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La royauté marocaine piétine tous les droits humains

Le procès et la condamnation de la journaliste Hajar Raissouni ont replacé avec brutalité sur le devant de la scène la question des droits humains au Maroc. Ce régime, qui ne manque jamais une occasion de valoriser son évolution prétendument moderniste dans le registre des libertés ou des droits des femmes, a de nouveau laissé éclater au grand jour sa nature profondément autoritaire.

L'affaire Hajar Raissouni

Hajar Raissouni a été arrêtée le 31 août 2019 et accusée d'avortement illégal, de débauche et de relations sexuelles hors mariage. Les médias aux ordres du pouvoir ont relayé abondamment ces informations dans le but d'humilier, de dégrader et de disqualifier auprès de l'opinion publique l'image de cette jeune femme, journaliste dans un quotidien indépendant Akhbar Al Yaoum.

Sans nul doute, l'écho de sa détention, n'est pas sans lien avec les opinions de sa famille et de celles du journal dans lequel elle travaille. Cette publication arabophone n'hésite pas à critiquer le roi et ses proches dans des affaires de corruption et de prédation économique. L'oncle d'Hajar Raissouni en est le rédacteur en chef mais il est aussi un membre actif de l'Association marocaine des droits de l'Homme. Le directeur du journal a été condamné voici peu à quinze ans d'emprisonnement... pour des affaires de moeurs. Selon l'ONU, ce procès fut totalement inéquitable.

De toute évidence, la royauté marocaine utilise de soi-disants affaires de moeurs pour faire taire, déstabiliser et éliminer ses opposants. Elle n'hésite pas à violer les droits des femmes lorsqu'il s'agit d'étouffer des voix dissidentes. L'affaire relative au journaliste Hicham Mansouri en est l'illustration. Son arrestation pour ce même prétexte a permis au régime de s'attaquer et de démanteler l'Association marocaine du journalisme d'investigation.

La grâce royale récente d'Hajar Raissouni, obtenue par une mobilisation d'ampleur des femmes marocaines, accentue la perception qu'à Rabat tout relève du bon vouloir du prince et non du droit.

Les procès de femmes et des LGBT

Les motifs de cette condamnation jettent une lueur sur la situation impitoyable faite aux femmes. Le Code de la famille de 2004 comporte un nombre considérable de dispositions discriminatoires pénalisant les relations sexuelles hors mariage ou l'avortement. En 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour "débauche" dont une très grande majorité de femmes. L'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin estime que le nombre d'interruptions volontaires de grossesse se situe entre 220 000 et 292 000. Selon les chiffres officiels, 73 femmes ont été condamnées cette même année.

Les lois rétrogrades et mysogines s'appliquent à bien d'autres espaces. Dans les zones rurales essentiellement, des milliers de mariages forcés de filles mineures et de jeunes femmes ont lieu chaque année.

Quant à la communauté LGBT, les témoignages de brimades et les condamnations à de lourdes peine ne connaissent aucun répit.

Il est de bon ton d'accuser une société conservatrice et patriarcale dans laquelle le poids du réligieux freinerait tout changement des mentalités pour faire des hommes et des femmes marocaines les premiers responsables de ces lois liberticides. S'il est vain de nier cette dimension, la propension à asséner ces vérités dans l'entourage des gouvernants vise à justifier un autoritarisme "éclairé". Mieux vaudrait consentir un tel régime qui prétend encourager des valeurs sociétales progressistes qu'une démocratie qui conduirait au pouvoir des forces relayant une idéologie "liberticide".

Abroger cet ordre législatif serait évidemment une avancée indispensable et décisive comme le réclame le "Manifeste des 490" mais n'épuiserait pas la question des droits humains... sur laquelle un certain nombre de signataires demeurent silencieux voire complices.

Des crimes contre les droits humains

Le contexte marocain se caractérise par le non-respect des lois et des libertés. Dans leurs rapports annuels, toutes les associations de défense des droits humains convergent pour dénoncer l'intolérance et la répression croissante de toutes les formes de contestation publique. Les manifestations font l'objet de violentes dispersions tandis que les exactions policières sont plus nombreuses comme en témoigne la mort de l'étudiante Hyat Belkacem abattue par des garde-côtes. Elles estiment qu'actuellement plus de 527 prisonniers politiques croupissent dans les geôles marocaines. A cela s'ajoutent des disparitions forcées et d'innombrables cas de torture. Ces messages sombres sur les libertés individuelles ont frappé durement les journalistes qui refusent d'être inféodés mais aussi les travailleurs des mines de Jerada.

Cinquante-trois membres du mouvement de protestation du Rif ont vu leurs peines confirmées par la Cour d'appel de Casablanca. Jugés pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat", Nasser Zefzafi et trois autres de ses compagnons devront purger 20 ans de prison alors que les autres peines vont de un à quinze ans.

Après la mort atroce du jeune poissonnier Moshine Fikri, les manifestants avaient réclamé la vérité sur son décès mais exigé aussi le développement de cette région abandonnée par le pouvoir.

Après quelques promesses, le roi Mohammed VI avait déclenché une vague répressive faisant deux morts et 400 arrestations suivies de parodies de procès. La dégradation de l'état de santé du prisonnier Rafie El-Abbak est particulièrement inquiétante. Encore une fois, le pouvoir marocain montre son vrai visage.

La répression atteint un niveau inégalé dans les territoires occupés du Sahara occidental. Les autorités marocaines empêchent les rassemblements en faveur de l'autodétermination  et se livrent à un travail d'obstruction systématique contre des ONG locales des droits humains. Les manifestants sont battus et les femmes sahraouies intentionnellement défigurées sous les coups. Quant aux prisonniers politiques sahraouis, ils sont dispersés sur tout le territoire, mis à l'isolement, torturés et privés de soins. Plusieurs d'entre eux, notamment ceux qui ont été condamnés après le soulèvement du camp de Gdeim Izik, sont à l'article de la mort.

Les droits économiques et sociaux sont aussi bafoués par le pouvoir marocain. En 2017, quinze femmes ont été piétinées dans une débandade alors qu'elles tentaient de ramasser des paniers alimentaires. Et que dire du délabrement total du système de santé et d'éducation...

Rien ne change dans la nature autoritaire du régime de Mohammed VI où la police, la justice et l'ensemble de l'appareil d'Etat sont des outils de répression contre toutes les formes d'opposition.

Pendant ce temps, la France poursuit sa complicité désastreuse avec ce régime corrompu qui piétine tous les droits humains. Sur la durée les conséquences risquent d'être funestes car le pouvoir de Rabat n'est pas un ilôt de stabilité dans un Maghreb en plein bouleversement. Les inégalités considérables et les atteintes aux droits humains sont des bombes à retardement. Paris serait bien inspirée de soutenir les forces démocratiques marocaines et notamment les Rifains et le peuple sahraoui qui constituent les piliers d'un changement démocratique.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient.

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