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Brexit : les droits du peuple irlandais doivent être respectés

La réunion du Conseil européen le 14 décembre prochain sera cruciale pour la mise en œuvre du Brexit. La question de l’avenir de l’Irlande en est un des éléments fondamentaux. L’opposition de la majorité du peuple irlandais, aussi bien du Nord, où 56 % des votants se sont exprimés contre le Brexit, que du Sud, à voir s’établir une frontière « dure » à travers l’île doit être respectée. Les droits du peuple irlandais ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel d’un éventuel accord financier entre l’UE et le gouvernement de Theresa May, qui ne tient que par une alliance parlementaire avec les unionistes ultra-conservateurs du DUP d’Irlande du Nord.

Le danger est réel, alors que l’Irlande traverse une crise politique majeure. Au Nord, les élections régionales de mars 2017 ont montré une forte progression de nos camarades républicains du Sinn Féin (SF). Depuis, le DUP mène une politique d’obstruction à la constitution d’un gouvernement régional. Ce pourrissement voulu de la situation renforce le risque d’un retour à des pratiques discriminatoires. Le SF défend un programme d’égalité pour tous « contre le sectarisme ». Au Sud, le gouvernement minoritaire conservateur de Leo Varadkar ne tient qu’à un fil, surtout après la démission, le 30 novembre, de la vice-première ministre Frances Fitzgerald, accusée de faire taire des cas de violences policières. De nouvelles élections sont donc possibles en 2018. Le SF, lors de sa conférence annuelle qui s’est tenue en novembre, s’est déclaré disponible pour gouverner en cas de victoire ou de forte progression aux élections.

L’enjeu pour le peuple irlandais est majeur. Une majorité des Irlandais du Nord s’est prononcée contre la sortie de l’UE. Cela implique l’établissement d’un statut spécial pour l’Irlande du Nord permettant le maintien de la liberté de circulation et de la citoyenneté européenne dans toute l’Irlande. Tout renforcement de la frontière reviendrait à remettre en cause les accords du Vendredi saint de 1998. Or, c’est bien cela que recherche le DUP, qui fait pression sur Theresa May contre le statut spécial pour l’Irlande du Nord. Le gouvernement français doit intervenir auprès de l’UE et de ses homologues de Londres et de Dublin en faveur de l’introduction du statut spécial et de l’inclusion des accords du Vendredi saint dans l’acte final du Brexit.

La perspective de la réunification de l’île se dessine à nouveau. Sans statut spécial, il conviendra de poser la question, comme le fait le SF, d’un référendum de réunification, qui serait alors le seul moyen de faire respecter les accords du Vendredi saint. Dans tous les cas, la connexion établie entre les deux parties de l’Irlande ne peut être interrompue par le Brexit, et la réunification de l’Irlande sous forme d’une république assurant le respect des droits sociaux et démocratiques et de l’égalité pour tous est aujourd’hui crédible. Un pas important serait l’établissement d’un système de santé gratuit unique pour tous les Irlandais, comme le propose le SF.

La question irlandaise est une question européenne. La manière dont l’UE traite la volonté des Irlandais à demeurer dans un même ensemble politique sera révélatrice de la manière dont elle traite les droits souverains et démocratiques des peuples.

Vincent Boulet
membre PCF du comité exécutif du Parti de la gauche européenne
article paru dans Communistes du 6 décembre 2017

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