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Syrie: "Stopper les massacres dans la province d'Idlib (Ian Brossat)

 Le conflit syrien a déjà provoqué la mort de 370 000 personnes et jeté sur les routes plus d'un million de refugiés. Après les sièges d'Alep, de la Ghouta et l'invasion du Rojava, une nouvelle débauche de violence meurtrière frappe la province d'Idlib.

L'intervention russe, au côté de l'Iran et des milices du Hezbollah, a été déterminante pour sauver le régime dictatorial, corrompu et profondément inégalitaire de Bachar al-Assad. Dans le sillage des révolutions arabes de 2011, le peuple syrien s'est soulevé pour exiger des réformes de justice que le pouvoir s'est empressé d'anéantir dans une vague répressive sans précédent. La confessionnalisation rapide de l'opposition a contribué à détruire les forces démocratiques et à plonger le pays dans le chaos.

Dès 2015, Moscou a mis en place une politique de "désescalade" afin d'éradiquer les groupes djihadistes au prix de bombardements destructeurs tandis que Damas n'hésitait pas à utiliser des armes chimiques. La région d'Idlib, peuplée à l'origine de trois millions d'habitants, a été placée, dans cette configuration, sous la responsabilité de la Turquie qui avait la charge d'y désarmer les milices. Protectrice d'une kyrielle d'organisations djihadistes, elle a fait d'Idlib un sanctuaire de terroristes. L'un des avatars d'Al Qaïda, Hayat Tahrir al-Cham, a pris le contrôle de la région plaçant les populations sous sa férule obscurantiste et despotique.

La Russie et Damas, dans la perspective de retrouver la maîtrise du territoire, ont lancé une nouvelle offensive d'une sauvagerie impitoyable frappant durement les populations civiles. D'avril à août, une première vague a fait 1000 victimes et 400 000 déplacés. Depuis deux semaines, le déluge de feu a repris avec des bombardements et des affrontements au sol. Les populations martyrisées fuient les combats, en se dirigeant vers le nord, dans le dénuement, la faim, la souffrance et l'abandon total de la communauté internationale. On comptabilise 235 000 déplacés en quinze jours alors que les camps de réfugiés sont déjà surpeuplés.

Ceux qui commettent ces crimes contre l'humanité devront un jour rendre des comptes devant la justice internationale.

V. Poutine, en remettant en scelle le régime de Bachar al-Assad est parvenu à esquisser une macabre stabilisation de la Syrie, à devenir l'arbitre dans les dossiers régionaux et à s'imposer comme une puissance reléguant au Moyen-Orient l'influence diplomatique américaine. La Russie en retire déjà les dividendes en terme de puissance retrouvée et d'une influence économique croissante. Moscou n'hésite pas à écraser la volonté des peuples comme en témoigne le feu vert donné à la Turquie pour envahir le Rojava, briser les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ouvrant la voie au pillage, aux meurtres et au nettoyage ethnique dans la grande tradition ottomane. Moscou est également au coeur du trio des puissances régionales saoudienne, turque et iranienne qui se livrent à une compétition pour le leadership et qui prend une forme extrême en Syrie.

Les puissances occidentales feignent aussi de déplorer l'impuissance actuelle pour venir au secours des populations persécutées. Elles portent aussi une lourde responsabilité dans la situation d'aujourd'hui. Elles ont contribué à militariser et à internationaliser les affrontements nourrissant le djihadisme et les surenchères nationalistes notamment par des escalades militaires et des assassinats ciblés. En conscience, personne ne peut donner de crédit à leurs motifs humanitaires et à leur rhétorique punitive. Alors que la situation syrienne permet de mesurer en grandeur nature l'échec occidental au Moyen-Orient, désormais un silence pesant s'installe face aux crimes constituant une nouvelle capitulation et cachant mal le désarroi de ceux qui ne se résolvent pas à ne plus être les gendarmes du monde.

Alors que faire face aux massacres? La diplomatie française a tenté de jouer une carte originale qui ne porte aucun fruit. E. Macron a proposé une concertation entre les alliés de la coalition et l'organisation d'une grande conférence internationale. Or la coalition dans sa composition comme son existence même est en cause depuis que l'invasion militaire turque du Rojava. Quant à la conférence internationale, compte tenu du rapport de force, qui peut considérer un seul instant que la Russie, la Turquie et l'Iran soient disposés à jouer les conciliateurs?

La possibilité pour la France de peser sur le conflit syrien est nulle et elle le restera tant que Paris demeurera dans une logique de tutelle des puissances extérieures. Le multilatéralisme n'est pas la coalition mais doit rassembler tous les peuples pour contribuer à un règlement.

Certes, il est urgent d'obtenir un cessez-le-feu, l'acheminement de l'aide humanitaire et la protection des populations civiles, l'organisation des secours aux blessés et la garantie effective d'un accueil digne des réfugiés dans les pays limitrophes comme en Europe. Il faut agir vite et à la hauteur de la crise humanitaire qui se déroule sous nos yeux. Il s'agit d'une responsabilité morale et politique.

Dans un monde inclusif, interdépendant et mobile, ce n'est plus à la puissance brutale de faire la loi aux peuples.

Il est temps de mettre sur le chantier, comme en 1945 lors de la rédaction de la Charte des Nations unies, l'exigence de normes plus universelles dans lesquelles une gouvernance plus globale au sein d'institutions internationales démocratisées fera de la légalité internationale l'ardent promoteur de la paix du monde.

Ian BROSSAT
Porte-parole du Parti communiste français (PCF)
Paris, le 4 janvier 2020

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