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1er Congrès des FARC-EP : La parole et le dialogue plus forts que les armes

Le congrès constitutif en parti politique des FARC-EP qui s’est tenu à Bogota du 28 août au 1er septembre, plus qu’un symbole représente un fait historique après 53 ans de lutte armée contre le pillage des terres aux “campesinos Colombiens” ainsi que celui des richesses naturelles accompagné d’une destruction environnementale sans précédent par les oligarchies financières et les multinationales.

Les 1 200 délégués représentant l’ensemble de l’organisation ont posé les bases de la construction d’une Nouvelle Colombie ancrée dans la justice sociale devant un soutien de délégations révolutionnaires et progressistes internationales important, dont une délégation du PCF*.

Dès son début, un message clair et précis a été posé : “Cette paix accomplie n’est pas une paix parfaite du fait qu’elle est une paix négociée, mais c’est la paix de la poursuite du conflit social et la continuité des aspirations et objectifs auxquels nous n’avons jamais renoncé par la voie exclusivement politique.

C’est une paix fondée sur des accords, pour avancer et surmonter les causes d’origine et la persistance du soulèvement armé, pour offrir à la société un héritage qui ouvre la possibilité de démarrer un processus de démocratisation politique, économique, social et culturel qui, s’il est matérialisé, va transformer pour longtemps la vie de la société dans son ensemble et ouvrir la voie du bien-être et du bien-vivre de la grande majorité “...

Loin d’un optimisme béat, les débats ont mis en avant le non-abandon de l’oligarchie colombienne qui continue d’agir avec arrogance et triomphalisme en tentant de torpiller le processus de paix. Une oligarchie qui souhaitait que les FARC baissent les bras et se démobilisent, sans changements, sans réformes.

Une oligarchie qui a dû prendre en compte que les négociations se sont passées sur les bases qu’il n’y avait à la sortie du conflit aucun vainqueur/aucun vaincu et qui cherche maintenant à modifier les règles du jeu.

Les FARC, au contraire, agissent avec humilité, modestie et patriotisme pour donner du sens à la paix, par la force des mots, du dialogue et d’une sortie politique du conflit... Un message fort en direction des différents conflits de la planète où la rhétorique permanente est que “la paix se gagne par les armes”.

Aujourd’hui le combat du nouveau parti FARC (Force alternative révolutionnaire du commun” est plus que jamais la défense de l’accord de La Havane et la réalisation d’un front large pour transformer la Colombie. Une large unité pour aller en direction d’un gouvernement de transition qui ouvre la voie à la démocratie, la justice et le développement social. Pour les délégués qui, il y a encore quelques mois, avaient les armes à la main, ce congrès aura été l’expérience du débat, de la confrontation, de la démocratie par le vote direct sur les différentes décisions à prendre comme la commission politique, l’organisation, les finances, l’examen minutieux des statuts, du programme, de la politique internationale, de la direction du parti et des candidats aux élections nationales ; notamment des représentant des FARC au Congrès de la République à la Chambre et au Sénat, comme stipulé dans les accords de paix.

Les enjeux sont désormais posés : celui de la mise en œuvre d’un véritable processus historique et social pour construire une société alternative dans lequel prévalent la justice, la démocratie sociale, réelle et avancée, le dépassement de toute exclusion, discrimination ou ségrégation pour des raisons économique, sociale, ethnique, religieux ou le genre ; où la vie soit garantie par une existence digne de bien-être, du bien-vivre de l’individu et de la communauté tout en construisant une nouvelle économie politique garantissant la réalisation matérielle des droits de l’homme, la relation harmonieuse avec la nature sur la base de l’éthique et d’un nouveau type de relations sociales de coopération, de fraternité et de solidarité.

Des enjeux qui doivent passer par une réintégration économique et sociale des FARC, notamment par la libération des milliers de guérilleros toujours emprisonnés sept mois après la signature de la loi d’amnistie et de grâce.

C’est la nouvelle réalité qui doit désormais émerger du processus politique colombien.

En ce sens, ce 1er congrès des FARC revêt un caractère important pour l’histoire politique de la Colombie, fermant un cycle de guerre et ouvrant celui de la construction de la paix.

Laurent Péréa
Responsable adjoint des relations internationales
article paru dans Communistes du 6 septembre 2017

* La délégation du PCF était composée de Laurent Péréa et de Cyril Benoît

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