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Donald Trump : « les affaires d'abord », en Asie aussi

La poignée de main du 12 juin 2018, largement théâtralisée entre le dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) Kim Jong-un et Donald Trump, le président des États-Unis, a certainement été un événement sidérant par son caractère inédit et l'impact historique que pourrait porter ce geste à la fois inattendu et espéré depuis la fin de la guerre de Corée en 1953.

 

Cet acte a été précédé par un autre presque aussi important, la rencontre entre Kim Jong-un et son homologue sud-coréen, Moon Jae-in le 27 avril dernier à Panmunjom, sur la ligne de démarcation entre les deux Corée. Les deux chefs d’État s'étaient alors engagés à « faire des efforts conjoints pour éliminer concrètement le danger de guerre [planant] sur la péninsule coréenne » et à coopérer pour « instaurer un état permanent de paix sur la péninsule ».

Le communiqué commun Trump-Kim affirme essentiellement l'engagement de dénucléariser la péninsule. Kim Jong-un et ses deux prédécesseurs ont toujours déclaré que l'acquisition de l'arme nucléaire avait pour seul objectif la garantie de sécurité pour la Corée du Nord. Corrélativement, si cette dernière était assurée, la dénucléarisation était à l'ordre du jour. Dans ce sens, la poignée de main et le communiqué commun avec Trump est un succès de premier ordre pour Pyongyang. Il s'agit du même coup de la reconnaissance de l’État nord-coréen par Washington.

Pour Trump l'affaire est ficelée : « Il n'y a plus de menace nucléaire de la Corée du Nord. Rencontrer Kim Jong-un était une expérience intéressante et très positive. La Corée du Nord a un grand potentiel pour l'avenir » a-t-il déclaré à son retour à la Maison Blanche. On peut cependant s’interroger : en effet, l'action destructive que mène le président-promoteur immobilier contre le multilatéralisme, au profit du « deal » bilatéral, du fort au plus faible, l'a déjà conduit à renier la signature de son pays à plusieurs reprises.

Est-ce réellement la volonté d'empêcher la prolifération nucléaire qui préside à la démarche de Trump ? On peut en douter. Interrogé le 29 mars 2016 par la chaîne CNN sur la question de savoir qu'il n'avait aucune objection à un éventuel armement nucléaire du Japon et de la Corée du Sud, le candidat Trump répondait « nous serions mieux lotis si le Japon se protégeait lui-même contre ce fou de Corée du Nord, et, franchement, si la Corée du Sud commençait à se protéger elle-même ». Et à la demande du journaliste s'il lui agréerait que le Japon, la Corée du Sud, et – accessoirement – l'Arabie saoudite acquéraient l'arme nucléaire il répond « Cela arrivera de toute façon. (…) Ils vont l'acquérir ou alors il faudrait s'en débarrasser complètement. Mais il y a déjà tant de pays (…) qui la possèdent déjà. »

Pour Trump, il s'agissait donc simplement de « clouer le bec » au dirigeant nord-coréen. La question nucléaire ne serait donc qu'un prétexte pour la galerie, partant du fait que la puissance atomique états-unienne est irrépressible, d'autant plus qu'il vient d'en obtenir la « modernisation » pour les trente années à venir avec un budget de 1 700 milliards de dollars ! Stratégiquement, la seule concurrente sérieuse dans la région est, dans l'esprit de l'oligarque, la Chine. Pour le reste, l'hégémonie « fonctionne » à condition de ne pas hausser le ton comme ce « nain » nord-coréen avait osé le faire. « J'ai des immeubles en Corée du Sud » avait dit Trump, soulignant ainsi que pour lui et sa bande installée à la Maison Blanche le seul mot d'ordre, est, au risque de la destruction généralisée, « les affaires d'abord ».

Michel Muller
membre de la commission des relations internationales
article publié dans la Lettre des relations internationales de jeuillet 2018
 

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