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Comment développer un nouveau vaste mouvement anti-guerre et de paix pour le Moyen-Orient et la Méditerranée

Intervention de Pascal TORRE pour le Parti communiste français

Seule le pronconcé fait foi

UN MONDE DANGEREUX

La multiplication des crises
La situation internationale est marquée par de nombreuses crises porteuses de menaces pour l'humanité. Le capitalisme mondialisé aggrave les inégalités, les insécurités humaines et le sentiment d'humiliation. Il attise les violences, les guerres, les logiques de puissance et de domination à la source de l'interventionnisme et des opérations militaires.. Il provoque le rétrécissement démocratique, hypothèque la biodiversité et les conditions de vie sur terre.

Idéologies et logiques guerrières
Pendant longtemps, les relations internationales ont été dominées par des rapports de puissances dont la militarisation est le fondement. La domination de la puissance ne permet plus de résoudre les problèmes économiques, sociaux ou écologiques. Partout elle aggrave les problèmes généralisant la violence et les dégâts environnementaux.
Les conflits actuels s'enracinent moins dans les rivalités de puissance mais dans les conséquences de la mondialisation capitaliste qui enrichit les classes dominantes, lamine les couches moyennes et appauvrit les plus pauvres. Les guerres naissent de la décomposition des sociétés et des Etats. Les nouveaux conflits sont d'extractions sociales mobilisant des milices, des seigneurs de guerre plus que des armées. Cela contribue à la fragmentation et à l'émergence de sociétés guerrières.

Parallèlement se multiplient la bataille idéologique pour re-légitimer l'idéologie guerrière. Il faudrait se préparer à la guerre, multiplier les dépenses d'armement, les conflits préventifs à l'extérieur afin de défendre notre sécurité menacée notamment par le terrorisme.
La droite et l'extrême droite nourrissent un discours fondé sur la manipulation, les peurs, le ressentiment, l'exaltation de l'identité. Ils exaltent le culte de la force contre le droit et la démocratie.
Cela se nourrit d'une vision hiérarchisée  du monde dans laquelle une petite oligarchie de puissances, organisée dans des clubs (G7, G20), décide pour les autres, hors des Nations Unies.

Une nouvelle vague de militarisation
Sous l'impulsion des orientations ultralibérales, notamment depuis la crise de 2008, s'est développée une dynamique de re-militarisation intensive  pour peser dans le rapport de forces entre puissances. Elle vise à renforcer le monde occidental qui concentre l'essentiel des dépenses militaires.
Corrélativement, un vaste mouvement de désengagement des accords internationaux s'amplifie notamment de la part des Etats-Unis de Trump : nucléaire iranien, traité de non-prolifération, des Forces nucléaires intermédiaires, de l'Anti Balistic Missile, de la COP 21... Le commerce des armes bat son plein attisant et alimentant les guerres.
La France n'est pas en reste. Macron fait de la défense européenne le coeur de la renaissance du projet européen en augmentant le budget militaire à 2% du PIB comme l'exige l'OTAN. Paris est le 3ème vendeur d'armes au monde.

Le Moyen-Orient et le Maghreb dans la tourmente
Depuis le combat anticolonial, le Maghreb et le Moyen-Orient sont assomés par des guerres sans fin et la perpétuation des ingérences étrangères qui poussent ces régions dans une souffrance infinie : conflits Palestinien, Kurde, Sahraoui ; guerres en Afghanistan, Irak/Iran, au Liban, guerre du Golfe.

- L'échec du modèle de l'Etat-nation, qui a été imposé par les forces coloniales, constitue un facteur de déstabilisation majeur de la région alors que des peuples comme les Palestiniens, les Kurdes et les Sahraouis ont été privés de leurs droits politiques.

- Dans les années 80, le triomphe du néolibéralisme ont imposé le consensus de Washington et les plans du FMI qui se sont traduits par le saccage des services publics et la dilapidation des ressources et richesses nationales. Les élites arabes regardaient vers Washington trahissant le nationalisme et le soutien à la Palestine. Les libertés n'y ont rien gagné. Le néo-libéralisme s'est révélé désastreux pour les peuples. Le Maghreb et le Moyen-Orient constituent l'espace le plus inégalitaire du monde.

- La répression des forces révolutionnaires par des régimes autoritaires soutenus par les puissances occidentales a constitué une formidable appel d'air pour un islamisme politique qui a imposé partout où il était en situation de pouvoir des politiques ultra-libérales ainsi que des orientations régressives, obscurantistes écrasant toutes les libertés.

FAIRE GRANDIR LA CULTURE DE LA PAIX

Une nouvelle phase de la mondialisation
Pendant 40 ans le néolibéralisme a imposé ses lois catastrophiques. Depuis la crise de 2008 une nouvelle phase a débuté marquée par la volonté de faire payer au peuple la crise en réactivant partout l'instabilité, les logiques de guerre et les conflits armés. Ces politiques suscitent des rejets si bien que l'on peut considérer que nous sommes entrés dans un temps mondial de la contestation... même si celle-ci n'est pas toujours progressiste (néo-natioalisme, populisme). Des luttes portent l'aspiration à des transformations sociales en rejetant le néo-libéralisme ainsi que les systèmes de représentation politique. Ces luttes constituent des points d'appui pour faire prévaloir la démocratie, le respect des droits humains et la construction d'alternative dans un monde paix.

