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CRISE POLITIQUE EN UKRAINE, OU EN EUROPE ?

Le 21 novembre 2O13, le président ukrainien Victor Ianoukovich prenait la décision -au Sommet européen de Vilnius- de suspendre les négociations sur un accord d’association de son pays avec l’UE ; puis de signer avec Vladimir Poutine un accord d’assistance financière, qui pourrait ouvrir la voie à une participation de l’Ukraine à une Union douanière avec la Russie .
Cette décision a été contestée par l’opposition de droite et d’extrême droite, qui tente depuis trois mois de créer un nouveau rapport de force vis-à-vis du pouvoir en exigeant par la pression de la rue ce qu’ils ne peuvent obtenir au  Parlement où  la droite et l’extrême-droite néo-fasciste et ultranationaliste sont minoritaires.
La situation s’est tendue à l’extrême après l’échec de la première motion de défiance déposée par toute la droite, en décembre, au Parlement et la radicalisation qui  s’en est suivi des deux côtés : répression accrue de la part du pouvoir et tentative de prise de contrôle du mouvement de protestation par l’extrême-droite en créant  une situation quasi insurrectionnelle lourde de danger pour un pays profondément divisé1.
Après les événements dramatiques intervenus début janvier faisant plusieurs victimes, le pouvoir a dû revenir sur l’abrogation par le Parlement de la loi du 16 janvier limitant le droit de manifestation et le chef du gouvernement a dû démissionner.

Depuis le pays reste dans l’impasse et toute avancée réelle pour résoudre  la crise actuelle nécessite d’abord le renforcement des conditions démocratiques d’exercice d’un dialogue entre un pouvoir très affaibli  politiquement et une opposition de plus en plus radicalisée, soutenue activement par les Etats-Unis et l’UE et n’hésitant pas à sortir du cadre de la légalité constitutionnelle pour tenter de revenir au pouvoir.
Le mécontentement d’une grande partie de l’opinion vis-à-vis du pouvoir ne s’explique pas uniquement  par la volte face du pouvoir concernant l’accord avec l’UE ; mais aussi par l’aggravation de la crise économique et ses importantes conséquences sociales dont le pouvoir et avant lui les politiques menées par les partis ultralibéraux de l’opposition de droite sont largement responsables sur fond d’autoritarisme, de corruption et de « guerre des oligarques », soumettant le peuple à une thérapie néolibérale de choc.
Dans un premier temps, le pouvoir en place avait d’ailleurs déclaré que «la décision de revenir sur l’accord avec l’UE et l’acceptation de l’aide financière de la Russie» était dictée exclusivement par des raisons économiques (le pays étant pratiquement en cessation de paiement).
Ce qui ne remettait pas en cause  les choix stratégiques d’une coopération poussée avec l’UE  ; alors que la pression mise du côté russe pour défendre ses propres intérêts et empêcher que l’Ukraine ne concrétise  ce rapprochement, montre bien que pour la Russie le partenariat oriental que l’UE veut engager avec l’Ukraine et cinq autres pays de sa périphérie - est  incompatible avec ses propres intérêts -politiques et économiques- inscrits dans son projet de création d’une Union régionale eurasiatique.
Ainsi l’expression du mécontentement en cours ne peut être interprétée ni comme une adhésion supposée des Ukrainiens à un partenariat économique et politique avec l’UE, ni à l’inverse comme le soutien à un renforcement des liens avec la Russie.
Sur fond de rejet de l ‘autoritarisme, de la corruption, les questions posées par la politique extérieure et de sécurité du pays,devraient faire l’objet d’un débat démocratique tranché par les ukrainiens eux-mêmes, sans pressions ni ingérences extérieures. Dans ce contexte, les communistes ukrainiens font preuve d’une très grande responsabilité.
Le PCUK porte un jugement sévère sur la manière dont le pouvoir a géré l’ensemble de la situation.
Il a condamné la répression des manifestations, tout en alertant sur le caractère ouvertement insurrectionnel des groupes radicalisés de l’extrême-droite.
Les communistes  demandent de profondes réformes sociales (nationalisations, refus des privatisations des systèmes de retraite et de santé) et démocratiques (réaffirmant le caractère parlementaire et une loi électorale plus juste, réforme de la justice…) cette politique leur avait permis de progresser nettement aux dernières élections.
Ils ont fait campagne pour que l’accord d’association avec l’UE, qu’ils rejettent ; tout  comme le partenariat avec la Russie qu’ils accepteraient - sous certaines conditions visant là aussi, à préserver les intérêts économiques et sociaux stratégiques du pays - puissent faire l’objet d’un référendum .
Ils ont récolté pour cela les 3 millions de signatures prévues par la Constitution. Le PCF soutient leur démarche et le PGE a également approuvé une motion en ce sens .
Lors du congrès du PC d’Ukraine, en juin 2011, le PCF avait souligné l’urgence –face aux politiques mises en œuvre par l’UE (austérité renforcée, mise sous tutelle des Etats membres, militarisme avec l’interventionnisme accrue de l’OTAN)- d’une alternative progressiste européenne permettant de sortir des politiques à travers lesquelles les dirigeants actuels de l’UE tentent d’imposer aux peuples  de nouvelles régressions sociales et démocratiques.
Nous soulignions , en particulier, combien cette politique pouvait avoir des conséquences sur la capacité de l’UE a engager des politiques dégagées de toute domination, aussi bien dans ce qu’elle considère comme sa sphère d’influence euro-méditerranéenne, que dans les types de partenariat, de politiques de voisinage, engagées, notamment avec la Russie .
Pour sortir de la crise actuelle (bilan catastrophique des politiques néolibérales d’austérité, reculs sociaux et démocratiques qui marquent les politiques de l’UE et qui ont eu de lourdes conséquences  pour les peuples européens) ; Il est temps que  l’UE comprenne qu’il n’y a pas d’accord possible avec l’Ukraine, tant qu’elle n’aura pas   redéfini  avec les pays de l’ancienne CEI, notamment la Russie  « une politique de voisinage nouvelle, substituant aux tensions et aux fractures héritées de l’histoire un partenariat de haut niveau et un Développement des échanges politiques économiques et culturels …dans un cadre de sécurité commune » (Texte PCF Convention Nationale du Projet « Refonder l’Europe »  revue du projet janvier 2014)
par José Cordon
Relations internationales
Europe
jcordon@pcf.fr
 

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