictateur yéménite Saleh, en disent long sur la détermination des puissances du Golfe à maintenir l'ordre établi avec le soutien des Etats-Unis et de la France.

Avant d'examiner les deux cas, les plus parlants des contradictions de cette région, jetons un regard sur la politique de l'Union européenne à l'égard du monde arabe et des conséquences de celle-ci.

Ce qui s'est passé dans le monde arabe en 2011 traduit aussi la réalité d'une crise profonde du monde arabe aux causes multiples, à la fois internes et externes. Dans ces causes, il y a les politiques de l'Union européenne et des principales puissances européennes.

Le monde arabe est constitué de pays qui furent hier les colonies de la France, de la Grande-Bretagne et plus généralement des pays européens.

En 1995, avec le processus dit de Barcelone, l'UE a annoncé vouloir bâtir un partenariat euro-méditerranéen avec des volets économiques, financiers, sociaux, culturels... et l'ambition d'une grande coopération.

Ce partenariat s'est, en fait, dès le départ, réduit et concentré sur la mise en place d'une zone de libre-échange pour les capitaux de la rive Nord. L'UE a profité de la mise en place de ce cadre pour pousser les pays arabes à la mise en place de politiques néo-libérales, à l'ouverture aux investissements du capital privé, à la baisse des salaires et des budgets sociaux. Ce fut particulièrement visible jusqu'en Egypte.

L'Europe porte ainsi une lourde responsabilité dans l'exacerbation de la crise économique et sociale des pays arabes. Le soutien systématique et sans faille de la France et, dans l'ensemble, des autres pays d'Europe aux dictatures en place, la carence manifeste d'action européenne sur la question de Palestine, malgré les engagements, ont nourri encore cette responsabilité européenne.

Si les causes de la crise sont les échecs majeurs du développement, de la démocratie, de la souveraineté... alors l'Union européenne et les pays membres doivent refonder toute leur vision de la relation au Monde arabe et plus généralement d'ailleurs à l'Afrique et au Sud. Ce n'est pas encore le cas, comme l'indiquent les nouveaux « accords de libre-échange complets et approfondis » (ALECA), proposés par l'UE à la Tunisie, au Maroc, à la Jordanie et à l'Egypte.

Enfin, deux exemples, comment, dans cette région, les droits des peuples à vivre dans leur Etat et à construire la démocratie se heurtent à des enjeux globaux.

C'est le cas pour les peuples syrien et palestinien.

En Syrie, un soulèvement déclenché en mars 2011 a d'abord traduit un espoir et une volonté populaire de démocratie, de justice, de changements politiques réels.

La répression particulièrement brutale du régime, la volonté d'autodéfense des manifestants, les ingérences étrangères ont quasi immédiatement poussé à la militarisation de la confrontation et à ce qui est devenu une guerre civile où chaque partie dispose de ses alliés régionaux et de soutiens internationaux. Les Etats-Unis et ses alliés veulent briser l'alliance Syrie-Iran-Hezbollah dans une région stratégique, y compris en s'appuyant sur des forces de l'islamisme politique, elles-mêmes soutenues par le Qatar et l'Arabie saoudite.

La Russie ne veut pas perdre son allié syrien. Elle craint une extension de l'islamisme politique qui pourrait déstabiliser sa zone d'influence en Asie centrale.

Israël saisit l'opportunité de cette confrontation pour monter les enjeux dans une autre crise mais liée à toutes les problématiques du Proche-Orient. Les dirigeants israéliens menacent l'Iran de bombardements sur ses sites nucléaires en cherchant à entraîner les Etats-Unis et les Européens dans cette aventure dangereuse.

La crise syrienne continue à se jouer sur le terrain où l'armée du régime bombarde quotidiennement les villes et les quartiers, tenus par l'opposition, de façon indiscriminée, mais sans pouvoir l'emporter. Cette crise est donc en même temps devenue un affrontement stratégique, un enjeu géopolitique.