"Les printemps arabes" ont provoqué la chute des dictatures en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen. Elle conduit aussi à l'ébranlement de Bahreïn et de la Syrie sans parler des contestations au Maroc, en Algérie, en Irak ou au Soudan.

Certaines de ces révolutions ont accéléré la fragmentation des Etats (Yémen, Syrie). D'autres pays ont connu des contre-révolutions sanglantes (Egypte) avec un mélange de répression, d'injection d'argent en provenance des pays du Golfe et des concessions plus ou moins formelles alors que l'épouvantail des guerres civiles agissait comme une mise en garde faite aux contestataires.

Une deuxième vague de contestation débute en 2019. Ceux qui se faisaient des illusions sur la « stabilité retrouvée » dans la région ont déchanté. Le Soudan a abattu la dictature d'Omar Al-Bachir ; une vague de protestation massive, exceptionnelle par sa durée, sa créativité et sa radicalité se poursuit en Algérie. Le peuple irakien s'insurge comme les Iraniens et les Libanais en dépit d'une sauvage répression. On retrouve les mêmes mots d'ordre : « qu'ils partent tous ». Même les Egyptiens ont repris la rue en septembre. Tous exigent plus de démocratie, de liberté, de dignité, d'égalité témoignant de leur capacité à se penser comme une société de citoyens.

Pendant ce temps, l'état de violence se poursuit en Libye, au Yémen, en Syrie. L'alliance stratégique qui lie l'Arabie saoudite, les Etats-Unis, l'Egypte et Israël n'est pas prête de se dissoudre même si elle n'a plus la solidité d'antan. Les Etats-Unis après avoir rompu unilatéralement l'accord sur le nucléaire iranien et imposé des sanctions économiques drastiques à l'Iran provoque une dangereuse escalade et de nouvelles menaces de conflits. Le plan Trump pour la Palestine jette de l'huile sur le feu en voulant enterrer l'existence d'un Etat Palestinien.

Quant à la Turquie, tout en apportant son soutien actif aux organisations djihadistes, elle mène une politique répressive sans précédent . Elle a relancé la guerre ouverte contre le peuple kurde et poursuit son expansionnisme en Irak, en Syrie plus particulièrement au Rojava, et maintenant en Libye ouvrant un nouveau front en Méditerranée orientale. Elle occupe illégalement le nord de Chypre. La Turquie caresse des projets hégémoniques tout en s'estimant porteuse d'une mission historique.

Si les mouvements de 2011 et celle de 2019 marquent dans les pays en lutte un recul des forces djihadistes, la brutalisation des sociétés, les guerres continuelles ne peuvent que susciter leur résurgence et affaiblir les processus révolutionnaires.

Délégitimer la guerre et combattre le fatalisme
Il nous faut reprendre la bataille idéologique pour délégitimer la guerre. La course aux armements ne permet pas d'assurer la sécurité des citoyens. Depuis 2001, les guerres se sont multipliées (Libye, Syrie, Yémen, Sahel...) et la solution militaire est un échec total. Il faut donc concevoir des politiques alternatives.
Les anciennes puissances ne peuvent plus imposer leurs lois au reste du monde car celui ci a profondément changé. Les Etats-Unis après avoir semé partout voit leur influence au Moyen-Orient se réduire. Les tensions avec l'Iran, si elles accentuent les souffrances du peuple iranien, ne feront pas plier ce régime qui accentue sa répression contre les forces démocratiques.
Enfin la mondialisation créé en permanence des biens communs de l'humanité, par nature insécables, qui exigent de plus en plus des coopérations et des solidarités.
Il ne faut donc pas avoir une vision unilatérale du monde qui pourrait alimenter le fatalisme. Des efforts existent parmi les Etats, les mouvements populaires pour trouver des solutions solidaires et pacifiques. (ex : accord nucléaire ; Grèce/Macédoine du nord)

La paix un projet politique
Comme le soulignait Jean Jaurès : "L'affirmation de la paix est le plus grand des combats".
La paix est donc un projet politique au coeur des luttes émancipatrices. Cela passe par l'affirmation du primat du politique sur la force comme condition de la paix.
La paix est un élément incontournable de tout projet global pour l'humanité. Elle répond à l'urgence climatique et à l'exigence de justice. Elle exige de bâtir des logiques de coopération, de partage, d'entraide et de solidarité.
Cela ne peut pas se concevoir, notamment au Moyen-Orient et au Maghreb sans démilitarisation, une dénucléarisation et une diminution drastique des dépenses d'armement. Cela passe par tla dissolution de l'OTAN et contrecarrer l'ambition de Trump de bâtir une OTAN "arabe". Le TIAN est une perspective crédible d'un monde sans armes nucléaires. Il crée une nouvelle dynamique ratifiée par 122 pays en complément du TNP. Malheureusement la France et les EU ont pris la tête de la croisade anti TIAN.
Dans un monde plus inclusif, plus interdépendant, plus mobile, un nouveau multilatéralisme qui permet d'intégrer les Etats Nations dans l'espace mondial à égalité dans une ONU démocratisée est la seule perpective d'avenir. C'est dans ce cadre que l'on peut traiter la résolution des conflits, les questions climatiques, du développement et de la paix

C'est cela qui fait notre engagement internationaliste articulé sur les enjeux de notre temps.

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