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Forum de São Paulo : face aux difficultés, avancer vers l’unité

Du 15 au 19 juillet dernier s’est tenue à Managua, capitale du Nicaragua, la XXIIIe rencontre du Forum de São Paulo (FSP), qui réunit partis et mouvements de gauche de l’Amérique latine et des Caraïbes. Les 332 délégués présents, représentant vingt-deux pays de la région, ainsi que les invités d’Europe, d’Asie et d’Afrique, y ont débattu des défis posés aux forces populaires et progressistes, dans un contexte marqué par la poursuite de l’offensive des droites et de l’impérialisme.

La situation au Venezuela a été au centre des discussions. Tout en reconnaissant les limites et les erreurs de la révolution bolivarienne, le FSP a apporté son soutien unanime au président Nicolás Maduro et au processus d’Assemblée nationale constituante, saluant dans une résolution le fait que celle-ci « élaborera une nouvelle carta magna soumise à référendum, établissant les conditions pour une réconciliation nationale fondée sur la justice ». Le Forum salue également « l’appel réitéré du gouvernement bolivarien à initier le dialogue constructif pour la paix, avec la coopération du pape François et du Groupe de pays amis » et renouvelle son « appui sans réserves au dialogue national entre toutes les forces politiques et sociales » ainsi que son « rejet de toute politique interventionniste sur la République bolivarienne du Venezuela ».

Afin de manifester la solidarité du continent, le FSP a également appelé à une journée d’action sous le mot d’ordre : « Venezuela, cœur de l’Amérique ».

Face à cette situation compliquée, quelques avancées et signes positifs sont néanmoins à relever. La présence d’Óscar López Rivera, militant indépendantiste portoricain, récemment libéré par Barack Obama après près de trente-cinq ans passés en prison. Véritable symbole de la résistance des peuples latino-américains et caribéens à l’impérialisme, toujours engagé pour la liberté de son pays, il a été chaleureusement salué par l’ensemble des délégués et décoré de l’ordre Augusto César Sandino au grade de la Bataille de San Jacinto, la plus haute distinction nicaraguayenne, des mains du président Daniel Ortega.

La présence de Rodrigo Granda, responsable des relations internationales au sein de l’ex-guérilla colombienne des FARC-EP, revêtait également une grande signification. Cette première participation de l’organisation insurgée, rendue possible par la signature des accords de La Havane en septembre 2016, représente une étape importante dans la convergence des forces de gauche en Amérique latine, démontrant qu’en dépit des campagnes de diffamation les qualifiant de « narcoterroristes », les FARC-EP font partie intégrante du mouvement révolutionnaire continental. Leur présence est de plus une étape supplémentaire dans la constitution de la région comme « zone de paix ».

Les graves difficultés actuellement rencontrées par les gouvernements progressistes en Amérique latine ont amené les participants du FSP à réfléchir de façon approfondie sur la question de l’unité et sur les stratégies de prise et d’exercice du pouvoir. Ces thématiques sont au cœur de l’activité du FSP depuis sa fondation par Fidel Castro et Lula en 1990, moment de repli historique des forces progressistes et d’hégémonie capitaliste et néolibérale.

Une étape importante a été franchie dans ce sens avec la publication du premier document programmatique du Forum : le Consenso de Nuestra América (Consensus de notre Amérique). Fruit d’échanges réguliers entre différents centres de réflexion et écoles de formation de partis-membres, le CdNA se donne comme objectif principal de « promouvoir l’unité » et d’« obtenir une importante capacité de rassemblement de par son contenu, opposé à toute forme de sectarisme et autres attitudes pouvant contribuer à notre fragmentation ». Il se positionne ainsi explicitement comme instrument d’une nouvelle hégémonie, opposée au célèbre consensus de Washington, véritable catéchisme de l’âge d’or du néolibéralisme.

De même que celui-ci visait à donner des outils au capitalisme afin d’élaborer des réformes lui permettant de rétablir ses profits, le CdNA est un instrument de travail et de débat, à destination de l’ensemble des forces progressistes, dans leur diversité tant géographique qu’idéologique. Pour Daniel Martínez (Parti du travail, Mexique), il est un processus dialectique, de recherche permanente, impliquant capacité analytique, critique et autocritique, visant à établir un noyau de valeurs communes unissant la gauche, se distinguant de celles de la droite, et à partir duquel orienter les politiques de chaque organisation au plan national. Il ne s’agit donc pas d’un programme de gouvernement, mais de lignes d’action partagées permettant d’avancer vers l’unité, condition indispensable de l’émancipation, comme l’a rappelé Jorge Arias (PCC, Cuba).

La prochaine rencontre du Forum, qui se tiendra à La Havane en 2018, sera l’occasion d’évaluer la première phase de diffusion et de discussion du nouveau Consensus. Concluant la présentation, Carlos Alejandro (Frente Amplio, Uruguay) rappela les mots du dirigeant tupamaro Raúl Sendic : « Si nous nous consacrons à débattre des choses qui nous séparent, nous passerons notre vie à discuter ; mais si nous nous mettons à la tâche à partir de ce qui nous unit, nous passerons notre vie à travailler. »

Cyril Benoit
Membre de la commission des relations internationales – Amérique latine

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