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Diplomatie française : Miser sur les peuples. par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

« Diplomatie française – où est la boussole ? »
Colloque à l'occasion du 100e numéro de la revue Recherches internationales

 

Pierre LAURENT

Secrétaire national du PCF

« Miser sur les peuples »

29 novembre 2014

 

 

Mesdames, messieurs,

cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

 

Je veux commencer par vous remercier de votre invitation et saluer la sortie de ce centième numéro de la revue Recherches internationales. 

Merci surtout à vous d'avoir pris l'initiative de cette rencontre sur un sujet à la fois si central et si absent, si éludé, du débat national et public.

En effet, si je m'appuie sur ma propre expérience, je ne peux que commencer par remarquer que depuis leur prise de fonction en 2012, je n'ai eu en qualité de chef de parti aucune rencontre sur les enjeux internationaux avec le chef de l'État, et une seule avec le ministre des Affaires étrangères, c'était en juillet 2013 ; en qualité de sénateur, nous n'avons pu nous exprimer avec mes collègues parlementaires qu'après les déclenchements des opérations extérieures lancées par notre pays au Mali et en Centrafrique, et une seule fois – sans vote – pour dire notre opposition à une intervention militaire en Syrie en septembre 2013.

À cela j'ajoute que, pour la première fois depuis son institution, le Livre blanc de la Défense – qui expose en première instance l'analyse du contexte international et la politique étrangère du président – a été rédigé et remis au chef de l'État en avril 2013 sans qu'aucun parti politique n'ait été auditionné comme il était de mise auparavant. C'est assez éloquent du peu de cas qui est fait du débat démocratique en matière de politique extérieure par Matignon et l'Élysée.

Le débat ouvert hier à l'Assemblée nationale sur la reconnaissance de l'État palestinien, et qui se tiendra le 11 décembre au Sénat, est une première du genre – et je reviendrai sur le fond un peu plus tard – qui appelle à être réitérée, voire même inscrite dans la vie parlementaire.

Car, je l'ai dit, la politique extérieure de la France, sa diplomatie, est un sujet central non seulement en raison de la place qu'elle occupe dans la politique de notre pays mais aussi, ou surtout, de la place qu'occupe notre pays dans le monde, et des défis et enjeux auxquels les peuples du monde sont confrontés, que ce soit ensemble ou chacun pour leur part, particulièrement lorsque des conflits, pour certains d'un nouveau genre, embrasent des régions entières de la planète.

*

Membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et co-auteure de la Charte des Nations unies, pays hôte de l'UNESCO et du Conseil de l'Europe, membre fondateur de l'Union européenne dont elle abrite le Parlement à Strasbourg, co-fondateur et pilier de l'Organisation internationale de la Francophonie, la France occupe au plan économique le 5e rang des puissances mondiales.

Que fait-elle, que font les dirigeants de la France de sa présence active, de son poids, au sein de ces institutions multilatérales ? Contribuent-ils à une mobilisation générale pour un monde plus juste, plus humain, plus solidaire et un monde de paix ? Et par quels moyens ?

La réponse tient dans le constat accablant d'une dérive atlantiste, amorcée sous Nicolas Sarkozy, confirmée et prolongée sous François Hollande sans qu'aucune vision véritable pour la France, pour le monde et pour l'Europe n'ait été développée. Absence de vision et d'ambition qu'illustre la position du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui se dit « ni pour ni contre » le Traité transatlantique… pendant que le gouvernement laisse faire en vérité les négociations sans en saisir le pays ni ses représentations nationales.

La participation de la France au commandement intégré de l'OTAN est devenu l'alpha et l'oméga de son action (ou inaction) internationale comme si la capacité d'intervention extérieure de la France était devenue l'atout n° 1 de sa volonté de se faire une place dans la compétition capitaliste mondiale sans en contester le fonctionnement ni les conséquences désastreuses, la France est de toutes les aventures militaires mais manque trop d'occasions pour changer la mondialisation et ses règles.

Le fait d'avoir placé le Commerce extérieur sous l'autorité du ministère des Affaires étrangères est constitutif d'une politique internationale dominée par trois impératifs : les impératifs économiques de compétitivité dans la mondialisation capitaliste, les impératifs de la logique de compétition, d'alliances opportunistes et de domination entre nations en tout domaine, et les impératifs de la voie militaire pour toute réponse aux conflits.

Ceci sans prendre en compte les changements profonds intervenus ces 25 dernières années, telle que l'incursion des peuples et des sociétés comme acteurs politiques majeurs, mais pour, a contrario, intégrer comme des données irrémédiables l'affaiblissement des États et la domination de forces non-étatiques telles que les multinationales et les institutions financières et bancaires.

