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De Bokassa au chaos : La France disqualifiée en Centrafrique

Jusqu'à présent, qui se souciait de la tragédie en Centrafrique ? Le délitement du pays, les souffrances du peuple, la violence et les exactions des groupes armés avaient lieu à hui-clos. Personne n'a trouvé à redire lorsque la Seleka, coalition rebelle mêlant grand banditisme et absence de projet politique, a pris la capitale, Bangui, le 24 mars dernier, sous l’œil de la force régionale, la Micopax, et des militaires français du détachement Boali. Est-ce parce que les richesses du sous sol peuvent attendre, tant le pays est enclavé et les infrastructures inexistantes ou délabrées ?

Mais l'effondrement depuis quelques mois s'est accéléré à tel point que les divisions communautaires et religieuses menacent de dégénérer en affrontements interconfessionnels. A cela s'ajoute le fait que la crise risque de s’étendre à toute la sous-région et d'en faire un terrain favorable au terrorisme. Quand le chaos se généralise, il devient gênant. C'est ce moment que choisissent les grandes puissances pour intervenir.

Une chose est sûre, il n'y a pas à tergiverser. Il faut agir pour protéger les populations, premières victimes des violences. Pour autant, nous ne pouvons donner quitus aux forces africaines et françaises qui devraient être chargées du rétablissement de la sécurité par une résolution des Nations unies.

La présence du contingent tchadien en RCA illustre à elle seule la nature des « conflits d'intérêts » en jeu. C'est en effet le dictateur Tchadien Idriss Déby qui a participé à défaire le régime centrafricain de François Bozizé, après l'avoir soutenu à bout de bras, pour le remplacer par celui de Michel Djotodia. Même si on ne peut prétendre régler le problème du pays sans le Tchad, c'est la prépondérance de ce dernier qui doit être remise en cause. Quant à la France, est-elle encore qualifiée pour participer à une future opération de maintien de la paix de l'ONU ? Laurent Fabius dans son discours à la communauté française à Bangui le 13 octobre dernier a prononcé, sans rire visiblement, cette phrase mémorable : « sachez que l'amitié traditionnelle qu'à portée la France à la Centrafrique, nous voulons la manifester de nouveau pour aujourd'hui et pour demain ». Parlons-en. Depuis des décennies, les relations entre Paris et Bangui n'ont été qu'une succession de coups tordus, parmi les plus rocambolesques et dramatiques de la Françafrique. Du couronnement délirant de Bokassa, autoproclamé empereur, en passant par les diamants offerts à Giscard. Les uns après les autres, les dictateurs ont été choisis et maintenus par Paris pour le plus grand malheur du peuple. « J'ai demandé à la France d'intervenir pour sauver les institutions » déclarait Ange Félix Patassé le 20 mai 1986. Paris promettait déjà de rétablir l'ordre et les institutions. On connaît la suite.

La France est disqualifiée en Centrafrique. Elle a perdu toute légitimité. Le Ministère de la défense achemine des troupes sur place dans l'attente d'un vote des Nations unies accordant un feu vert aux forces d'intervention. Heureux hasard du calendrier, ce sera à quelques jours du Sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique...

La vraie question qui se pose est celle de l'immédiat. Pour faire quoi ? Pour recommencer un cycle de domination-effondrement ? La France a une responsabilité écrasante dans cette tragédie. Elle a une dette considérable envers le peuple de Centrafrique. Pour ces raisons, elle doit se désengager sur le plan militaire. Elle devrait plaider pour une solution politique en faveur de la reconstruction du pays et de sa souveraineté, et agir pour un mandat d'une force d'interposition de l'ONU qui s'inscrive dans cette perspective.

 

Dominique JOSSE

Animateur du collectif Afrique du PCF

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