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Syrie : construire ensemble la paix

Pour l’avoir longtemps réclamé, le Parti communiste français ne peut que se réjouir de l’ouverture de la Conférence pour la paix en Syrie sous l’égide de l’ONU. Nous nous félicitons que les autorités françaises s’y soient associées, après avoir misé longtemps sur une « solution militaire ».

Mais chacun mesure les difficultés pour parvenir à la paix et à une issue politique.

Difficile de faire la paix, quand les haines se sont aiguisées, devant le sort d’un peuple meurtri par trois ans de guerre, les images insoutenables des victimes civiles des bombardements du régime, des exécutions sommaires des prisonniers par des groupes djihadistes, la détresse de millions de réfugiés et de déplacés dépourvus de tout.

Difficile de faire la paix quand, aussi bien le régime de Bachar Al-Assad que ceux de ses opposants qui se sont armés ont, chacun, misé sur la victoire militaire et doivent se résoudre aujourd’hui à s’asseoir à la même table pour parler d’une solution politique avec des visions radicalement antagoniques.

Difficile de faire la paix, quand chacun de leurs alliés cherchent, avant tout, à assurer leurs intérêts de puissances régionales, notamment en matière de sécurité, dans un conflit devenu, au fil des mois, un enjeu géopolitique majeur.

A ces obstacles, il faut ajouter l’arrogance du régime se présentant comme le bouclier de la lutte contre le terrorisme, niant sa responsabilité dans les massacres, et une opposition divisée d’où sont exclus des courants progressistes et kurdes qu’il serait utile au contraire de rassembler.

Pourtant, malgré toutes ces difficultés, il va falloir parvenir à la paix, et trouver un chemin pour construire une autre Syrie, oeuvre des Syriens eux-mêmes sans Bachar Al-Assad.

En l’état actuel, on peut douter que le seul face à face entre les représentants du régime et l’opposition puisse aller au bout du processus de Genève I, de la recherche d’une transition politique.

Si les premières discussions en cours permettent d’obtenir des cessez-lefeu, des libérations de prisonniers et de la distribution d’aide aux populations civiles, ce serait déjà un grand progrès.

Mais se pose aussi la responsabilité des puissances régionales et mondiales engagées de part et d’autre dans ce conflit pour aider à dégager la solution politique. Il faut traiter des questions régionales, dont le conflit en Syrie a été le révélateur et qui concentre toutes les rivalités politiques, économiques et religieuses dans la région.

On est en effet passé d’une lutte populaire pacifique à une guerre civile provoquée par le régime entraînant dans ce sillage meurtrier les pays voisins.

Comment agir pour ouvrir un chemin vers la détente et le dialogue, comme cela a été fait pour parvenir à l’accord sur le nucléaire iranien ? C’est une question centrale qui permettrait d’alléger les tensions qui pèsent sur les seules épaules des Syriens.

Ainsi, l’exclusion de l’Iran de Genève II est un exemple à ne pas suivre. Par contre, la France pourrait jouer un rôle utile de médiateur entre toutes ces puissances qui s’affrontent par Syriens interposés.

Ses liens privilégiés avec l’Arabie saoudite, le Qatar, le prochain voyage de Hollande en Turquie sont des occasions de débattre du rôle de ces pays pour aider à rechercher le chemin de la détente avec ses voisins, notamment l’Iran.

Le chemin de la paix en Syrie passera aussi par un environnement apaisé des tensions régionales. Tout le monde en sera gagnant et les Syriens en premier.

article paru dans Communistes du 29 janvier 2015
de Patrick Margaté, Responsable de la Commission Monde arabe

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