Sans prendre non plus la mesure de la crise d'hégémonie des États-Unis et de ses alliés ou vassaux de l'OTAN pour s'en saisir avec d'autres comme d'une opportunité pour refonder sur des principes d'égalité l'ensemble des relations internationales.

Participant à la réactivation d'une logique de puissances et à l'usage quasi exclusif de la « dissuasion » et de l'épreuve de force au détriment de la diplomatie et de l'action politique multilatérale, les présidents Sarkozy et Hollande ont en fait bradé l'indépendance de la politique extérieure de la France tout en adoptant un discours et en produisant des actes qui sont allés jusqu'à entacher l'image de la France.

La réorganisation interne du ministère des Affaires étrangères, la « rationalisation » des moyens, l'externalisation – même partielle – de certaines missions en particulier dans le domaine de l'éducation et de la culture, la réforme de l'aide publique au développement sous-traitée aux ONG, la réduction du nombre de postes à l'étranger et des personnels ont amoindri nos capacités de représentation dans le monde et affecté la qualité de nos relations avec nos différents interlocuteurs.

Je sais la grande qualité des personnels du Quai d'Orsay et de nos postes, j'ai eu personnellement l'occasion de constater à la fois leur très grande compétence et leur très grand engagement tout autant à servir notre pays qu'à être à l'écoute des peuples et pays où ils travaillent. Mais je sais aussi les grandes difficultés devant lesquelles ils sont placés pour accomplir leur mission, et la pression exercée sur eux pour faire des échanges commerciaux le coeur de leur action. Or l'économie n'a d'efficacité qu'au service de choix politiques de la nation et non quand elle les dicte dans l'intérêt non plus de la nation mais l'intérêt particulier de quelques-uns et l'accroissement des dividendes d'actionnaires au détriment de politiques répondant aux besoins humains, sociaux et écologiques.

Autre question essentielle : il devient urgent d'enrayer l'affaiblissement de l'Organisation des Nations unies, discréditée par les interventions militaires ou les embargos écrasants menés en son nom. Cet enjeu essentiel devrait être parmi les premières préoccupations de dirigeants de gauche de notre pays.

De la même façon, refonder l'Europe pour en faire un espace émancipateur de coopération, de paix et de solidarité, une union de peuples souverains et libres devrait être l'un des  objectifs stratégiques de la France. Au lieu de cela, la bataille sur le sens de l'UE a été abandonnée au profit d'un zèle indécent pour précéder les desiderata de la Commission.

Enfin, s'émanciper du carcan idéologique de l'« occidentalisme » aurait permis d'être en phase avec les aspirations des peuples à un monde plus démocratique, plus sûr et plus juste ; et permettrait de repenser librement, avec créativité, nos politiques de partenariats, et d'être à l'initiative d'audaces politiques dont le monde a besoin : qu'il s'agisse de dénucléarisation, de lutte contre le réchauffement climatique, de lutte contre les inégalités sociales et économiques, d'instauration de biens communs universels.

*

Vous avez au cours de ce colloque décortiqué, mieux que je ne saurais le faire en quelques minutes, la politique étrangère actuelle de la France. Je veux ici apporter la contribution du Parti communiste français à la réflexion et à la mobilisation de toutes les forces disponibles à gauche, et elles sont nombreuses, pour une politique extérieure de la France qui se doit d'être au diapason des potentiels, des enjeux et des aspirations de notre temps.

Pour nous, pour que soit utile la gauche au pouvoir, cette politique extérieure, débattue publiquement au Parlement, devrait se donner pour ambition de contribuer à la transformation de la mondialisation en cherchant à ouvrir sur toutes les questions – politiques, sociales, économiques et écologiques – les processus de construction d'un monde de justice, d'égalité, de solidarité et de paix.

La politique extérieure de notre pays s'exerce sur trois plans qu'il nous faut conjuguer en permanence : nos relations et actions bilatérales, notre projet et notre action européens, notre ambition et notre action au plan international dans les instances légitimes et légales du multilatéralisme.

Je veux développer quelques idées sur ces différents points. En commençant par ce qui permettrait de mettre la France à l'initiative : pour la coopération, la paix, le développement, le climat.

Paix, coopération et développement, lutte contre le réchauffement climatique sont indissociables. La France est attendue partout sur le terrain de l'audace et de la solidarité. Elle garde encore, malgré les déceptions que sa politique des dix dernières années a causées, une place chère au coeur des peuples en lutte pour leur émancipation.

