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Discours de Pierre Laurent à l'occasion de la visite de Sevil Sevimli au Conseil national le 9 mars 2013

Discours de Pierre Laurent

à l'occasion de la visite de Sevil Sevimli

au Conseil national

 

9 mars 2013

 

 

 

 

 

 

Ma chère Sevil,

 

C'est un vrai bonheur de t'accueillir ici, avec tous les camarades du Conseil national. Merci d'avoir répondu à notre invitation seulement quelques jours après ton retour en France.

 

Comme tu le sais, nous avons été très vite alertés de ton arrestation grâce à Danièle Lebail et les camarades de la Fédération du Rhône, ce qui m'a permis d'intervenir tout de suite au plus haut niveau et d'interpeller immédiatement le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Les camarades du réseau PCF Kurdistan ont fait preuve de réactivité et d'initiatives en se rendant plusieurs fois sur place, pour ton procès et en utilisant les réseaux sociaux. L'Union des étudiants communistes se sont aussi mobilisés et ont pour une large part contribué à faire connaître ton nom sur les campus de France.

 

Nous avons bénéficié pour cela de l'appui de ton comité de soutien et du courage de tes parents. Nous te prions de les saluer chaleureusement pour nous.

 

Maintenant que tu es de retour, nous pouvons te dire que nous avons été très inquiets, tant la première peine demandée de 32 ans de prison pour avoir manifesté un 1er mai, nous paraissait tout autant délirante que possible au vu des condamnations infligées aux milliers d'élus, avocats, journalistes, intellectuels, responsables associatifs, syndicalistes, féministes et étudiants, dont c'est le sort aujourd'hui en Turquie.

 

Je dis que tu es de retour et non pas libre, parce que tu restes menacée de 5 ans de prison. Alors Sevil, j'en prends l'engagement, nous irons jusqu'au bout à tes côtés pour obtenir ton acquittement ! Tu nous dis vouloir continuer la lutte pour la démocratie en Turquie, c'est aussi notre combat.

 

Nous aimons la Turquie, c'est un pays merveilleux qui recèle les trésors les plus anciens, c'est un peuple qui mérite, comme tous les peuples, écoute et respect, et la France a depuis longtemps des liens forts avec ce pays charnière entre l'Europe et l'Asie.

 

Mais le régime turc de M. Erdogan applique une répression féroce et aveugle, insensée et meurtrière contre tout ce qui ne le cautionne pas. C'est inacceptable !

 

Il a déclaré, je cite, « une guerre totale » contre ce qui représente un quart de sa population, contre le peuple kurde, qui ne cesse de réclamer la paix et la reconnaissance de ses droits, dans le cadre de la Constitution turque. Une guerre épouvantable, utilisant même, l'an dernier encore, l'arme chimique contre de jeunes civils.

 

Alors nous posons cette question au gouvernement français : comment ce gouvernement, qui a une conception si étrange de la démocratie et de la sécurité, si éloignée des valeurs de la France, comment pouvons-nous nous préparer à signer avec lui des accords de coopération policière au prétexte de la lutte contre le terrorisme ? car c'est la Turquie qui exerce un terrorisme d'Etat sur le peuple kurde et sur tous les progressistes ! Il faut bien que des voix s'élèvent pour dire cette vérité !

 

Cet accord de coopération participe en fait à traquer jusque sur le sol français, les opposants au régime turc. 17 militants kurdes viennent de passer trois semaines sur les bancs de la justice française en risquant de lourdes peine de prison, sans aucune preuve démontrée. Des locaux associatifs ont été déclarés interdits, d'autres sont menacés. Le président de la Fédération des associations kurdes en France a appelé le gouvernement à la protection des Kurdes, ayant reçu de nouvelles menaces depuis le triple assassinat, en janvier dernier.

 

Mais à l'occasion de la visite du ministre turc des Affaires étrangères, en février, un mois après l'assassinat de trois progressistes kurdes, cet accord a servi pour arrêter une vingtaine de militants de plus...

 

Ce texte signé discrètement dans un premier temps par M. Guéant en octobre 2011, puis proposé en projet de loi au mois de juillet dernier à la demande de MM. Ayrault et Fabius, devait être discuté et adopté la semaine dernière par la Commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale. Bien heureusement, et à force de débats et de mobilisation,la décision a été prise d'annuler cette réunion. La délégation composée de plusieurs associations et dont nous faisions partie, a dit a la fois son soulagement et le besoin absolu de maintenir la pression pour obtenir son annulation.

 

Je m'adresse donc à vous mes camarades du Conseil national en vous invitant à donner toute l'ampleur nécessaire à la pétition nationale que nous avons lancé. Cette pétition est un outil pour informer, expliquer, et arracher des succès :

 

Je le répète, nous voulons l' acquittement pour Sévil !

 

Tout à l'heure un rassemblement se tiendra place du Colonel Fabien organisé par les associations kurdes, pour exiger vérité et justice pour nos trois amies kurdes assassinées. Nous faisons nôtre cette exigence et le rappellerons lors de ce meeting par la voix de Sylvie Jan qui anime le réseau PCF-Kurdistan.

 

Nous demandons à la France de mettre ses accords économiques au service de la démocratie et du respect des droits humains.

 

Si elle le voulait, la France pourrait jouer un rôle de paix dans cette région du monde, en encourageant l'issue politique et le succès des négociations avec les représentants du peuple kurde.

 

Cela suppose la libération de M. Occalan, interlocuteur incontournable.

 

Pour mener cette campagne, il nous faut beaucoup, beaucoup informer, le silence des médias est pesant.

 

Nous avons un outil magnifique pour cela, je pense à la diffusion du film EZ Kurdim qui tourne en France, très efficace pour les temps de formation et les débats. Le secteur des Relations internationales est à votre disposition pour en faciliter l'organisation.

 

Sevil, ton combat pour la démocratie, les libertés, le droit de penser, de s'exprimer, de s'organiser est le nôtre.

 

Nous sommes disponibles pour continuer avec toi, comme tu le souhaiteras.

 

Un poème turc dit « Quelle que soit la froideur de l'hiver, le printemps revient ».

 

Le printemps est revenu avec toi Sevil !

 

Merci pour ton courage, et merci d'être là aujourd'hui !

 

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