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Les questions internationales au cœur des questions nationales à traiter

Face à la crise profonde d’un capitalisme et d’une mondialisation qui exacerbe les dominations, les humiliations et les exploitations, maîtriser ce qui se passe, tout comme les enjeux du moment, appelle à confrontation et débat afin d’appréhender en commun les choix politiques, voire les initiatives et les combats à engager pour faire un bond qualitatif vers l’émancipation humaine.

Nous savons bien qu’il ne s’agit pas d’élaborer par du copier/coller, qu’il faudra prendre en compte la diversité internationale des contextes, des expériences, des luttes révolutionnaires et progressistes, tout comme des conditions différentes, souvent plus difficiles ou plus violentes que nous ne les vivons nous-mêmes. Les logiques d’aliénation du capitalisme mondialisé portent en elles une cohérence et des finalités semblables, mais les angles d’attaque pourront prendre des voies différentes.

Au moment où l’Europe est confrontée à une crise migratoire dramatique, l’administration Trump affiche un visage des plus réactionnaire sur cette question. Elle s’inscrit dans une logique de mise en cause permanente du multilatéralisme. Après la fin du monde bipolaire et les espoirs de relations internationales plus coopératives, le retournement semble complet : revanche des intérêts nationaux, crispation des souverainetés, blocage du conseil de sécurité des Nations-Unies, rupture d’accords internationaux… Malgré quelques résistances antihégémoniques exprimées dernièrement, Donald Trump mène la danse. Il amplifie la contagion du « chacun pour soi » dans un environnement où la lente construction de la confiance réciproque cède à l'arrogance des prétentions unilatérales et au bilatéralisme de combat.

La période est critique. Chaque jour apporte son lot de déconvenues. L'efficacité des institutions internationales est contestée, le protectionnisme reprend de la vigueur et des formes de nationalisme autoritaire bourgeonnent ici ou là. L’arrestation des camarades de la délégation du PCF lors des élections en Turquie est un exemple de cet autoritarisme si proche.

Pour autant, nous dépendons toujours plus les uns des autres. Soit nous prenons conscience de cette dynamique historique et nous l'accompagnons pour lui faire produire le meilleur, soit nous l'ignorons, et ce sont les traumatismes auxquels il faut se préparer qui se chargeront de nous rappeler ce que certains apprentis sorciers n'ont pas voulu voir.

La paix elle-même n’aura jamais été aussi menacée. Pourtant, cette exigence de « paix » peut être écrasante si nous admettons cette simple vérité que, dans un monde interdépendant, la sécurité de l'un dépend de la sécurité de l'autre, et qu’il y a donc des réponses communes à construire et des initiatives communes à prendre, des outils et des espaces collectifs à investir.

Cette menace permanente sur la paix prend des formes multiples : guerre économique et financière, guerre démocratique qui s’attaque aux souverainetés populaires, loi du plus fort, du chacun pour soi, qui unit polarité, ingérences, coups d’État institutionnels, judiciarisation de la vie politique. Ce sont les nouvelles armes des néolibéraux, sur tous les continents, de manières différentes, mais toujours cohérentes.

D’un côté, les ultralibéraux tentent de préserver le système en cherchant à tirer la couverture à eux, de l’autre, les ultranationalistes dressent les États forteresses, le protectionnisme comme remède aux questions sociales sans jamais mettre en cause les accords de libre échange.

Leur inquiétude : que les colères prennent le pas sur les politiques et réactivent le besoin d’intervention des peuples, que la citoyenneté réinvestisse le champ politique.

La nécessité de travailler aux ingrédients de l’espoir et de l’alternative est devant nous. C’est ce que nous avons besoin de faire, les uns et les autres –  chacun là où il est engagé et milite –, afin de donner voix et de traduire en actes et en sens l'action internationale, afin de rassembler, de mettre en mouvement, de peser sur le cours des choses.

La phase actuelle du capitalisme marque de son sceau la mondialisation mais l’interdépendance des États et des nations qu’elle entraîne peut être aussi le socle de solidarités nouvelles. Ces liens peuvent accroître les capacités de développement des sociétés. Le capitalisme peut être dépassé par des processus qui allient luttes politiques, sociales, citoyennes et batailles idéologiques ; la domination capitaliste sur la mondialisation n'est pas non plus indépassable.

Nous le constatons en France où se développent de nombreuses luttes dans le public et dans le privé, où se cherchent les convergences, le rassemblement, la construction commune des forces sociales, politiques et citoyennes progressistes et de gauche, afin d’ouvrir une réelle perspective politique de développement humain.

C’est pour cela que le partage des expériences et la vision la plus juste des questions internationales peuvent être, à l’aune de notre congrès extraordinaire, une contribution fertile, pour les luttes émancipatrices concrètes, chez nous comme sur les autres continents.

Laurent Péréa
responsable adjoint du secteur international
édito publié dans la Lettre des relations internationales de juillet 2018

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