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Togo : Le départ du dictateur Gnassingbé est la seule issue, l’attitude de la France scrutée avec attention

Le Togo est en ébullition. Les manifestations organisées par l’opposition politique se multiplient depuis le 19 août pour réclamer le départ du dictateur Faure Gnassingbé. Elles ont rassemblé des centaines de milliers de Togolais. Une violente répression s’est soldée par au moins 16 morts, de très nombreux blessés, des centaines d’arrestations. Des milices émanant de l’armée font régner la terreur, détruisant les biens de familles d’opposants. Des témoignages glaçants sur les exactions commises confirment que les méthodes fortes ne changent pas dans ce pays considéré comme l’une des dernières dictatures d’Afrique de l’Ouest. Installés et soutenus par l’État français depuis 50 ans, les régimes du père, Eyadéma décédé en 2005, et du fils Gnassingbé sont responsables de milliers de morts. Ils ont érigé un État policier où l’armée à fait main basse sur l’économie, en complicité avec de grandes multinationales, générant une grande pauvreté et de très fortes inégalités. Trafics, crimes économiques et crimes de sang ne font qu’un au Togo. C’est ce régime que le peuple togolais tente d’abattre courageusement.

Le départ du dictateur est la seule issue, et le plus vite sera le mieux. La coalition des 14 partis de l’opposition demande la démission de Gnassingbé, une limitation à deux mandats présidentiels et l’instauration d’un scrutin à deux tours.

C’est cette perspective que les chancelleries doivent intégrer. Le régime togolais manœuvre pour gagner du temps, car il craint un scénario similaire à celui du Burkina Faso en 2014 où une insurrection populaire a chassé l’autocrate Blaise Compaoré. Mais quelle crédibilité a-t-il, alors que l’Accord politique global signé en 2006 par l’ensemble des forces politiques togolaises n’a jamais été appliqué ? Quelle légitimité possède Faure Gnassingbé, alors qu’il a piétiné la Constitution et organisé un simulacre d’élection pour hériter du pouvoir et s’y maintenir dans la violence ?

De ce point de vue, l’attitude de l’État français est scrutée avec attention, tellement les rapports ont été incestueux avec la dictature. Le Président de la République et le gouvernement ne peuvent pas tenir un discours sur la fin supposée de la Françafrique et agir à l’inverse.

La France détient une des clefs de l’issue inéluctable qu’attendent les Togolais et les peuples de la sous-région. Au nom du peuple français qui ne veut pas se retrouver complice des exactions commises, le Président de la République et le gouvernement doivent prendre d’urgence les mesures qui s’imposent : ils ne peuvent plus, alors que des manifestants meurent sous les balles, se contenter d’appeler « les parties à l’apaisement et à entamer un dialogue ». Ils doivent envoyer des signaux forts, à commencer par la suspension de toute coopération avec la police et l’armée togolaises. Des conseillers militaires, du financement et du matériel français sont utilisés par des forces responsables d’exactions. La vente au Togo d’hélicoptères français de type Gazelle est envisagée par le Premier ministre pour un contrat de 20 M¤. Sous la précédente mandature, Jean-Marc Ayrault avait suspendu cette vente, de peur que le matériel soit utilisé contre des civils. Le maintien de coopérations et de ventes d’armes à la dictature togolaise est-il le signe de la « realpolitique » assumée en 2011 par la ministre Michèle Alliot-Marie devant l’Assemblée nationale ? Elle proposait au dictateur Ben Ali en proie à une insurrection populaire que « le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Depuis 50 ans, le « savoir-faire » français a profité à la dictature togolaise. Il est temps d’y mettre un terme. !

Collectif Afrique du PCF
article publié dans Communistes du 15 novembre 2017

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