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Les élections législatives du 8 juin 2017 au Royaume-Uni et le Brexit

Résultats:

  7 mai 2015 8 juin 2017
Partis % Sièges % Sièges
Parti conservateur 36,9 331 42,4% (+5,5%) 318 (-13)
Parti travailliste 30,4 232 40,0 (+9,5) 262 (+30)
Parti national écossais 4,7 56 3,0 (-1,7) 35 (-21)
Libéraux démocrates 7,9 9 7,4 (-0,5) 12 (+4)
Parti unioniste démocratique d'Irlande du Nord (DUP) 0,6 8 0,9 (+0,3) 10 (+2)
Sinn Fein (Irlande du Nord) 0,6 4 0,8 (+0,2) 7 (+3)
Parti travailliste et social démocrate d'iralnde du Nord (SDLP) 0,3 3 0,3 0 (-3)
Parti unioniste (Irlande du Nord) 0,4 2 0,3 (-0,1) 0 (-2)
Plaid Cymru (Pays de Galles) 0,6 3 0,5 (-0,1) 4 (+1)
Verts 3,8 1 1,6 (-2,1) 1
UKIP (extrême droite) 12,6 1 1,85 (-10,8) 0

Participation: 68,7% (+2,5)

Les élections législatives au Royaume-Uni en juin dernier se traduisent par un revers très important des conservateurs (tories). Malgré leur progression (42,4% contre 37,9%) essentiellement due à l’effondrement de l’UKIP (droite extrême europhobe, ultra libérale et xénophobe), les tories perdent la majorité absolue en sièges. Ils ne parviennent pas à conquérir les bastions travaillistes (Labour) qui avaient voté « Brexit » contrairement au choix du Labour se heurtant ainsi au rejet de leur politique d’austérité et de régression sociale par la classe laborieuse urbaine. Les tories parviennent néanmoins à progresser en Ecosse fragilisant ainsi l’option indépendantiste en faveur de l’Union européenne prônée par le parti nationaliste écossais (SNP).

Importante percée électorale du Labour de Jeremy Corbyn

Avec 40% (+10%) et le gain de 31 sièges, le Labour obtient son meilleur résultat depuis 1997. Ce résultat a été obtenu sur la base d’un programme très ancré à gauche, ouvertement en rupture avec le « blairisme ». Un programme qui avait pour leitmotiv « pour le plus grand nombre et non pour quelques-uns». Un programme de lutte contre l’austérité basé sur l’augmentation de l’impôt pour les plus riches pour potentialiser les services publics, l’éducation, le Service national de santé (NHS), un travail non précarisé avec des salaires et des pensions de retraites revalorisés, la défense des consolidations du secteur public (nationalisation du chemin de fer, etc.). Cela a permis au Labour de mobiliser les syndicats et l’ensemble de la gauche de transformation sociale anti-austéritaire, qu’elle ait pris position pour le maintien dans une UE profondément à transformer (Left Unity) ou pour la sortie comme les communistes britanniques et une extrême-gauche résiduelle. Jeremy Corbyn a su donner un élan porteur d’espoir à sa campagne axée sur l’exigence de justice sociale et de réductions des inégalités. Il a pu s’appuyer sur une campagne de terrain dynamisée par les activistes du mouvement Momentum (créé en 2015 en soutien et en lien avec le Labour de Corbyn). C’est pourquoi il a bénéficié également d’un vote beaucoup plus important des jeunes qui ont en grande partie contribué à l’augmentation de la participation au vote (une majorité de jeunes de moins de 35 ans de même que 70% des jeunes travailleurs ont voté« Labour »).

En Ecosse, le SNP (nationalistes, indépendantistes), qui avait raflé 56 des 59 sièges représentant l’Ecosse à la Chambre des communes, est en net recul. Il perd 21 sièges (6 au profit du Labour qui a mené une campagne très à gauche et 15 au profit des conservateurs farouchement anti-indépendantistes). Nicola Sturgeon, la responsable du SNP qui s’était prononcé comme une majorité d’Ecossais contre le Brexit laisse pourtant la porte ouverte à une collaboration (« alliance progressiste ») avec le Labour, si on prenait en compte les aspirations des Ecossais à redéfinir une association au processus de négociation du Brexit, préservant leurs intérêts nationaux. Au Pays de Galles, le Plaid Cymru, orienté à gauche, progresse légèrement avec quatre sièges (+1). Les Verts reculent mais leur orientation à gauche leur permet de sauver leur seul siège à Brighton avec Caroline Lucas. Enfin, en Irlande du Nord, si les partis politiques modérés – parti unioniste et catholiques (SDLP) – reculent, la nouvelle progression du Sinn Fein avec 7 sièges (+3) lui permettra de peser – et cela même si le SF continue à refuser de siéger à Westminster – dans de meilleures conditions, pour définir les conditions d’une association de l’Irlande du Nord à l’UE, dans la visée d’une réunification de l’Irlande.

