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Migrants : Il est temps d’en finir avec la surenchère sécuritaire

Alors qu’en Europe les forces de la droite la plus extrême se renforcent, Matteo Salvini, leader d’extrême droite de la Ligue et ministre de l’Intérieur italien, vient de bloquer des ports italiens aux migrants ; l’Aquarius en étant le premier exemple. Cela a provoqué indignation et stupéfaction parmi les ONG et les forces de progrès, mais une indifférence notoire parmi les gouvernants de l’UE, à commencer par la France. A contrario, le choix du nouveau gouvernement espagnol témoigne des possibilités d’imposer des critères d’humanité et de solidarité dans la gestion par les États de ce qu’il est convenu d’appeler la crise migratoire.

L’Aquarius met en lumière les conséquences des politiques désastreuses d’un capitalisme source de guerres et de conflits, où les migrants en sont les principales victimes. Près de 15 000 migrants ont péri en Méditerranée en trois ans (selon SOS Méditerranée). Sous l’égide ou avec le consentement des gouvernements de l’UE, l’on assiste à un véritable crime contre l’humanité, commis en violation des règles du droit international et du droit maritime.

Depuis la première crise migratoire en 2015, les politiques de l’Union tendent à consolider une « forteresse Europe » avec le traçage de deux types de frontières : l’une à l’extérieur de l’UE (murs, barbelés, centres de rétention, militarisation des opérations en mer, politiques sécuritaires accrues et pressions sur les pays de transit), l’autre au sein même de l’UE pour empêcher les migrants pénétrant dans l’espace européen de pouvoir y être accueillis dignement et avoir la possibilité de reconstruire leur existence.

Les accords de Schengen et les règlements de Dublin (qui font peser tout le poids de l’accueil sur les pays d’entrée) sont mis à rude épreuve.

Le Conseil européen des 28 et 29 juin prochains, à la veille du début de la présidence tournante de l’UE par l’Autriche, va se tenir dans un contexte politique extrêmement tendu, avec au cœur les questions migratoires et le risque de surenchère sécuritaire.

Après avoir dénoncé le « cynisme et l’irresponsabilité » du gouvernement italien, Macron a reçu le Premier ministre italien Conte dans la perspective d’un accord pour une solution intégrée à la question migratoire. Tout démontre qu’il sera difficile de trouver un accord unanime au Conseil européen : l’idée de relocaliser les titulaires du droit d’asile (les répartir entre tous les États européens) va se heurter à l’offensive des forces de la droite extrême, sans qu’il n’y ait vraiment de résistance Rappelons-nous que la France, par la « loi asile immigration » de mai 2018 - que le PCF a caractérisé de projet « indigne de la France » -, a réduit les possibilités d’asile, raccourci les délais de recours, renforcé les contrôles en augmentant à terme le nombre d’expulsés et doublé la durée maximale de séjour en rétention dans la perspective de l’expulsion. Loi votée alors qu’elle est à la traîne sur le programme dit de « relocalisation » initié en 2015 par l’Europe pour répartir les demandeurs d’asile entre les États membres de l’Union (25 % de son objectif fixé). Et ce sur fond de fermeté et de violence policière (dénoncée par OXFAM), que les migrants sont refoulés à ses frontières par la police française (Bardonecchia, Vintimille). Elle donne du grain à moudre à une partie de la droite de plus en plus radicalisée (Vauquiez, le Pen...).

Alors que la marche des migrants partie de Vintimille en direction de Calais a fait halte à Paris ce dimanche 17 juin avec le soutien de 6 000 manifestants, Marie-Christine Vergiat (députée européenne) et le PCF ont réitéré plusieurs pistes immédiates pouvant être examinées par le Conseil européen : reprendre la proposition sur la réforme du règlement de Dublin visant à créer un mécanisme de solidarité à partir de la situation différente des pays et des personnes – de leur langue, de la présence éventuelle de leur famille dans tel ou tel État. Concernant la sécurité des migrants, il faudrait réorienter les missions de Frontex vers le sauvetage et l’ouverture de voies légales ; permettre aux différents acteurs de la protection des migrants de pouvoir le faire avec un maximum de sécurité.

Nul doute que certains vont faire de la question migratoire le centre de gravité de la campagne des européennes de 2019. C’est pourquoi les communistes français s’emparent déjà du « Manifeste Migrants » qu’ils ont initié comme contrepoison à la bataille idéologique en cours et en termes de propositions mettant l’humain au cœur de la société.

Laurent Péréa
membre du Conseil national du PCF
responsable adjoint des Relations internationales
article publié dans Communistes du 20 juin 2018