Plus les jours passent, plus on découvre le cortège d'horreurs que provoque cette guerre. Le nombre de victimes dépasse les 115.000 dont une majorité de civils et des centaines de milliers de blessés.

La détresse des 2 millions de réfugiés au Liban, en Jordanie, en Turquie, au sort de plus en plus précaire.

Les 5 millions de déplacés pour fuir les combats, pour échapper à la fois aux exactions de groupes djihadistes, et aux bombardements et blocus de l'armée syrienne.

Sans oublier les enlèvements de journalistes et d'humanitaires.

C'est à l'ensemble d'un peuple syrien déchiré par cette guerre qu'il faut offrir d'urgence un espoir de paix et d'avenir.

Plus la guerre continuera, plus l'implantation des groupes djihadistes sera dominante, plaçant des populations sous leur tutelle. Leur objectif proclamé est de créer un Etat islamiste en Syrie et d'imposer la charia, avec l'aide du Qatar et de l'Arabie saoudite.

Un projet totalement étranger aux aspirations du peuple syrien, qui s'est levé contre le régime de Bachar Al Assad en mars 2011, d'une manière pacifique pour la démocratie et une société civile.

Aucune complaisance d'aucune sorte ne peut être tolérée à leur égard.

D'autant que le pouvoir se sert de leur présence pour se jouer de la lutte contre le terrorisme, tentant ainsi de faire oublier sa propre responsabilité dans la guerre qu'il mène contre son peuple.

Ce tableau est sombre...

Toutefois, l'accord survenu il y a quelques semaines à l'ONU en faveur de la destruction de l'armement chimique syrien, après l'attaque du 21 août, constitue une vraie avancée diplomatique.

Pour la première fois, depuis le début du conflit, le Conseil de sécurité s'est unanimement prononcé, contraignant le pouvoir syrien à accepter et mettre en œuvre le processus de destruction de son armement chimique.

L'opinion internationale a joué un grand rôle vis-à-vis des USA, de la Russie, de la France pour imposer cet accord.

L'ONU a rempli son rôle et les aventures guerrières ont été repoussées.

Cette ouverture diplomatique confirme qu'il n'y a aucune fatalité à la poursuite de cette guerre, dès lors qu'existe une volonté suffisamment forte pour y mettre fin.

Le caractère international et régional qu'a pris ce conflit, après l'avoir nourri, doit permettre maintenant d'en sortir.

C'est le but de la tenue de la Conférence pour la paix en Syrie dite Genève II. Conférence qui doit permettre de réunir, sous l'égide de l'ONU, avec l'engagement des puissances impliquées (USA, Russie, Iran, UE...) l'ensemble des acteurs syriens, représentants de l'opposition syrienne, hormis les djihadistes et le régime.

Son objectif est d'assurer une issue politique pour mettre fin non seulement à cette guerre mais dessiner la construction d'une Syrie démocratique et pacifique.

Car la priorité est de faire cesser les violences. Vouloir mettre un terme aux crimes de guerre et crimes contre l'humanité, c'est agir pour arrêter les affrontements.

Il s'agira aussi d'engager rapidement les conditions du retour des réfugiés et déplacés et reconstruire le pays. Mais parvenir à ces accords exige la tenue de discussions entre les différentes parties syriennes, une opposition rassemblée dans toute sa diversité, sans exclusive ni préalable, et des représentants du régime convaincus d'en finir avec cette guerre et d'ouvrir une nouvelle page de l'histoire de la Syrie.

Ce processus permettra de jeter les bases d'un Etat de droit, démocratique, civil et pluraliste.

C'est vers cet horizon que réside l'espoir pour la paix et la justice du peuple syrien.

La crise syrienne a fait passer au deuxième plan la question palestinienne.

Pourtant, depuis plus de 60 ans, elle constitue le verrou à de nouveaux rapports dans la région.