Quelles conséquences pour le Brexit ?

Au sortir de ces élections, aucune coalition majoritaire stable n’a pu se constituer au Parlement. Il faut 326 députés pour disposer d’une majorité absolue. Les conservateurs l’obtiennent mais au prix d’un accord très fragile avec le DUP, parti protestant ultraconservateur, europhobe d’Irlande du Nord. Les Libéraux démocrates, qui se sont prononcés pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, ont déclaré qu’ils ne  s’associeront à aucune coalition ; et une coalition potentielle progressiste autour des Travaillistes ne peut escompter pour le moment que sur un peu plus de 300 députés.
Theresa May a voulu anticiper ces élections législatives pour conforter sa majorité absolue et avoir les coudées franches (un « leadership fort et stable ») à partir du 19 juin, jour où s’ouvraient les négociations sur le « Brexit ». Elle voulait imposer à l’UE, la ligne d’un « Brexit dur » ce qui impliquait un rejet pur et simple des engagements qui lient le Royaume-Uni au marché unique communautaire, avec notamment les conséquences sur la politique d’immigration et les traités commerciaux. Elle sort de ce scrutin en très grande difficulté pour imposer une telle feuille de route. La majorité avec le DUP risque d’être insuffisante du fait de la situation de blocage institutionnel en Irlande du Nord (les Irlandais du Nord ont voté à 56% pour le maintien dans l’UE). Theresa May aura du mal à gouverner en cédant aux contreparties qu’exigerait le DUP et à trouver pour cela une stabilité au Parlement dans la prochaine période sur les bases qu’elle s’était fixées. La manière dont sera négociée la question de la frontière entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, dans le cadre ou pas d’un statut spécial pour l’Irlande du Nord au sein de l’UE (une des exigences fondamentales du Sinn Fein) sera cruciale pour ne pas mettre en danger le processus de paix issu des accords du Vendredi saint. Theresa May semble aujourd’hui reculer et demander une transition de trois ans après mars 2019 pour mieux préparer la rupture définitive avec l’UE. Mais elle ne donne pas de réelles précisions concernant les questions clé de la facture financière, des liens avec le marché unique européen et de la politique d’immigration. De plus, elle vient de verrouiller les possibilités pour le Parlement de pouvoir peser à tout moment sur l’avancée des négociations.

Pour le parti travailliste, l’avenir s’annonce sous de meilleurs augures. Jeremy Corbyn a affirmé son leadership sur le Labour sur la base d’une politique résolument progressiste. Il pourra bénéficier d’un groupe à Westminster plus soudé. La conférence annuelle du Labour à Brighton (24-27 septembre) a réaffirmé l’ancrage social du programme que le parti veut porter – le plus vite possible – devant le pays. On peut comprendre la prudence de Corbyn dans la gestion du post Brexit. Il sait qu’une réponse trop rapide concernant les liens futurs du Royaume-Uni avec l’UE (un nouveau partenariat) sur la base d’une politique de progrès social et démocratique ne peut que heurter les intérêts des gouvernants actuels d’une UE encore plus intégrée et adémocratique, qui veulent renforcer l’austérité, les reculs sociaux et la militarisation. Mais Jeremy Corbyn ne dégage pas en touche. « Nous sommes prêts à gouverner » a-t-il dit, y compris pendant la période de négociations de sortie de l’UE. « Nôtre tâche c’est d’unir ceux qui ont voté pour le Brexit et ceux qui s’y sont opposé dans un Brexit qui rompe avec les dogmes fracassants du néolibéralisme, avec l’austérité, qui engage une nouvelle dynamique pour les services publics, qui donne la priorité à l’emploi, (Jeremy Corbyn accepte la possibilité de rester pendant une période limitée et transitoire dans le marché unique et l’Union douanière), un Brexit qui établisse une nouvelle relation de coopération avec l’UE » (discours de Brighton). Nul doute (c’est un autre des enseignements du congrès de Brighton) que le labour fera en sorte que le débat soit porté devant le pays.

José Cordon
membre de la commission des relations internationales-Europe

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