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Djibouti : écouter le peuple pour sortir de l’impasse

Contribution de Mohamed Kadamy dirigeant du FRUD

La situation politique à Djibouti est dans une im- passe, le pays est en crise et en conflit larvé dans le nord et le sud-ouest. La région s’en trouve menacée.

Élection après élection, le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh a mesuré son isolement et l’hostilité populaire à son endroit. Par deux fois, il a survécu grâce aux fraudes massives, ce qui avait eu comme conséquence le boycott des élections par l’opposi- tion durant 10 ans.

Mais les temps changent. Une coalition électorale nommée l’Union pour le salut national (USN) s’est for- mée à la veille des élections législatives de février 2013, sous la pression populaire, mais aussi par la volonté de ses composantes. Le Front pour la restau- ration de l’unité et la démocratie (FRUD) a contribué aussi à cette unité. Cette opposition a été elle-même surprise par l’ampleur du mécontentement. Ce fut une « Bérézina » pour les partisans de Guelleh, à tel point que le pouvoir s’est refusé à publier les résul- tats généraux par bureau de vote comme le deman- dent officiellement l’Union européenne, la France et les États-Unis. Le truquage a été réalisé au vu et au su de tout le monde, il faut être des observateurs de la Ligue arabe et de l’Union africaine, pour ne pas avoir vu ces fraudes.

L’Union pour le salut national a établi son propre par- lement, dénommé Assemblée nationale légitime (ANL), estimant qu’elle a gagné 53 sièges sur 65 députés, ce qui est une décision somme toute sym- bolique. Suite aux recommandations de l’Union européenne et aux pressions discrètes des États- Unis et de la France, un dialogue s’est amorcé entre le pouvoir et la coalition USN, en août 2013.

La défiance est quasi générale sur le territoire à l’égard du pouvoir, y compris parmi ses soutiens tra- ditionnels et des manifestations pacifiques se pour- suivent. L’USN tient bon, même si la seule et unique réponse est une répression ininterrompue et féroce (éxecutions extrajudiciaires, arrestations et tortures, emprisonnements des dirigeants et simples militants politiques, pressions sur les enfants des militants).

L’accord préliminaire entre les deux parties a été interrompu le 21 septembre, le président de la République refusant de libérer les prisonniers poli- tiques comme il s’y était engagé.

Du point du vue du FRUD, même si les élections législatives ont mis à nu le roitelet, la preuve est faite

qu’il est irréaliste de vouloir déloger le dictateur de Djibouti uniquement par les voies des urnes. S’entê- ter dans cette voie, comme semblent s’y atteler quel- ques dirigeants au demeurant minoritaires au sein de l’USN, c’est se condamner à l’impuissance et favori- ser le chaos ambiant.

C’est pourquoi nous participons à notre manière à la mobilisation des campagnes contre le régime de Djibouti. Nous avons mené des actions militaires exerçant une pression sur le pouvoir de Guelleh, ce qui a obtenu le soutien de la majorité des dirigeants et des militants de l’USN, empêchés de manifester pacifiquement. Ces actions n’ont pas manqué d’inquiéter l’Ethiopie qui a mis à l’ordre du jour de la commission mixte de défense éthio-djiboutienne, du 23 au 26 septembre, la question de la sécurité à Djibouti et en particulier à la frontière éthiopienne.

Mais surtout nous sommes conscients qu’il est urgent de favoriser une convergence entre l’USN, le FRUD et les différents secteurs de la diaspora pour sortir de l’impasse. Nous y travaillons.

Jusqu’à présent, les bases étrangères n’ont favorisé que l’autoritarisme du régime de Djibouti. Ceux qui ont la mémoire longue se rappellent de l’interposi- tion de l’armée française en février 1992 qui a sauvé de la déroute militaire le régime de Djibouti face au FRUD.

Les retombées financières des bases militaires fran- çaise, américaine et niponne ne profitent qu’au cer- cle très proche du président. Alors que la situation des populations rurales reste dramatique: elles vivent une quasi-famine. Les régions d’Obock et de Yoboki sont les plus touchées.

La coopération entre la France et Djibouti n’a pas empêché les incursions des militaires éthiopiens sur le territoire de Djibouti, qui ont procédé à l’arresta- tion des citoyens djiboutiens, soupçonnés de soute- nir le FRUD.

La France doit sortir de sa tolérance traditionnelle, pour ne pas dire de sa complicité déconcertante, vis- à-vis des régimes africains dictatoriaux porteurs de gros risques. C’est le cas pour Djibouti, y compris pour l’ensemble de la région. Il faudra bien un jour respecter la volonté des peuples !

 

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