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Réforme du CFA: la France à la manœuvre, la bataille pour l'indépendance économique et monétaire doit se poursuivre (PCF)

Emmanuel Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara viennent d'annoncer une refonte du Franc CFA. Il s'appellera désormais ECO et concernera les 8 pays membres de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). Les autres pays de la zone Franc CFA en Afrique centrale ne sont pas concernés.

L'objectif de cette réforme est multiple. Elle répond à l'hostilité croissante des populations africaines envers la politique française et les pouvoirs qui y apparaissent liés. Elle vise également à court-circuiter le projet de monnaie de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, dont 7 pays n'ont pas le CFA comme monnaie) qui était en pourparlers et devait s'appeler ECO...

Le projet a été construit loin des regards. L'annonce faite à Abidjan avec l'ultra-libéral Alassane Ouattara, installé par les chars français en 2011, ne doit rien au hasard. Une fois de plus, les peuples africains n'ont pas été conviés aux discussions. Ils auront tout juste le droit d'apprendre dans la presse ce que Paris, Bruxelles et quelques dirigeants africains bien choisis, ont décidé pour eux.

Les symboles les plus visibles de la domination sont abandonnés: l'UEMOA ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change au trésor français et il n'y aura plus de représentants français dans ses instances. Mais si le nom de la monnaie change, les amarres ne sont pas rompues.

Un nouvel accord de coopération monétaire sera signé par le ministre français des finances et le président du conseil des ministres de l'UEMOA. La nouvelle monnaie restera arrimée à l'euro. Cela a pour résultat de garder prioritaire la lutte contre l'inflation au détriment d'un véritable développement industriel, agricole et d'une politique de progrès social.

La «rénovation» du CFA laisse aussi de côté la question de la transférabilité qui permet aux entreprises notamment multinationales de soustraire leurs bénéfices aux pays africains, et fait l'impasse sur le manque criant d'échanges économiques entre pays africains. Enfin la France garde son rôle de «garant» de cette monnaie ce qui dans la pratique lui donne un rôle de gendarme monétaire autrement plus efficace que les quelques sièges dans les instances africaines auxquelles elle déclare renoncer.

Est-ce à dire que tout change pour que rien ne change? L'Etat français est à la manœuvre parce qu'il n'a plus le choix. Il tente de devancer l'aspiration grandissante des pays africains à la souveraineté politique et économique.

Alors que certains pensaient le FCFA comme immuable, ce qui vient de se passer à valeur de démonstration. Certes, ce n'est pas la réforme de progrès attendue par les populations. Mais les lignes bougent et il sera possible demain de gagner en souveraineté, de se défaire des griffes monétaires et dominations extérieures.

Un vaste chantier s'ouvre qui nécessitera implications et prises de consciences. En Afrique comme ailleurs la politique monétaire doit être mobilisée pour un véritable développement économique au service de l'humain et de l'environnement.

Le Parti communiste français, qui a apporté sa contribution dans le débat pour la sortie du FCFA, continuera de jouer ce rôle pour l'établissement de liens mutuellement avantageux entre nos pays et nos peuples.

Parti communiste français
Paris, le 25 décembre 2019

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