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Iran: Tuer les opposants, une stratégie d'Etat

Les sanctions américaines, en faisant chuter les exportations pétrolières, frappent durement les ressources de l'Etat iranien et accroissent une paupérisation terrible de la population. Si Washington considère aujourd'hui que cette politique porte ses fruits, il serait bien hasardeux d'y voir une menace vitale pour le régime des mollahs. Non seulement cette politique renforce la branche la plus dure du régime mais elle soude un système archaïque, corrompu et inégalitaire qui dispose encore d'une large base sociale. La mort du général Ghassem Souleimani ne manquera pas de renforcer cette tendance.

Cette politique de pression américaine nourrit ces derniers mois une extrême violence du pouvoir contre toutes les formes de contestation. Celle qui a touché une centaine de villes entre les 13 et 15 novembre 2019 en est l'illustration. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour protester  contre l'augmentation du coût de l'essence mais ont exprimé aussi des revendications contre le régime lui-même. Ces mouvements ont été matés dans le sang et la terreur. Amnesty International estime à 304 le nombre de victimes dans des tueries qu'elle qualifie de monstrueuses tandis que l'ONU recense 7000 arrestations dont de très nombreux jeunes, étudiants, journalistes ou défenseurs des droits humains. La répression se poursuit par des enlèvements, des mises à l'isolement et la généralisation de la torture. L'ampleur de la répression constitue un tournant dans la mesure où la planification meurtrière est devenue une politique d'Etat.

L'acharnement du pouvoir contre les femmes, s'il n'est pas une nouveauté, devient central. Exaspérés contre leurs revendications, leur présence dans les manifestations ou leurs aspirations croissantes à la liberté, les religieux les prennent pour cible. Il s'agit de faire taire les femmes progressistes qui dénoncent la pauvreté, l'absence d'autonomie, le poids des traditions, les discriminations sacralisées, qui génèrent humiliations et souffrances. Les femmes sont devenues de véritables ennemies publiques lourdement condamnées pour avoir ôté leur voile ou contraintes à des aveux forcés sur les chaînes de télévision pour "leur traîtrise" ou "leur duplicité avec l'étranger".

Cette férocité se retourne aussi contre les universitaires étrangers amenés, dans des programmes d'échanges, à poursuivre leurs travaux sur le terrain. Il en va ainsi des deux chercheurs français du CERI, Roland Marchal et Farida Adelkhah détenus depuis juin 2019 sous le prétexte fallacieux d'espionnage et d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Ils sont victimes d'une détention arbitraire dont nul ne peut prédire la fin et de violations de leurs droits fondamentaux. Les interventions françaises pour obtenir leur libération ont à ce jour échoué.

L'impuissance de Paris sur le dossier iranien est devenue encore plus patente après l'échec de sa médiation sur le dossier du nucléaire. La diplomatie française s'est heurtée à l'intransigeance de Washington et à la conviction des iraniens que les occidentaux ne veulent pas entrer en conflit direct avec eux. L'Iran, qui avait jusqu'alors respecté scrupuleusement l'accord sur le nucléaire, répond désormais en faisant monter la pression. Elle est partiellement revenue sur ses engagements en matière nucléaire et se trouve dans les coulisses des bombardements des installations pétrolières saoudiennes. Ainsi Téhéran peut continuer à exercer des violences contre son peuple, multiplier les provocations et affirmer ses ambitions régionales. Mais peut être plus que les sanctions américaines, les mouvements des peuples, les foyers de contestations qui se développent dans son environnement proche comme en Irak ou au Liban, où les populations rejettent le confessionnalisme, inquiètent davantage le régime iranien.

Les sanctions économiques américaines, dont on peut douter qu'elles contribuent à renverser le régime, accroissent la souffrance du peuple iranien et la répression contre les forces démocratiques. La France et l'Union européenne doivent être à l'initiative pour être aux côtés des progressistes iraniens, exiger la libération des prisonniers politiques et notamment celle des chercheurs français. Cela nécessite aussi de prendre nettement leur distance avec la politique de D. Trump. Les esquisses d'alignement renforcé qui se sont  manifestées récemment ne pourront avoir que des conséquences désastreuses pour la paix et la démocratie.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient
 

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