Cette nation qui, il y a plus de deux cents ans, proclama l'abolition des privilèges, la première abolition de l'esclavage, l'égalité du citoyen, ne peut définitivement pas être celle dont les présidents actuels dégainent avant de parler, et invoquent sans rougir la nécessité de « punir » avant de parlementer.

Nécessité de « punir » à géométrie fort variable puisqu'elle ne concerne pas un Idriss Déby au Tchad, ni les pétromonarchies qui ont financé et armé des fanatiques obscurantistes, ni encore Israël dirigée par la droite colonialiste la plus féroce faisant guerre sur guerre au peuple palestinien. C'est précisément parce que cela n'échappe plus à personne que ce discours, à la fois moralisateur et hypocrite, et la politique qui en découle sont devenus insupportables.

Notre politique extérieure doit s'extraire du double caractère cynique et manichéen que lui imposent son adhésion active et sa soumission à l'OTAN. Double caractère qui affecte notre Défense nationale. Coupée des citoyens, elle est privée de stratégie indépendante et de visée propre d'un chemin menant à une sécurité collective en Europe, dans le bassin méditerranéen et dans le monde : une sécurité collective qui devrait permettre des progrès substantiels en matière de désarmement, de dénucléarisation (de l'Europe et du Proche et Moyen Orient en tout premier lieu) et de lutte contre la prolifération et les armes de destruction massive.

Continuer de penser les relations internationales à la fois comme le champ d'affrontement entre le bien et le mal et comme un théâtre du relativisme permanent selon les collusions dans lesquelles on s'enferme, c'est penser le monde avec deux siècles de retard et contribuer à le rendre toujours plus instable.

Pour retrouver cette indépendance d'action et de pensée, notre pays doit sortir de l'OTAN tout en déployant un effort diplomatique sans précédent permettant de poser les bases d'accords de coopération et de sécurité communes avec tous les pays avec lesquels il partage une frontière, mais aussi partout où, sans de tels cadres, la paix s'avère impossible.

À la logique de la domination doit succéder la logique de la coopération, dont, je le souligne au passage, notre pays lui-même a aussi besoin pour sortir de la crise et se développer particulièrement sur le plan industriel.

La France peut potentiellement bâtir de véritables partenariats, fondés sur l'équité et la réciprocité avec tous les peuples du monde, partenariats qui contribuent à la construction ou la consolidation d'États et de puissances publiques démocratiques.

Il s'agit aussi de s'extraire des logiques bellicistes ou ethnocentriques des « alliances » et de bâtir des partenariats d'action et d'idées dans des cadres multilatéraux (climat, écologie, santé, sciences, énergie, communication, Internet, droits sociaux, industrie...) comme bilatéraux (éducation, formation, développement urbain et infrastructures, démocratie participative...) sans exclusive les uns des autres avec les États, de même qu'en encourageant substantiellement nos collectivités territoriales qui sont souvent à la pointe de la coopération internationale, et en travaillant avec de nouveaux acteurs comme les associations.

Sans une telle démarche en profondeur, il n'est pas de « lutte contre le terrorisme » qui vaille, la réponse militaire ne servant qu'à décupler la diffusion de ces réseaux criminels, activement soutenus régionalement par certains des alliés des Etats-Unis et de la France, et qui utilisent la religion comme faire-valoir.

Tournons-nous vers l'Europe, toute l'Europe y compris la Russie, tournons-nous vers l'Amérique latine, l'Afrique, le Proche et Moyen-Orient, l'Asie à l'image du protocole signé avec le Vietnam.

À ceux qui doutent de la faisabilité d'une telle ambition, qui disent que la France se trouverait seule, je veux leur dire de réfléchir plus en profondeur à ce que sont en train de réaliser les « BRICS » qui ne forment pas un « bloc », qui n'ont pas les mêmes potentiels, qui ne partagent pas le même régime politique, qui ne sont pas tous les 5 dirigés par des gouvernements de gauche mais qui savent prendre des initiatives communes telle que la Banque de développement qui constitue une réponse alternative qui peut intéresser, bien au-delà d'eux, les pays qui cherchent à se libérer d'un système dominé par le FMI, la Banque mondiale et le dollar.

L'avenir de l'humanité ne se situe pas dans une nouvelle multipolarité délimitant des zones d'intérêts antagonistes unies autour d'un leader. Si les dirigeants actuels de la France le comprenaient, l'acceptaient et décidaient de faire jouer un autre rôle à notre pays que celui d'une puissance en quête de nouvelles dominations mais de plus en plus à la remorque des Etats-Unis et de l'OTAN, des potentiels nouveaux émergeraient, à commencer en Europe même.