La politique actuelle du gouvernement israélien de colonisation, d'exiger la reconnaissance par les Palestiniens d'Israël, comme un Etat juif, conduisent à un véritable blocage des négociations pour la reconnaissance d'un Etat palestinien.

Cette attitude constitue aussi un véritable déni du droit international et alimente le constat d'un double discours où la valeur du droit dans les relations internationales est variable en fonction des rapports de forces qu'il est chargé d'appliquer.

Les peuples arabes ont quelques raisons de penser que, pour les droits du peuple palestinien, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Malgré tout, la reconnaissance de l'Autorité palestinienne comme membre observateur à l'ONU, constitue une vraie avancée, comme celle de son adhésion à l'UNESCO.

Reste comment imaginer de construire une zone de paix au Proche-Orient sans qu'Israël accepte enfin la présence d'un Etat palestinien à ses côtés, dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

C'est la condition pour instaurer un espace de sécurité pour tous les peuples voisins, un espace de dialogue et de coopération et d'avenir commun pour peu à peu effacer les haines.

L'opinion française est dans sa grande majorité favorable à cette solution garantissant l'existence de l'Etat d'Israël. Cette perspective doit être portée haut et fort dans sa globalité et pas seulement énoncée dans des discours par les autorités françaises. « L'ami d'Israël » comme dit Netanyahou parlant de la France lors du voyage de François Hollande, ne peut rester passif et se contenter de réaffirmer des positions conformes à l'opinion française.

La France en a pourtant l'occasion en reconnaissant elle-même l'état palestinien, en appuyant sans réserve la directive contraignante adoptée par l'UE sur l'économie israélienne dans les territoires palestiniens occupés et d'adopter l'étiquetage des produits venant des colonies.

Mais il y a un autre dossier qui concerne Israël dans cette région, c'est celui du nucléaire et des questions qui entourent les négociations actuelles qui concernent l'énergie nucléaire... d'Iran.

L'élection du nouveau président de la République Hassan Rohani en juin dernier paraît avoir ouvert un nouveau chapitre dans les relations entre la République islamique et les puissances du groupe P5 + 1, qui rassemble les 5 membres du Conseil de Sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et l'Allemagne.

Mi-octobre, le dialogue s'est renoué après une longue interruption et un nouveau cycle de négociations s'est engagé début novembre. Parallèlement, des discussions se tiennent entre les Iraniens et l'AIEA (Agence internationale pour l'énergie atomique), gendarme en matière de prolifération et contrôleur du bon usage de l'énergie nucléaire.

Selon les parties, les discussions sont « constructives ». Un accord semblait à portée de main lors de la rencontre des 8 et 9 novembre à Genève entre l'Iran et le groupe  5 + 1. Mais les Iraniens ont refusé la proposition qui leur a été soumise. Il apparaît que la France a adopté la position la plus dure et intransigeante, exigeant de l'Iran des conditions qui revenaient à nier à ce pays, signataire du Traité de Non prolifération, le droit au nucléaire civil, conditions que celui-ci ne pouvait, de toute évidence, accepter. Le processus n'est pas rompu, mais interrompu. Les négociations ont repris le 20 novembre et à l'heure où ces lignes sont écrites, un accord semble possible.

On ne peut que se féliciter du dégel qui permet d'aborder cette question épineuse du risque de prolifération, tout en respectant le droit à l'usage civil de tout Etat, dans des conditions de transparence et de respect des règles internationales. Seule fausse note à ce tableau, les appels et menaces d'Israël à rejeter ces négociations qui ne sont pour elle que des leurres, se préservant le droit de frapper au cas où sa sécurité, à ses yeux, se trouverait en danger. La France s'est également illustrée par un suivisme appuyé des positions et demandes, ironiquement similaires à celles d'Israël, de l'Arabie saoudite et du Qatar. Des positions d'alignement qui ne manquent pas de provoquer un certain malaise...

