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Référendum Cuba : Une Constitution du peuple, pour le peuple

Le peuple de Cuba a voté pour le référendum constitutionnel ce 24 février, 124 ans après la reprise des luttes pour l'indépendance de la nation. Une journée de succès, avec une participation massive de plus de 81%. Il vient d’approuver une Constitution qui répond à son époque, qui est enracinée dans la réalité politique, économique et sociale cubaine actuelle qu'elle régit, qui actualise, complète, élargit de manière significative et substantielle le catalogue des droits.

60 ans déjà… En janvier 1959, les forces rebelles du Mouvement du 26 juillet, que conduisaient Fidel Castro, s'emparaient de la capitale La Havane, imposant pour la 1ère fois aux États-Unis – qui soutenaient la dictature de Batista – une défaite en Amérique latine en étant obligé de laisser une révolution populaire s'installer.

Cela aura été un des événements les plus importants du XXe siècle, porteur d’un espoir nouveau pour le mouvement progressiste d’Amérique latine et dans le monde entier. Au fil des ans, Cuba prouvera sa persistance contre les attaques incessantes impérialistes.

Le peuple cubain participera avec courage et fierté à la construction du socialisme, malgré le blocus commercial, économique et financier génocidaire imposé par la plus grande puissance impérialiste, les États-Unis d'Amérique. Organisé par ses dirigeants, il repoussera de nombreuses attaques de mercenaires de la CIA - comme lors de l'invasion de la Baie des Cochons en 1961 - montrant que la croyance du peuple dans les idéaux de la Révolution est plus forte que les armes des puissances financières.

Avec l’arrivée de Chavez au Venezuela, c’est une ère de conquêtes progressistes et de développement de toute la région qui verra le jour. Conquêtes devenues insupportables pour l’administration étasunienne et ses alliés. C’est ce qui explique aujourd’hui la contre-offensive des forces réactionnaires sans précédent sur le continent, usant de tous les artifices pour reprendre une à une, les gouvernances dirigées par des pouvoirs de gauche.

C’est dans ce contexte et un blocus de plus en plus prégnant sous l’administration Trump, que le président cubain Miguel Diaz-Canel a engagé le long chemin d’une nouvelle Constitution par un vaste processus de débat populaire où ont participé près de neuf millions de personnes dans 133 000 réunions dans des quartiers, des centres de travail et d'études. De fait le contenu de cette Constitution est l’émergence même des aspirations du peuple. Celle-ci sera approuvée à l'unanimité le 22 décembre dernier par l'Assemblée nationale du pouvoir populaire avant d’être soumise au vote des Cubains par référendum ce 24 février 2019.
La participation massive des électeurs vient de démontrer la volonté du peuple cubain à être maître de son avenir et à ne pas se laisser dicter par les forces impérialistes la voie à suivre. Ce sont donc 7 524 318 électeurs qui ont voté ce dimanche, soit 84% des inscrits. Un chiffre supérieur de 3% à celui de la deuxième phase des élections générales de mars 2018.

Ce scrutin aura mobilisé 24 297 bureaux de vote dans 12 513 circonscriptions, 198 bureaux spéciaux et plus de 400 000 personnes auront été engagées dans la tenue de cette journée dont les autorités électorales, les superviseurs, les coopérants, les écoliers, les services de réception et de traitement des résultats.
Par 86,85% des exprimés le peuple cubain vient d’approuver une Constitution qui répond à son époque, qui est enracinée dans la réalité politique, économique et sociale cubaine actuelle qu'elle régit, qui actualise, complète, élargit de manière significative et substantielle le catalogue des droits.

Dans son fondement, le texte ratifie le caractère socialiste de Cuba, le rôle dirigeant du Parti communiste dans sa société et reflète les changements intervenus dans la structure de l'État, l'expansion des droits et des garanties individuelles, le renforcement du pouvoir populaire à la base au travers des municipalités. Il reconnaît le marché, diverses formes de propriété, y compris la propriété privée et l'investissement étranger comme faisant partie de l'économie de ce pays, soumis à l'embargo américain depuis 1962. Il apporte une base légale à l'actualisation du modèle économique cubain initiée en 2008 par le président de l'époque, Raul Castro, qui a permis à des particuliers de lancer leur activité privée : ils représentent aujourd'hui 591 000 personnes, soit 13% de la force de travail. Si le nouveau texte réaffirme "le caractère socialiste" du système politique ainsi que le rôle dirigeant du PCC, la référence à la future "société communiste" est retirée.

Actuellement, Miguel Diaz-Canel est président des Conseils d’État et des ministres. Dans la nouvelle Constitution, il sera président de la République et aura à ses côtés un Premier ministre. Le mandat présidentiel sera de cinq ans et renouvelable une fois. L'âge minimum pour se présenter sera de 35 ans, le maximum 60 ans pour une première candidature. Le scrutin indirect est toutefois maintenu : le président est choisi par les députés, eux-mêmes désignés lors d'une élection populaire où il y a toujours le même nombre de candidats que de sièges.

Après le triomphe de la révolution en 1959, les homosexuels avaient souffert de discriminations. La Constitution veut leur tendre la main en définissant le mariage comme une union "entre deux personnes", sans en spécifier le sexe. La possibilité d'une réglementation future dans la Loi du mariage et de l'union de fait entre des personnes de même sexe reste donc ouverte.

En bref, il s'agit d'un projet de consolidation et de continuité d'un système socialiste, démocratique, prospère et durable qui pose les bases juridiques du développement du pays et contient l’essence du concept de Révolution de Fidel. Pour autant, une préoccupation est présente. Après le Brésil, la chute du Venezuela pourrait entraîner des conséquences graves pour les pays de la région, et pour Cuba en particulier avec qui l'Administration Trump entend réutiliser la méthode de l'affrontement direct.

Laurent Péréa
membre du Conseil national du PCF
responsable-adjoint des Relations internationales
chargé de l’Amérique latine
article publié dans CommunisteS du 26 férvier 2019

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