*

C'est le second aspect, l'action de la France pour une refondation de l'Europe.

Parmi les rendez-vous manqués, et même les duperies, de François Hollande, il y a eu l'abandon de toute renégociation du Pacte budgétaire, et au fond de toute ambition de réorientation de la construction européenne. Car si les dirigeants l'ont oublié, les Français n'ont pas oublié qu'ils avaient dit non au TCE.

L'un des premiers actes d'une France authentiquement de gauche devait être, à nos yeux, il y a deux ans, dans le contexte du divorce consommé que chacun constatait déjà entre la majorité des Européens et l'actuelle « Union » européenne, d'inviter officiellement toutes les organisations syndicales européennes, le mouvement associatif, les réseaux citoyens, et bien sûr les forces progressistes européennes intéressées à se réunir à Paris pour confronter leurs vues sur deux points : qu'est ce qui ne peut plus durer en Europe ? Quels sont les quatre ou cinq changements fondamentaux que, par-delà nos différences, nous souhaitons voir émerger dans la politique et le fonctionnement de l'« Europe » ?

Ce faisant, la France aurait adressé un message à tous ces citoyens et citoyennes des pays voisins bloqués dans leur désir de changement par le verrou européen, en leur montrant qu'une brèche de taille est en train de s'ouvrir dans cette forteresse, en libérant le plus largement possible le débat et l'initiative citoyenne et favorisant au maximum les convergences progressistes autour de quelques exigences fortes dont la France de gauche pourrait se faire l'avocate à l'échelle européenne.

En deux ans, et les élections européennes l'ont montré, le fossé en question n'a fait encore que s'élargir et, faute d'une perspective de changement de cette construction européenne sclérosée et malfaisante, la désespérance s'installe dans nombre de pays, à commencer par le nôtre, entraînant les périls que l'on sait pour la démocratie elle-même.

Miser sur les peuples ne veut pas dire, pour nous, compter sur l'émergence spontanée d'idées constructives et solidaires !

Il s'agit, au contraire, d'engager une bataille d'idées de très grande ampleur pour vaincre coûte que coûte l'offensive inouïe des forces les plus réactionnaires et obscurantistes, décidées à tirer profit du désarroi ambiant.

Rompre avec les politiques d'austérité est essentiel mais l'engagement français devrait se situer au-delà sur le terrain de la souveraineté économique, budgétaire, sur le terrain démocratique et des droits sociaux, humains et écologiques, et cela implique de refuser le Traité transatlantique, cet espèce d'« OTAN économique » qui va asseoir le pouvoir des multinationales sur les États.

La question européenne peut se rouvrir en grand avec la bataille que mènent nos amis grecs de Syriza contre la politique dictée par le mémorandum de la Troïka, si des élections législatives sont provoquées au printemps dans ce pays -ce qui est une forte probabilité- et remportées par Syriza, la question grecque deviendrait alors la question de toute l'Europe.

La France devrait se préparer à y répondre favorablement, comme elle devrait sur le plan européen comme international s'adresser à tout ce que le monde compte d'acteurs et de forces progressistes reconnus, d'esprits libres et ouverts, d'humanistes engagés prêts à apporter leur pierre à la conception de nouveaux modes de développement.

*

 

La troisième question est celle de la bataille de la France au service d'une ONU du XXIe siècle.

Le multilatéralisme, ce n'est pas discuter à plusieurs choisis entre soi et du même avis, décider à quelques-uns, et subir pour le plus grand nombre.

Le multilatéralisme, c'est affronter sur un pied d'égalité les problèmes auxquels nous sommes confrontés, assumer nos désaccords, nos divergences de points de vue voire d'intérêts, accepter l'adversaire voire l'ennemi à une table de négociation, rechercher ensemble des accords acceptables par tous fondés sur le droit international et la réciprocité, veiller ensemble à la mise en oeuvre des engagements respectifs, progresser ensemble.

L'interdépendance accrue qui marque notre siècle est, selon nous, une chance pour chaque peuple et toutes les régions du monde de construire leur destinée ; l'interdépendance et la révolution numérique appellent le partage et la solidarité internationale qui sont contraires à la logique dominante. La mondialisation est organisée par les puissances dominantes qui, en même temps, la présentent comme une menace pour justifier leurs logiques agressives.