On peut constater par ailleurs qu'une feuille de route a été adoptée le 11 novembre entre l'Iran et l'AIEA, au même moment où les négociations de Genève capotaient. En particulier sur la centrale d'Arak, principal point d'achoppement à Genève car elle représenterait un risque de prolifération... mais objet d'un accord avec l'AIEA...

Parce qu'au-delà de la rhétorique des uns et des autres, qu'est-ce qui véritablement est en jeu avec cette question du nucléaire iranien ? C'est la question majeure de la prolifération d'armes nucléaires dans une région, le Moyen-Orient, où se concentrent les enjeux géo-stratégiques du fait des intérêts des puissances régionales et internationales. Cette région est en effet traversée par des facteurs de crise tels qu'il s'agit de tout faire, en amont, au plan politique, pour désamorcer tout risque de confrontation... Et ceux-ci ne manquent pas. On le voit aujourd'hui avec la Syrie, toujours avec la Palestine, les questions énergétiques, les conflits religieux, et un ensemble de régimes marqués par l'autoritarisme ou le théocratisme.

Jusqu'alors, on a beaucoup parlé, du côté des puissances occidentales, de la menace iranienne. On a, par contre, fait silence sur les 200 à 300 têtes nucléaires détenues par Israël. Toutefois, chacun doit mesurer le risque supplémentaire que ferait courir à la région la possession de l'arme nucléaire par l'Iran. Si cela devait être avéré, aussitôt, des pays comme l'Arabie saoudite, la Turquie ou l'Egypte chercheraient à l'acquérir.

L'Iran a droit à l'enrichissement de l'uranium à usage civil comme tout Etat (l'Iran est signataire du Traité de Non prolifération). Ce droit doit lui être reconnu officiellement. L'Iran, comme tout pays qui a signé les conventions de l'AIEA, serait soumis à une surveillance internationale. Restera la question d'Israël qui doit aussi être traitée et intégrée au processus de dénucléarisation. Israël, puissance nucléaire de facto, ne devrait-il pas adhérer au Traité de Non prolifération ?

L'Assemblée générale de l'ONU et celle de l'AIEA, ont fait leur le projet de faire du Moyen-Orient une zone dénucléarisée.

On le voit, la crise syrienne, la Palestine, le nucléaire au Moyen-Orient sont des crises géo-politiques.

Nous sommes là au cœur de la conflictualité internationale.

Elles posent tous les trois des questions plus globales sur les enjeux de sécurité internationale aujourd'hui, sur la nécessité d'une mise en cause des politiques de puissances et de logique de force.

Il n'y a pas une intervention militaire occidentale et de l'OTAN depuis 20 ans qui ne se soit pas traduite par une grave déstabilisation régionale, des tensions exacerbées, une aggravation des problèmes, en faisant exploser les confrontations sunnites/chiites comme en Irak.

On voit aussi comment ces interventions ont conduit à des échecs stratégiques, en particulier en Irak mais aussi en Afghanistan. Les Etats-Unis ne maîtrisent plus complètement, à leur guise, les relations internationales. L'hégémonie occidentale est mise en cause par la crise, par les impasses des politiques de puissances, par la montée des puissances émergentes, par le besoin d'options stratégiques nouvelles... La France aurait tort à cet égard d'ambitionner de jouer les nouveaux gendarmes de la région.

On voit à quel point tout est lié et, qu'au fond, construire de nouvelles relations internationales, construire des relations de sécurité entre les peuples et entre les Etats... cela nécessite de régler les problèmes fondamentaux des sociétés, pour dépasser ce qui a fait les échecs des régimes du monde arabe, mais aussi les échecs occidentaux, et ce qui continue à faire les dangers des politiques de militarisation et de guerre.

Nous assistons effectivement à un épuisement des logiques stratégiques occidentales. Tout appelle à un nouvel ordre international.

Construire un nouvel ordre nécessite la convergence des résistances sociales, des mouvements populaires, des luttes partout dans le monde.

Le terrain d'un internationalisme réellement utile pour les peuples est aujourd'hui plus favorable.

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