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Chine : jeu complexe à Pékin

contribution de Dominique Bari

« La réforme est à présent entrée en eaux profondes et doit naviguer vent de face », lançait Li Keqiang au printemps lors de sa nomination au poste de Premier ministre. à quelques jours de la réunion plénière (plenum) du Parti communiste qui s’est tenue du 9 au 12 novembre à Pékin,Yu Zhengsheng, membre du comité permanent du bureau politique, évoquait des mesures « d’une profondeur et d’une force sans pré- cédent ». Le président Xi Jinping, à la tête du pays depuis un an, avait averti : « La Chine est en train de transformer son mode développement et de réajus- ter sa structure économique ». Et de comparer ce conclave à celui de décembre 1978 piloté par Deng Xiaoping où furent décidées les « quatre modernisa- tions » et l’ouverture économique du pays.

Pourtant aucune décision spectaculaire n’a réelle- ment été annoncée et c’est plutôt une feuille de route résultant de compromis et visant « à obtenir des résultats décisifs dans les secteurs clé d’ici 2020 » qui a été adoptée sans bouleverser les grandes orien- tations du plan quinquennal de 2011 marqué par le basculement vers une croissance plus modeste (entre 7% et 8%) mais qualitative et tirée par la demande intérieure et l’innovation. Des ambitions d’une crois- sance plus sociale et d’un développement mieux par- tagé fragilisées par les coups de boutoir des partisans d’une libéralisation de l’économie chinoise capables de faire croire que la modernisation du système éco- nomique et productif est liée à un désengagement de l’État dans le champ économique et financier et au laisser faire des forces du marché. Ils n’ont pas caché leur déception à l’issue du plenum estimant qu’au- cune mesure « décisive » n’a été prise sur l’essentiel.

Le document final réaffirme les grands principes d’une construction du « socialisme à la chinoise » dans lequel le développement reste la clé de voute pour bénéficier à l’ensemble du pays. Il expose des mesures sociales pour remédier aux inégalités de plus en plus criantes : plusieurs formes d’aides seront mises en place au fil des prochaines années (assu- rance chômage, santé et vieillesse). Si le document final promet d’accorder un rôle croissant au marché et de renforcer le secteur privé, il y est dit que les autorités « maintiendront la prépondérance des sec- teurs économiques d’État et les laisseront jouer le rôle moteur », et que le privé et le public sont « tous deux des composantes importantes de l’économie socialiste de marché ».

Le projet de restructuration des entreprises publi- ques, celles-ci étant depuis plusieurs mois dans la ligne de mire des forces de droite leur reprochant d’être les principales bénéficiaires d’investissements fournis par les banques nationales, faussant ainsi le jeu de la concurrence avec le privé, semble bien avoir été retoqué.

Le China Daily (journal officiel en langue anglaise), qui annonçait en première page lundi dernier que les investisseurs privés pourraient acheter jusqu’à 15% des sociétés d’État, s’est vu recadrer le lendemain par l’agence officielle Chine Nouvelle. Le communiqué à l’issue du plenum n’en fait même pas mention. Il en est de même de la réforme foncière réclamée par les entrepreneurs privés qui mettrait un terme à la pro- priété collective de la terre et à la petite production agricole familiale, laquelle a su assurer la sécurité ali- mentaire de la Chine, au profit de vastes exploita- tions privées. Liée à la réforme de la propriété de la terre, celle concernant le permis de résidence (le hukou) de chaque citoyen chinois n’est pas évoquée dans le document final.

La prudence a été aussi de mise concernant la con- vertibilité du yuan et la libéralisation du système financier. à l’heure actuelle, le gouvernement teste cette voie d’une libéralisation accrue. Le récent lan- cement des opérations de la zone franche de Shanghaï est particulièrement significatif : les sociétés étrangères pourront y profiter du traitement réservé ailleurs aux nationaux. La convertibilité du yuan pour les transactions financières y sera mise à l’essai durant trois ans. Au sein du Comité central, tous n’y sont pas favorables. Des représentants des grandes banques d’État ont exprimé leurs craintes auprès des deux commissions de régulation boursière et ban- caire. D’autres voix rappellent qu’en conservant dans le giron de l’État des secteurs clés de l’économie, la Chine avait résisté aux tremblements financiers qui ont touché l’ensemble de la planète et conservé sa pleine souveraineté.

Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact de ce ple- num ni les conséquences sur la vie d’un milliard qua- tre cents millions de Chinois. Les décisions se con- crétiseront progressivement dans les années à venir et auront à tenir compte des réalités et des exigen- ces sociales et de leur expression publique.

 

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