La sécurité de notre pays ne dépend pas de notre force de frappe, de notre capacité de projection ni de notre arsenal nucléaire et capacité de dissuasion : tout le XXe siècle nous l'enseigne, la sécurité de notre pays dépend de celle de nos voisins jusqu'aux plus lointains. Et quand je dis « sécurité », j'entends bien tous les aspects du développement de nos sociétés. Et c'est la mission première de l'ONU que de créer les conditions de cette solidarité internationale garantissant à tous les peuples la sécurité en tous domaines. Cette mission est rendue impossible par le fonctionnement actuel de l'ONU.

2015 marquera le 70e anniversaire de l'adoption de la Charte des Nations unies et de la création de l'ONU. Cet anniversaire peut être le signal pour engager la bataille pour faire entrer dans une étape nouvelle l'Organisation aujourd'hui entravée par le poids exercé sur ses instances et sa politique par les plus grandes puissances mondiales. Le Sommet des G77+Chine qui s'est tenu au printemps dernier en Bolivie a affirmé la nécessité d'une démocratisation de l'ONU et d'une refondation sur ses principes fondateurs.

Le rôle de la France en qualité de membre permanent du Conseil de sécurité est de s'inscrire dans cette dynamique de transformation : réviser la composition et le rôle du Conseil de sécurité, revaloriser les prérogatives de l'Assemblée générale, revaloriser en les réformant les organismes, agences spécialisées et opérateurs des Nations unies à commencer par l'OIT, l'OMS et l'UNESCO, et en créer de nouveaux – tous tendus vers les objectifs fondateurs de la Charte : la prévention et la résolution politique des conflits, la résolution des problèmes économiques et sociaux pour le progrès de tous les peuples dans l'égalité et le respect des droits humains fondamentaux.

Dans ce même esprit, la France devrait repenser la « Francophonie » et penser autrement son propre rôle, même si elle en est un des principaux bailleurs. Cet espace politique, plus que culturel désormais puisqu'ont adhéré des pays non francophones à l'Organisation internationale de la Francophonie et que tous les pays ou régions francophones n'en sont pas encore membres, cet espace politique par la diversité de la composition de ses membres n'a pas d'équivalent. Mais il continuera de paraître abscons si sa mission n'est pas recentrée sur les enjeux humains, écologiques et sociaux, et son fonctionnement libéré du poids des puissances mondiales ou régionales.

Toutes ces nouvelles conceptions devraient présider par exemple au développement de notre action dans le dossier ukrainien pour créer les conditions d'une conférence de type Helsinki 2 – non seulement pour aider les Ukrainiens à résoudre la crise qui les déchire et à sauvegarder leur intégrité et unité nationale en respectant la diversité ethnique et culturelle du pays, mais aussi pour engager un processus de négociations en vue de l'élaboration d'un cadre de coopération et de sécurité communes en Europe, de l'ouest à l'Oural ?

De même, un véritable âge du multilatéralisme et de l'égalité des peuples devrait conduire la France à agir pour dépasser la conception actuelle des organismes tels que l'OMC, le FMI et la Banque mondiale, les sommets de G7 ou G20 dont sont exclus l'immense majorité des peuples de la planète.

Oui c'est à une révolution de cette ampleur qu'il faut s'atteler pour construire un monde de paix et de solidarité.

*

Chers amis,

Le rôle de la France et de notre diplomatie passe par un engagement réel en faveur du camp de la paix au Proche et Moyen-Orient en reconnaissant sans condition aux côtés d'Israël, l'État palestinien dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale. Le vote de mardi et celui du 11 décembre sont des rendez-vous historiques à ne pas rater, et le Président devra répondre présent à son tour.

Les faux fuyants ne sont plus de mise, cette reconnaissance et l'appui au développement de cet État constituent un des piliers sur lesquels fonder un avenir de paix et de développement dans la région. De même que le soutien aux forces progressistes kurdes de Syrie et de Turquie – les seules à mettre en oeuvre dans le Rojava et en Anatolie du Sud-Est des projets de société émancipateurs libérés tant des dictatures que des théocraties – plutôt que le soutien inconditionnel à un président islamo-conservateur qui trouve « naturelles » les inégalités homme-femme.

Partout dans le monde, ce sont les forces progressistes, démocratiques, créatrices qu'elles soient en responsabilité ou dans l'opposition qu'une France de gauche devrait soutenir ; c'est l'aspiration des peuples à leur émancipation, à la dignité, au développement qu'elle devrait entendre et prendre en compte.

C'est cette même aspiration qui traverse notre peuple, et à laquelle il faut répondre.

Merci de votre attention.

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